V. p. 157. Boccace avait dû la voir en
dictabo '. Les deux traductions étaient aussi mauvaises l'une que l'autre, et on doit plaindre les malheureux humanistes réduits à connaître Homère de telle façon.
Les scholies fournissent, à leur tour, un autre exemple de l'ignorance du temps, en matière de grec, et des efforts trop souvent infructueux faits par Pétrarque pour pénétrer dans l'esprit de l'Antiquité héroïque. C'est l'annotation la plus considérable de nos manuscrits, si l'on excepte celle du Virgile. Peu de feuillets y échappent absolument et plusieurs en sont surchargés; parfois les différences d'encre témoignent que la même page a été annotée en plusieurs fois. Les abréviations sont plus nombreuses que jamais. Les signes de renvoi sont très variés; d'ordinaire, la scholie commence par un lemme souligné \ Beaucoup de gloses sont mises dans l'interligne; ce sont des termes plus usuels que ceux du texte, des pronoms possessifs destinés à éclaircir le sens, des mots sousentendus rétablis, etc.' . Enfin, la marge de gauche a fréquemment les signes de lecture ordinaires indiquant les passages notables. L'ensemble est d'une clarté parfaite pour les yeux et pour l'esprit.
Beaucoup de ces scholies sont certainement empruntées à Pilate, et plusieurs sont suivies de L., ou Léon, ou Léon dixit, ce qui pourrait indiquer que la copie reçue de Florence les portait. Aux plus importantes, Pétrarque a donné une forme
1. Var. 2. (Les mots qui suivent offrent un texte incompréhensible). Zanobi n'était pas à Florence au moment où Pilate y traduisait Homère; P. voulait apparemment lui faire goûter un peu du plaisir dont cette absence le privait. Cette première traduction du commencement de V Iliade demanderait à être cherchée dans nos bibliothèques.
2. Il faut ajouter des indications comme celles-ci : Narratio, Conipa ratio, Oratio, Interrogatio, Kesponsio, Breuis imprecatio, etc.
3- On peut voir des spécimens de gloses dans la publication de Hortis, qui ne les savait pas de P., et n'a pas fait mention de l'intérêt des scholies.
PETRARQUE ET Ll-S AUTEURS GRECS I75
qui lui est personnelle et dont je crois devoir mettre en note un exemple assez étendu ' ; mais le fond appartient à Pilate. On trouve donc, sur les marges de notre Iliade, avec les observations particulières du propriétaire, le résumé des explications données à ses élèves par le maître calabrais, et, si nous en croyons les transcriptions de Pétrarque ou les témoignages deBoccace, il leur enseignait parfois de singulières choses ^ Ses étymologies grecques avaient tout juste la valeur des étymologies latines du Liber deriuatiomim d'Uguccione, une autre grande autorité pour nos humanistes. Ses connaissances mythologiques et autres étant facilement à bout, il inventait au besoin les explications sollicitées, et transmettait comme des traditions antiques ce que lui fournissait son imagination. Il croyait rendre Homère plus intéressant par les détails niais qu'il y ajoutait et que ses auditeurs avides recueillaient comme des oracles \
1. Au dénombrement du chant II, f. 17' : Ouerehat hic Léon noster seu Léon tins interpres huins operis qiialis potuit, ciir cathalogum ducum Home.nis a Boetia [sic] incepisset et ponehat suas uel aliorum coniecturas, has uidelicet. — Primo, ut Musas sihi conciliaret, quitus sacer est Elycon Boetius collis ; alii auteni contradicunt non illum Boetieesse, sed Phocidos. Secundo, quia in Boetia quinque erant duces et plurime ciuitates. Utrumqiie potest haberi in textu ; sed secunduni friuolum esse dicunt alii, cum Creta centum urhes habuerit et multitudinem populorum, et regno et incunabulis louis insignis. Tertio, quia in Boetia congregatio et coniuratio Graioruni Troiam petentium facta est ; ihi enim sunt portus opportuni et ad commeatum ex oninl Grecia couuehendum et ad transitum in aduersum litus ; Un noniinatim est Aulis Euhoico in equore, oh hoc ipsum nota insula, ad cuius ciuitateni Caniobistam [sic] omnes naues et duces et populi conuenere. — Haruni triiun quenani uerior ut Homerum mouerit, incertum habeo. Sed si prima sequi uelis, esse Musarum viontem in Boetia celebrior fania est, quant et Virgilius sequitur, Léo tanien ultimam tenet, nec inconueniens uidetur ab his incipere que iuxta sunt, queni moreni in materia simili Lucanus sequi uidetur libro iij° : Proxinia uicino uires dat Grecia bello, et reliqua.
2. Cf. Koerting, Boccaccid's Leben, p. 377, et la longue série des passages des œuvres de Boccace que Hortis a patiemment relevés (p. 371-372, 504-505); les scholies de P. réunies ici suffisent amplement à faire connaître l'enseignement de Pilate et ont même un caractère plus direct.
3. V. par ex., sur Od. II, 94 (f. 9), à propos de la toile de Pénélope: Ferunt
176 PÉTRARaUE ET LES AUTEURS GRECS
Moins docile que Boccace, Pétrarque discutait souvent les opinions de Pilate ' et se rangeait volontiers à un avis différent. Il n'acceptait pas, par exemple, son explication sur l'ancien vêtement féminin, et y substituait ses propresobservations de voyage sur les femmes de Rome et d'Aix-la- Chapelle : Non pepli hic, ut Léo nuit, sed linei amicius, quo Romane mine utiintur et Agrippine \ Choisissons d'autres exemples, parmi les plus courts, de passages où il fait ses réserves ^ :
IJ. F. 33, VI, 117 (Circum aiitem ipsum pars siih genihus pereuiiehat et eolliim corium nigrunï). In greeo sonat extremitas clipei^ in qua sunt infixi cJaui, quia, si infixi non sint, non dieetiir sphira, et pars sub genihus ex parte post. Hec erat huiusmodi Leonis glosa, ego fateor nec texttim hune inteUigo nec glosam, sed glosam minus '^. — F. 133, XVI, 233 (^Jupiter rex Dodonee ThesaUee [IhkocG^'VAï] procul hahitans~). Dodona eiuitas, ut mât Léo; uere autem silua est \ — Od., F. 6, I, 344 Ç..amplam per Helladam et médium Argon'). Hellada dicta est Grecia, Greci HeUines ah Hellino rege, ut uidt Léon, Ego partent Grecie puto circa Athenaset cet. — F. 9,11, 79 (Nunc autem mihi sine operatione [ocT.p-riyr.o'jz] dolores ponitis animo). Au mot operatione: Mea,
morem Juisse apitd ueteres Grecorum ne procari aliqnam liceret teîe inleiitani ; forte ne aliis distraheretur curis.
1. V. les réserves fort rares de Boccace, dans Hortis, p. 506.
2. //., f. 46. Sur les mots Graecariim boni ueli, par lesquels Pilate a traduit 'Ayai'.àôojv £'j-£7:Àa)v.
3. Dans ces citations et les suivantes, les mots entre parenthèses appartiennent à la traduction de Pilate.