‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 231 sur 353 · Cf. plus loin, p · texte numérisé non relu

Cf. plus loin, p

2. J'avais émis déjà cette supposition dans un tnu'ail antérieur (Revue de philologie, t. XI, 1887, p. 100, n. 5), en citant les deux numéros suivants de cet inventaire si pauvre en livres grecs : 8. Homeri YUias in mediocri noluniine scriptus in papiro in littera greca. Sig. cccxxxv ; 120. Plato in greco uolmninis satis grossi copertus corio albo, et est in lingua greca. Sig. Ixxvij. Depuis, la vérification semble avoir été faite pour l'Homère : O.-E. Schmidt (Die Visconti iind ihre Bihl. ^u Pavia, 1888, p. 20) a relevé comme moi, dans la publication de G. d'Adda, le prêt de ce ms. fait à Decembri au mois d'août 1439, ^^ R- Sabbadini {Museo d'ant. class., l. III, col. 420) l'a rapproché d'une lettre adressée à cet humaniste par son frère Angelo, où on lit : Guarino Veronensi nostro edicto tuo fortunas tuas enarraui, te Iliadeni et Odysseam Homeri ah diuo principe Philippo ohtinuisse et illa Petrarcae opéra iam maiori ex parte idiotnate graeco trattscripsisse, tanti poetae familiarissimuni iatndiu effectum esse. Vicissimet ipsi congaudemus quae tibi prosperiora contingunt... Sabbadini voit dans ce passage une mention de la provenance du manuscrit grec dePavie; toutefois je me demande si le texte est très sûr et s'il ne faudrait point lire : et illas Petrarcae opéra... transcripsisse, entendant par là que Decembri faisait son travail à Vaide de la traduction provenant de Pétrarque. Cette traduction, en effet, dont la provenance était bien connue à Decembri, fut empruntée par lui en même temps que le texte grec et il est certain qu'il s'en servit. V. Mario Borsa, Pier Candido Decembri e VUmanesimo in Lombardia, Milan, 1893, p. 72 sqq.

3. Apost. Zeno, entre autres erreurs, a fait de Sigeros un traducteur d'Homère {Diss. Vossiane,\. I, p. 210).

incorruptum et qiiaJis primum diiiino illi profluxit ingénia. Pétrarque aurait dû cependant avouer qu'il eût préféré Homère mis en latin ; il est obligé de convenir qu'il ne peut tirer aucun profit du don reçu : Homenis luiis apuci me mutus, imo iiero ego apud illum sur dus siini. Gaudeo tamen iiel aspeciu solo, et saepe illum amplexus ac suspirans dico : O magne uii\ quam cupide te audirem ' !

Avant Homère, Pétrarque possédait un Platon, qui se trouvait déjà dans sa bibliothèque de Vaucluse' et qu'il avait, semble-t-il, rencontré en France \ Boccace, qui l'a vu, le dit fort gros : « Li quali [libri] non ha molto tempo che io vidi, o tutti o la maggior parte, o almeno i più notabili scritti in lettera e grammatica greca in un grandissimo volume, appresso il mio venerabile maestro messer Francesco Petrarca 4 ». Il contenait une grande partie des dialogues, et Pétrarque en étalait le nombre, plus tard, devant ces jeunes « averroïstes », ces aristotéliciens arrogants qui avaient osé lui reprocher son ignorance et ne connaissaient même pas, pour leur compte, l'existence des œuvres de Platon; notre poète, qui les avaient gardées chez lui de

1. Fani. XVIII, 2. La même lettre apporte un écho des entretiens de P. avec Sigeros : Donasti Homerum quem hem diuinae omnis inuentionis fontem et originem uocant Amhrosius et Macrohius... Ego auteni ex omnibus sciens uniuii tihi testem protuîi, qiicm ex ojunihus Latinis tihi jamiliarissimum esse perpeudi... [Muneri\ nilpossit accede7'e, si cum Homero tut quoque praesentiam largiaris, qua duce peregrinae linguae introgressus angustias, laetus et uoti compos dotio tua Jruerer... Sed nuiic, heu! quid agam? Tu mihi nimium procuî abes, felix utriusque linguae notitia singulari (J'emprunte quelques leçons au Par. 8568, f. 197).

