‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 233 sur 353 · Secr. Il (Op · texte numérisé non relu

Secr. Il (Op

2. Filelfe relève assez rudement t à; xoxi BapXaàu. T^avoupyouç SiaCoXà? xarà nXaTojvo; (Emile Legrand, Cent dix lettres grecques de Fr. Filelfe, Paris, 1892, p. 152 sqq.).

3. Giov. Gentile, / dialoghi di Platone posseduti dal P., dans Rass. crit., t. IX, 1904, p. 215.

n'avait pu jusqu'alors tirer parti'. Cette hypothèse est décidément insoutenable -. Mais comment expHquer un texte formel de Pétrarque? Il assure, pour confondre des aristotéliciens de \>nise, qu'il pourrait leur montrer des dialogues de Platon : Xeque grecos tantiim, sed in Latimim uerso^ aJiquot minquam alibi iiisos aspicient.On pense tout d'abord au Timée traduit par Chalcidius ; mais le Chalcidius n'était pas un livre rare et n'eût pas justifié le mot ahqiiot. Il faut chercher plutôt si la littérature médiévale la moins connue n'a pas produit d'autre traduction que Pétrarque aurait pu recueillir. Ses voyages de Naples fournissent, au moins pour deux dialogues, l'explication souhaitée. Il a dû connaître, surtout pendant son séjour de 1343, toutes les richesses bibliographiques que renfermait la collection des rois Angevins, où son ami Barbato lui servait de guide et où il lui était aisé de faire transcrire ce qui l'intéressait. Il ne pouvait manquer d'y rencontrer une traduction du Phédon, exécutée dans le royaume et que Jean de Procida avait utilisée, vers la fin du xiii^ siècle, pour la compilation des Dicta moralium\ œuvre fameuse, remaniée et transcrite plus d'une fois au temps de Robert d'Anjou. La traduction du Phédon était celle de Henricus Aristippus, archidiacre de Catane, qui devint ministre de Guillaume le Mauvais, à Naples, et

1. Fr. Fiorentino, Risorghnento filosqfico iiel quattrocento, Naples, 1885, p. 181; Mandalari, /. c, p. 105 ; Tocco, Gioru. stor., t. VII, p. 409; et surtout Giov. Gentile, Rass. crit., t. IX, p. 209 sqq.

2. Ainsi que le démontre Lo Parco (P. e BarJaam, p. 82 sqq.), à qui j'emprunte les suppositions qui suivent sur les traductions médiévales.

3. Le véritable nom de l'auteur des Dicta, ou plutôt du Liher philosophonnn moraJium, a été retrouvé par Amari et l'ouvrage a été publié par S. De Renzi, d'après le ms. de Paris, dans la Collectio Sahrnitana, t. III, Naples, 1854. Cf. Lo Parco, qui y a relevé les passages traduits du Phédon (/. c, p. loi-iii). P. possédait dans sa bibliothèque l'ouvrage de Jean de Procida (p. 103), qui a pu le mettre sur la trace de la traduction d'Aristippus.

Pl-TRARQUE HT Ll'S AUTIX'KS GKliCS I4I

qui s'était familiarisé avec la langue grecque par son séjour en Sicile et en Calabre, sa patrie'. Le même auteur, qui travaillait au milieu du xii^ siècle, avait traduit le Mênon, et il existe encore quelques manuscrits de ces deux traductions, littérales mais précises et suffisamment intelligibles ^ Il n'y a pas à chercher plus loin l'origine des textes que Pétrarque pouvait posséder et dont il est seulement assez surprenant qu'il n'ait jamais fait le moindre extrait dans ses ouvrages '.

Il en a agi autrement pour le Timée, qu'il a plusieurs fois cité et dont l'exemplaire de sa bibliothèque est entre nos mains. C'est le Parisinus 6280 \ Il est duix^ siècle % glosé, et composé de la façon suivante : F. I, Timei Platonis liber primtis [incipit]; ï.f, Expositio; f. 29, Tncipit pars secunda Timei Platonis. Au f. 72', on lit : Calcidius in Tinieo expUcii, et une partie du traité de Martianus Capella, d'écriture du

1. Cf. O. Hartwig, Die Uebersetiungsliteralur Unteritaliens in der normannischstaufischen Epoche, dans Centralhl. fur Bihliotheksiu . , t. III.

