Vit. sol. I, 5, 4 {Op
5. Var. 33. Il ajoute: Notaui Ciceronis meiunicam [sententiam].
de Séncque; mais ce n'est qu'au point de vue de la littérature épistolaire ', car il goûte infiniment les dissertations morales du correspondant de Lucilius, et ses propres lettres lui doivent beaucoup plus qu'au correspondant d'Atticus. En somme, il reste en face de Sénèque sur une défensive continuelle, tout en subissant pourtant, plus qu'il ne le croit, l'influence d'un esprit qui a quelque ressemblance avec le sien.
Jusqu'où est allée cette influence? On nous a montré Pétrarque prêtant au De tranquiUitate animi la même attention qu'aux Cojifessions de S. Augustin et se laissant gagner par les décourageantes théories qui remplissent l'œuvre, au titre trompeur, du philosophe romain \ Notre poète a écrit lui-même que les maladies morales sont contagieuses ' ; en étudiant, dans le livre fameux de Sénèque, l'indécision de la conduite, le sentiment de l'inutilité de l'eflbrt, qui le s'y révèlent, n'y aurait-il pas contracté son infirmité morale, cette acedia contre laquelle il a si longtemps lutté '^ ? Je crois, pour ma part, que sa mélancolie s'est développée d'une façon bien indépendante des auteurs anciens. Il est possible pourtant qu'il ait trouvé dans le traité de Sénèque plus d'un aliment à son mal secret, alors qu'il y cherchait au contraire un remède. Il le lisait à Avignon, dans le bruit de la ville et l'agitation des affaires, et se recommandait à
1. Préf. aux Fam. (t. I, p. 21): [n his epistolis magna ex parte Ciceronis potius quant Senecae morem sequar. Seneca enim quidquid moralitatis in omnibus fere lihris suis erat, in epistolis congessit ; Cicero autem philosophica in lihris agit, familiaria et res nouas ac uarios illius saeculi rumores in epistolis includit... ; mihi, fateor, peramoena lectioest.
2. V. une trop brillante page de Voigt, WiederbelJ, t. I, p. 140.
3 . Est enini animi aegritudo non minus contagiosa quant corporis.
4. Sur V acedia (accidia) de P., v. surtout la dernière partie de Secr. II. Cf. De Sanctis, Saggio critico, p. 185, Segré ;Studi petr., p. 129, et l'étude annoncée d'Arturo Farinelli sur la Malinconia del Petrarca.
lui-même cette lecture comme souverainement salutaire : Quod si unquam intestinus tmnultus tiiae mentis conquiesceret, fragor iste circumtonans ^ mihi crede, sensus quidem puharet, sed animum non moueret; at, ne nota pridem tibi aurihiis ingeram^ hahes Senecae de hac re non inutiJem epistolam, hahes et librtim eiusdem de Tranquillitate animi, hahes et de tota hac mentis aegritudine tollenda libriim M. Ciceronis egregiiim, quem hesternae diei disputationibus in Tuscidano suo habitis ad Briitiim scripsit '.Remarquons surtout l'influence de l'auteur sur la langue de Pétrarque, excellent témoignage d'une fréquentation assidue. La prose de notre humaniste est nourrie de Sénèque au moins autant que de Cicéron et cherche des effets semblables aux siens. Les générations suivantes, qui avaient appris à s'y bien connaître, ne s'y trompèrent point, et un des anciens biographes de Pétrarque, s'appuyant sur l'examen de son style, alla jusqu'à l'appeler « le Sénèque moderne "■ ».
1. Sec7'. II (Op. 350). Le conseil est mis dans la bouche de S. Augustin et P. répond : Singula haec haiid negligenter legisse me nouer is. Renvoi aux mêmes ouvrages dans Rem. II, 93 (De tristitia et miserià).
2. Interdum iocatur salihus, sed nhiqiie restrkttis, ut ille qui magis Seuecae densifa teni quani Ciceronis amplitiidinem imitatur, unde persaepe ex hoc recentiorem Senecani ipsum appellaiierim (Squarzafico, dans Solerti, Vite cit., p. 357).