2. Platonicum uolunien, quod ex illo Transalpini ruris incendia ereptum donii habeo, siniuî poscitis... et id ipsum paratum erit ternpore (Var. 22, à Boccace).

3. Erat mihi domi, dictu mirum, ab occasu ueniens olim Plato {Fam. XVIII, 2).

4. Coinento sopra la Commedia, lez. XV, éd. G. Milanesi, t. I, p. 370. — Les mots uol. satis grossi de l'inventaire de Pavie (1426) indiquent également des dimensions au-dessus de la moyenne pour le volume dont j'ai proposé l'identification avec celui de P. ; Sabbadini a pu en donner le contenu d'après l'inventaire de 1459 {Mendie, de! R. Ist. Ion/h., 1906, p. 383).

longues années, n'en était pas beaucoup plus avancé que ses adversaires, mais la seule possession de ce trésor suffisait à Tenorgueillir. 11 a laissé à ce sujet, dans le Deignorantia, un morceau célèbre, dont voici le texte véritable : At PJatonem prorsiun illis et incognitiim et inuisum ?iil scripsisse assenmt, prêter unum atque alterum libellum, qiiod non dicerent, si tam docti essent quant me predicant indoctum. Nec literatus ego, nec Grecus, sedecim uel eo ampliiis Platonis lihros domi habeo, quorum ncscio an ullius isti unquam nomen audierint. Stupehunt ergo, si bec audiant ; si non credunt, ueniant et uideant. Bihliotheca nostra tiiis in manihis relicta\ non illiterata qiiidem illa, quamuis iIJiterati hominis, neque illis ignota est; quant totiens me tentantes ingressi sunt, semel ingrediantur, et Platonem tentaturi, an et ipse sine literis sitfamosus\ inuenient sic esse ut dico, meque licet ignarum, non mendacem tamen, ut arbitror, fatebuntur. Neque Grecos tatitum, sed in Latinum uersos aliquot nunquam alibi tiisos aspicient literatissimi homines. De qualitate quidem operum itire illi suo iudicent, de numéro autem nec iudicare aliter quant dico, nec litigare litigosissinii homines audebunt. Et quota ea pars librorum est Platonis^ ! Quorum ego his oculis mulios uidi, precipue apud Barlaam Calabrum, modernum Graie spécimen sophie, qui me, Latinarum inscius docere, Grécas literas adortus, forsitan profecisset, nisi michi illum inuidisset mors honestisque principiis obstitisset, ut solita est\

Tout ce texte est fort important pour élucider la question des études grecques de Pétrarque. C'est le meilleur docu-

1. Le traité est adressé à Donato degli Albanzani. V. t. I, p. 8i.

2. Sur ce passage qui a donné lieu, comme tout ce texte, à des interprétations différentes, je me rallie au sens proposé par Lo Parco : « Et quelle faible part de l'œuvre entière de Platon ! »

3. Fat. 3359, f. 28. Cf. l'édition L. M. Capelli, Paris, 1906, p. 75, avec les leçons a/ia5 pour alibi, et inscium pour inscius. Dans Op. 1053-54, le texte est incorrect en plusieurs endroits. J'avais cru pouvoi-r modifier le sens attribue

ment pour établir qu'il fut le premier humaniste italien à recevoir des leçons de grec. Cette priorité est reconnue par les générations du début de la Renaissance, et le florentin Gianozzo Manetti la proclame dans un passage de sa vie de Boccace, où il a tracé à grands traits, non sans un vif sentiment de lettré, un tableau de l'histoire des lettres en Italie et principalement en Toscane : Anlc Pelrarcac temporel posteaqne Latina lingiia remittere pmilatim pristinas nires suas coepit. Nnlla pêne in Etruria Graecarum Ht ter arum inentio a nostris hominihus per milita saecula habebatur; sed qui tune erant homines, suis co7îtenti disçiplinis, aliénas nonqiiaerebant. Petrarea igitur primus ex nostris peregrinas lifteras attingere conatus sub

Barlaam ' Examinons de plus près les relations de

Pétrarque avec Barlaam de Seminara.