2. Cf. G. Gentile, /. c, p. 207, et Rass. crit. délia letter. ital., t. XIII,*'i905, p. 12. L'un des mss. de Paris contenant la traduction du Phcdon, le Par. lôjSi, a appartenu à maître Gérard d'Abbeville.

3. Il die le Phédoii , uniquement à cause de Caton. V. Fam. III, 18, et Fain. IV, 3 : Plato ipsesiimmus iiir clarissimuni uolumen edidit, quod Uticensis Cato morittirus, suprema illa nocte sua, pro consiliario usus perbibetur, ut ad contemplurn uitac huius animosior et ad ainorem decretae niortis accederet... La République et les Lois sont indiquées dans Vit. sol. I, 6, 2 (Op. 242) : [Plato] qui inler otiosa cupresseta et spatia silucstria de institutis rerum publicarum deque optiniis legibus disputarat. Il y a aussi le passage de Contra med. III, sur les poètes : Oui quales essent Plato ipse declarauit in sua Rcpublica, qnando eos censuit urbe pellendos. Ut eniin constet non de omnibus eum sensisse, sed de scaenicis tantum, ipsius Platonis ratio audienda est ah Augustino posita... L'erreur de P. sur le sens du texte et la mention de S. Augustin suffisent à montrer qu'il ne connaissait pas la République.

4. 265 X lyomill. Qiielques marges sont rongées. Reliure ancienne de velours grenat. — N» 121 de Pavie.

5. Le ms. a d'anciennes scholies et figures. — L'emploi de Chalcidius par Jean de Meun a été relevé par E. Langlois, /. c, p. 107.

xii^ siècle, est reliée à la suite'. Le tout vient de la bibliothèque de Pavie. Ce manuscrit est important pour l'histoire de l'éducation philosophique de notre humaniste, d'autant plus que les annotations qu'il porte appartiennent à deux époques différentes de sa vie. Les plus anciennes sont du temps de Vaucluse, où Pétrarque présentait le volume à Cabassoles, qui lui préférait une autre lecture \ Une autre date précise est fournie par cette note inscrite à la fin du Timée, f. 7 .' Feîix miser, qui hec scicns unde ista nescisti. ijjj nouembr.iç \

Suivant les idées déjà rencontrées à propos de Cicéron^ cette phrase doit être, je crois, ainsi comprise : « Platon fut heureux et malheureux à la fois de s'être élevé à une si grande hauteur dans la vérité, sans connaître la source de la vérité, qui est le Christ » . C'est là un résumé de ce que Pétrarque pensait de Platon. Par Cicéron et S. Augustin, à l'aide aussi du petit traité d'Apulée \ peut-être encore par ses causeries avec Barlaam, il s'était initié dans une certaine mesure aux doctrines de l'Académie ; il était devenu un disciple indirect de cette grande école de philosophie, promise à un renouveau prochain qu'il semblait pressentir ; il avait pris l'habitude de mettre en lumière les idées de Platon sur le souverain bien, la connaissance et l'amour de Dieu, et de rappeler les emprunts continuels de S. Augustin au « prince des

1. Ce ms. d'un format moindre que le précédent (225 X 150 mill.) ne porte aucune espèce de note de P. et a pu être ajouté après lui. Il est sans titre, avec l'explicit (f. 91') : Marciani Mineii Felicis Capelle de miptiis Mercurii et Philologie liber explicit. Les f. 92 et 93 sont décrits au Catalogue de 1744.

2. Oiiotiens illavi... Platonicis ac Ciceronianis coâicihiis practulisti {Vit. sol. II, 10, I ; Op. 286). L'allusion ne peut pas se rapporter seulement au limée et peut viser aussi les traductions d'Aristippus.

Page 1