Giorn. stor., t. IX, p
grecque, ébauchée, semble-t-il, durant ses séjours à Naples. Peu après ', Pilate ayant montré l'intention d'aller chercher fortune à Avignon, Boccace le détourna de cette idée et le fit venir à Florence dans la première moitié de 1360 ^ Il obtint de la Seigneurie que le nouveau venu serait chargé au Studio d'un cours public de grec, comptant bien en user lui-même le premier. Quoiqu'aucun témoignage n'y fasse allusion, on peut penser que ce ne fut pas le seul amour des lettres qui décida les magistrats florentins à cette création ; Boccace dut faire valoir à leurs yeux les avantages qui résulteraient de la pratique du grec pour beaucoup de transactions commerciales et de relations politiques. L'enseignement du Calabrais porta surtout sur la langue vulgaire, la seule dont il fût en état de transmettre les notions % et il n'y eut guère que deux ou trois amis de Boccace qui se joignirent à lui pour chercher à tirer profit du maître nouveau au point de vue de leurs études littéraires ^. Leur engouement fut d'ailleurs très vif; Boccace hébergeait Pilate et recueillait les paroles de ce faux docte avec un empressement qui fait sourire K Pétrarque était
1. Les dates ici sont moins certaines, mais importent peu. Les détails qui suivent sont donnés d'après Boccace (v. p. i6i).
2. C'est par suite d'une fausse conjecture que Landau (G. Boccaccio, sein Lebenunds. WerTie, Stuttgart, 1877, p. 188) supposait que Boccace amena Pilate à Florence en 1354. Je ne rappellerais pas celte erreur, si elle ne se retrouvait en plusieurs livres.
3. V. plus loin les formes grecques dans les rubriques de ses traductions et l'observation de Psichari. Essais de gratuni. histor. néo-grecque, 2^ p., Paris, 1889, p. cm.
4. Lettre de P. à Homère, Fcnn. XXIV, 12 : Ouod antem Fesiilana nallis et Ami ripae non nisi très tibi amicos tiderint, mirari desine ; satis est, viultiim est, plus est quant speraham in patria liicro dedita très Pierios spiritus inuenisse. Et tavien ne diffidas ; magna frequensqiie est ciiiitas ; quartuni, si quaeris, inuenies... Les mots lucro dedita appuieraient ma supposition sur le motif qui put décider la création de l'enseignement éphémère de Pilate.
5 . Sane quicquid ex eo recito, ah eo idua noce refercnti percepi ; nam eum legentem
tenu au courant des travaux et des projets du petit groupe ; mais le principal fruit qu'il attendait du séjour de Pilate à Florence était la traduction.
Il s'agissait d'abord d'avoir un manuscrit du texte. Au besoin, Pétrarque devait prêter le sien ; mais il y en avait un autre à Padoue, qui était à vendre et sur lequel on interrogeait notre poète. Il répondait à Boccace, de Milan, le 18 août 1360: Quod petis extremum est uidelicet Homeri libitum, qui uenalis erat Pataiiii, si ut reris emerim, tibi acconwdem, qiiando, ut ais, alter ab olim mihi est, quem Léo noster tibi atque aliis studiosis conterraneis nostris e graeco in latinum iiertat. Illum ego libriim uidi, sed neglexi, quod meo impur uisus esset. Haberi autem facile poterit, illo agente qui mihi Leonis ipsius amicitiam procurauit. cuius apud illum efficaces ertint litterae et ego- meas adiciam. Si is forte nos frustratur liber, quod non suspicor, tune meus praesto erit \ Ce fut vraisemblablement ce manuscrit, que Pétrarque avait renoncé à acquérir pour lui, qui passa entre les mains de Boccace \ Dès le mois d'octobre, en tous cas, Léon Pilate était à l'œuvre et Pétrarque exprimait, dans une longue épître à Homère, la joie qu'il éprouvait de savoir la besogne commencée : Unus uir nostro te latinum saecido reuehit. Non, hercle, aindius neqiie diutius Ulixem tuiim sua Pénélope expectauit quam ego te. lamqiie mihi sensim spes abibat ; praeter enim aliquot tuorum principia librorum, in qiiibus uelut exoptati amici supercilium
Oinerum et mecum singtdari amicitia cotmersantem Jerc tribus aiinis audiui, nec infinitis ah eo recitatis, urgente etiam alla cura animum acrior, suffecisset memoria, ni cedulis coinm&ndassem (Geneal. deor. XV. Hecker, p. 272-273.
1. Var. 25 (Hortis imprime: </z/0(^ 5//5p/cor). Lire cette lettre et les suivantes dans la traduction de V. Develay, L6'//r^5 de P. à Boccace, Paris, 1891, p. 56 sqq.
2. Ce n'est pas celui de P. qui sert à la traduction, puisqu'il dit l'avoir chez lui pendant qu'on y travaille.
léO PÉTRARQUE ET LES AUTEURS GRECS
procul amhiginim etraptim iiibrans, seii flii chiantis comae apicem intîiebar, latini nihil obtigerat, nihil deniqiie sperabatiir iibi te cominus contempJarer.... Vir iste siiiixerit, totiim te 7iobis reddet et iam coepit, ut non nwdo diiiinorum fnictu operum eximio, sed tuarnm quoqiie confabidationum illecebris perfniannir ; qiiariim uniiis ad nie nuper latinis iiasis gr accus sapor allatus est \ in qtio
plane sensi uaJidum et iielox ingeniinn posse omnia Etsi tanto
hospite non me digner, tamen te net graeciun, uel qiia liciiit Jatinmn domi habeo, breui ut spero totuni babitiirus, si Ihessalus tuiis ^ coepta peregerit. Et ut secretiore aditu te locandiim scias, animae medio receptaculum tibi auidissime prorsus ac reiierentissime praeparaui \ Si Pétrarque était fort impatient, il était aussi un peu inquiet de la façon dont l'œuvre serait exécutée ; il multipliait ses conseils; il regrettait qu'on traduisît littéralement et mot à mot ; il rappelait par deux fois à ses amis le mot de saint Jérôme déclarant, dans sa préface à Eusèbe, qu'en une telle traduction « le plus éloquent des poètes ne ferait que balbutier ^ » ; il refusait d'envoyer à Florence son manuscrit de Platon, que les ambitieux Florentins voulaient faire traduire en même temps qu'Homère,
1. Allusion aux fragments de traduction de l'un des deux poèmes d'Homère que P. avait obtenus de Pilate et qui comprenaient, comme je l'établis plus loin, le début de V Iliade.
2. Pilate. Dans la même lettre: Connininis aiiiicus qiiein tu Thessahitn facis, ego Bysautimim rehar. Dans Sen. III, 6 (à Boccace) : Léo noster uere Caîaher, sed ut ipse unit Thessaliis, quasi nohilius sit Graecuni esse quani ItaJum ; idem tamen ut apud nos Graecus sil, apud illos buto llalus, quo scilicet utrohique percgrina nobiîitetur origine.
3. Faw. XXIV, 12 (Milan, 9 oct. 1360. Par. 8568, f. 287 et 289'). — Cette lettre est une réponse à une lettre qui lui avait été envoyée par des amis au nom d'Homère, et où la mention de Bologne est peut-être à remarquer (Tihi iiero respondeo... Tua iJla Bononia quam suspiras, studiorum licet hospes ampJissinia, junditus ut excutias, [amicuin tuuiii] unum habef). Ce jeu venait vraisemblablement du cercle florentin.