La carrière du célèbre moine basilien, qui fut une des lumières de l'Église d'Orient, est aujourd'hui assez bien connue, ainsi que les deux missions religieuses qu'il remplit à Avignon, l'une auprès de Benoît XII, en 1339, l'autre auprès de Clément VI, en 1342'. On sait également en

jusqu'ici au morceau ; J. Van der Vliet a rétabli très exactement le texte, dans son discours sur les études latines de P., Trifolium latinuin, Utrecht, 1893, p. 54. J'ai tiré profit de l'étude critique du morceau qu'a faite Giov. Gentile dans son excellent article : / dialoghi di Platone possedvti dal P., dans Rassegna crit. délia letter. ital., t. IX, 1904, p. 193-219.

1 . Manetti est aussi d'avis que la priorité de ces études n'appartient point à Boccace, dont il dit : Nec hac nostra Latinorinn lihrorum copia uel inopia potins conteiitîis, Graecas lifteras discere conciipiuit... in qno qnidem Pefrarcam, ut arbitrer, iviitatns... (Je cite d'après le Par. 5828, f. 2i3'-2i4, n'ayant pas sous la main l'édition de Mehus, Florence, 1747; c'est une occasion de signaler que les trois vies de Dante, P. et Boccace, qui sont sans titre dans ce ms. de Paris et restent anonymes au catalogue, sont celles de Manetti). L'antériorité de Boccace comme élève de Barlaam est soutenue par O. Zenatti, Dante c Firen:(e, Florence, 1903, p. 318.

2. On doit consulter désormais sur le personnage l'important travail de Francesco Lo Parco, P. c Barlaam, Reggio di Calabria, 1905. Il annule celui de Mandalari, Fra Barlaamo calahrese, maestro del P., Rome, 1888 (avec une liste demss.

quelle année Pétrarque eut des relations de grec avec lui. Comme le poète ne dit nulle part qu'il l'ait fréquenté à deux reprises et comme rien ne prouve qu'il ait connu Barlaam dès 1339 ', on doit fixer à l'année 1342 l'époque de ses premières tentatives dans l'étude du grec. C'était un maître autorisé que le hasard lui avait envoyé : théologien avant tout, philosophe et mathématicien, Barlaam n'avait rien de l'humaniste, mais il n'était pas étranger, comme on a pu le croire, aux lettres grecques profanes, et même, en quelque mesure, aux lettres latines. Son long séjour en Orient l'avait éloigné de la pratique du latin; mais il avait eu le temps d'y revenir en fréquentant, à Naples, lesérudits de la cour du roi Robert, et en se liant d'amitié avec le savant Paolo Perugino. Boccace, qui l'avait vu alors, sans profiter beaucoup de sa science, parle de lui avec admiration et assure qu'il aida Paolo pour sa compilation des CoIJectiones~. C'est précisément après ce séjour à Naples, que Barlaam revint à Avignon et fit la connaissance de Pétrarque. Bien que leur culture fût, à coup sûr, fort différente, il semble que ces deux sérieux esprits aient ressenti l'un pour l'autre une sympathie sincère. Le poète reçut du moine basilien, dans l'été de 1342, des leçons quotidiennes de langue grecque, où le maître, moins expert en latin, pouvait s'ins-

des œuvres de Barlaam). Mandalari représentait le parti pris de l'éloge ; on trouve le parti pris contraire dans Voigt, Wiedebelebung^ , t. II, p. 107.

1. Mandalari (p. 52) appuie fort mal cette opinion. Le passage du Secretum peut être de la fin de 1342 ou ajouté après coup. Peut-être, en 1339, P- s'occupait-il plus de poésie que d'autre chose.

2. Voici un des témoignages de Boccace : Traho preterea aliqnaudo Barlaam, Basilii César iensis monacum, Calahrum hominem, olim cor pore piisillum, pregrandem tamen scientia, et grecis literis adeo eruditum, ut imperaforum et principum grecorum atqiie doctorum hominum priuilegia haberet, testantia nedum bis temporibus apud Grecos esse, sed nec a miiltis seculis citra fuisse uirum tant histgnis tamque grandi scientia preditum {Geneal. deor., XV, 6). Texte donné par Oskar Hecker, d'après le ms. original : Boccaccio Funde, Braunschweig, 1902, p. 271.

truire comme le disciple'. Le manuscrit de Platon servit sans doute à ces exercices; Pétrarque apprit à lire et à écrire l'onciale; il n'est pas sûr, comme on le verra plus loin, qu'il soit allé jusqu'à la minuscule. En tout cas, il était encore bien peu avancé, quand son guide dut quitter Avignon'. Barlaam, qui s'était rallié à l'Église latine, fut nommé évêque de Gerace en Calabre, grâce en partie, assure Pétrarque, à l'appui de son écolier, qui l'avait recommandé et soutenu auprès du Pape. Il n'y a aucune apparence que ces démarches fussent dictées par une jalousie secrète, ou le désir d'éloigner un homme dont la renommée et le savoir encyclopédique pouvaient lui porter ombrage '. Pétrarque,

1. nie... ciim multa mihi qiiotidiano magistro coepisset impendere, non pauciora quideni, saepc etiam lucrum ingens ex conuktii nostro sese percipere fatehalur, urhanenescio an iiere ; sed erat ille uir ut locupktisshnus graecae, sic romanae faciindiae pauperrimus et qui, ingénia agiîis, emmciandis tamen affcctibus lahoraret. Itaque nicissim et ego fiîies suos, illo duce, trépide subihani, et ille post me saepe nostris in finihiis oberrabat, quanqiiam stabiliore uestigio. Nam et hic quoque ratio diuersa : illi enim plus multo latiniquam mihi graeci erat eloquii. Egotumprimuni inchoabani, aliquantulum ille processerat... (Fam. XVIII, 2. Texte du Par. 8568;. Il semble que P. fasse plus de cas des connaissances de Sigeros, à qui il adresse cette lettre, que de celles de Barlaam. Il y a quelque ingratitude dans le jugement sommaire qu'il porte sur les connaissances latines de Barlaam, dont les nombreux ouvrages en latin sont loin d'être méprisables, même pour la langue (Lo Parco, p. 34 sqq., avec des observations psychologiques tout à fait excessives). Toutefois P. ne fait ses réserves que sur la parole embarrassée de Barlaam, et non sur la science du théologien ou du lettré.

2. Il y était encore le 2 octobre 1342, jour de sa consécration épiscopale (Lo Parco, p. 32).

3. L'argumentation de Lo Parco est spécieuse, mais crée une question où il n'y en a pas. Le grand homme de Vaucluse était trop sûr de sa supériorité pour être jaloux, et il n'avait, d'ailleurs, rien à craindre, dans le milieu latin d'Avignon, d'une comparaison quelconque avec le moine basilien. On comprend fort bien, d'autre part, qu'il n'ait pas fait, même de Naples, le voyage de Calabre pour ânonner du grec ; c'est à la cour pontificale, où les affaires ecclésiastiques pouvaient l'appeler l'évêque de Gerace, que P. avait compté le revoir. Barlaam y revint, en effet, en 1346, à la suite d'une mission à Constantinople, mais P. était parti pour l'Italie.

138 PÉTRAKaUE ET LES AUTEURS GRECS

bien au contraire, espérait le revoir à Avignon et retrouver ses leçons précieuses, quand il apprit sa mort, huit ans plus tard, en 1350: Barlaam nostnim, écrira-t-il à Nicolas Sigeros, mihi mors abstulit et, ut uerumfatear, illum ego mihiprius ahstiihram ; iacturam meam, dwn honori eiiis consulerem, non aspexi ; itaqiie dnm ad episcopatnm sca^identem siihleuo magistnim perdidi, sub quo militare coeperam magna ciim spe. Et à Boccace : Graecanim omnium cupidissimus lit cr arum semper fui, et nisi meis principiis inuidisset fortuna et praeceptoris eximii haudquaquam opportuna mors, hodie forte plus aliquid quant elemenmentarius Graius essem\ Il faut demander aux textes ce qu'ils ne veulent pas dire, pour voir en ces études sur la langue grecque autre chose qu'une orientation superficielle dans les premiers éléments.

Barlaam a joué un grand rôle dans la vie de Pétrarque, mais surtout, à vrai dire, par les regrets que son départ lui a laissés ^ Son enseignement, en effet, n'a guère pu être fécond, pas même dans les matières philosophiques, qu'il semble bien avoir abordées avec le poète. Aux passages déjà lus, joignons quelques mots du ^^rr^'^wm ; S. Augustin rappelle à Pétrarque la façon d'acquérir la liberté de l'âme d'après Platon : Sois quid loquar, et haec ex Platonis

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