Contra GalL, Op
4. Cf. G. ?2iYïS,Lalittér.fr. au Moyen Age\ § 1 1 i,et E. Langlois, /. c, p. 65 sqq.
228 LES PÈRES DE l'ÉGLISE ET LES AUTEURS MODERNES
Bcir Accoglienza, Accorgimento fore, Cortesia intorno intorno c Puritate, Timor d'infamia e sol Dcsio d'onore i . . .
Mais il n'est pas impossible que Pétrarque ait fait son emprunt à une imitation italienne du Rommu notamment au rifacimento en sonnets intitulé // Fiore, où la personnification se retrouve avec certains noms semblables à ceux du Trionfo '. Chacun connaît, d'autre part, l'appréciation dédaigneuse dont il accompagne l'envoi du poème à Guido Gonzaga, seigneur de Mantoue, qui lui avait demandé, semble-t-il, l'œuvre la plus remarquable de la littérature française d'alors \ Cette appréciation paraît indiquer que Pétrarque avait comparé le Roman de là Rose avec d'autres productions poétiques de môme langue ; mais il pouvait parler seulement par ouï-dire ou sur l'autorité des lettrés de France avec lesquels il était en relations, et sa curiosité personnelle a dû se borner à un examen rapide du célèbre Roman.
Bien qu'il n'ait pu rester entièrement ignorant du fran-
1. V. 85-87; le morceau commence au v. 76. Cf. J.-V. Leclerc, dans Hist. îitt., t. XXIV, p. 568.
2. La dernière édition d'il Fiore est celle de Mazzatinti (t. III de V Invent., cité 1. 1, p. 105 n. 2), avec un travail d'E. Gorra (p. 419 sqq.). Cf. S. Morpurgo, Detto d'Amore, ant. rime imit. dal Roman de la Rose, dans II Propugnatore, nouv. sér. I, part. I.
3. Cf. Roniania, t. XIX, p. 163. — Epist. III, 30 {Op. II, p. 114) :
Itala qiumi reliquas snperet facundialingiias... Testis erit, clara eloquio queni Gallia caelo Attollitque fauens snniniisqiie aequare lahcrai : Scilicet hic tiiilgo récital sua sownia Gallus, Ouid :(eli(s, qui d posât amor...
Somniat iste tamen, dum somnia uisa renarrat.
... Vulgaria enim et peregrina petenti Nil mains potuisse dari, nisi fallitur omnis Gallia Pariseosque caput, mihi crede, ualeqiie.
çais dans les milieux divers où il a vécu, il avait mis peutêtre un point d'honneur patriotique cà ne pas l'apprendre. Il n'est pas certain à mes yeux qu'il le lût aisément, et on peut même prouver qu'il ne le parlait point. Dans la harangue prononcée à Paris, en 1361, devant le roi Jean le Bon, comme envoyé extraordinaire de Visconti, il s'excuse, presque dès la première phrase, de ne point s'exprimer dans la langue de son auditeur : Scio qtiidem quod coram tanto rege locutiis deherem, si possihilitas afforet, eo sermone uti qui uohis est acceptior ac noiior... Et certe lihenter idem et ipse facerem, si possem ; sed no7i siim tanti ingenii, lijiguam gallicam nec scio, nec facile possum scire \ Ce qui le rassure un peu, ajoute-t-il, c'est que, suivant le rapport d'amis, il sait que le roi Jean dans sa jeunesse a aimé les lettres et appris le latin '. Mais c'est là, comme on le voit plus loin, un compliment de pure forme ; en réalité, l'orateur ne se dissimule pas que le roi, qui n'est guère revenu à ses premières études, ne comprendra peut-être pas un mot de son discours, et il est bien persuadé que cette audience d'ambassade aurait gagné en intérêt et en solennité, s'il avait pu faire sa harangue en français.
Inexpert, comme on vient de le voir, de la langue parlée au nord de la Loire, il ne pouvait guère partager le goût
1. Texte de la harangue du 13 janvier 1361, publié par Barbeu du Rocher, Mém. divers prés. àVAcad. des Inscriptions, 2^ sér., t. III, p. 214. On trouve un peu plus loin : Fnissemque paratior atidire quam loqui, ce qui peut à la rigueur signifier que P. entendait le français parlé.
2. Le même témoignage est donné sous une autre forme dans Rer. mem. I, 2 (Op. 405). On pourrait voir, au même passage, un nouvel aveu que P. ne connaissait pas le français : le roi Robert lui ayant demandé à Naples s'il n'avait jamais désiré se fixer à la cour de France, P. dit avoir répondu qu'il avait mieux aimé conserver son indépendance dans la pauvreté, qmwi tenture regiun liviina, in qiii- Ims nec quemquam intelligereni, nec intelligerer a quoqiiaui. Mais je crois, d'après le contexte, qu'il doit plutôt faire allusion au manque de culture intellectuelle de Philippe VI et de son entourage, dont il est parlé peu avant.
des princes italiens et, en général, du public européen de son temps pour la littérature de France. 11 n'y a nul indice qu'il ail eu chez lui des livres français '. Nous devons donc noter avec soin les allusions aux romans bretons dans les vers illustres des Trionfi :
Ecco quei che le carte empion di sogni, Lancilotto, Tristano e gli altri erranti... Vedi Ginevra, Isotta e l'altre amanti, E la coppia d'Arimino, che'nseme Vanno facendo dolorosi pianti ^
Il faut en rapprocher ceux d'une épître à Benoît XII, où le poète énumère, pour sacrifier leur gloire à celle des Romains, les héros étrangers dont la fable et l'histoire ont conservé le souvenir :
Hiîic feror Oceano, qua nohilis insiila uiimm Praedicat Arcturum, et qiiicqind sihi fabula viendax Persuadet, siluas, fontes, mirandaque vulgo Praelia, et insanos equitiim décantât aniores, Gallia, qua magnum Carolum, diiodena uirorum Praesidia 5 et regnum tôt opimis dotihus auctum Ostentai longaque iacet iam fessa quiète 4.
Ces allusions sont trop fréquentes et trop précises pour que Pétrarque n'ait pas connu directement un récit des amours d'Iseut et de Tristan, et de celles de Guennièvre et de
1 . Il eut certainement connaissance du travail de traduction de Tite-Live entrepris par Pierre Berçuire et terminé en 1355 au plus tard (Pannier, àans Bihl. de VÉc. des Chartes, t. XXXIII, p. 348). Comme on trouve cette traduction de son temps à Mantoue et à Padoue, on peut penser qu'elle passa sans doute par ses mains ; il n'est même point invraisemblable de supposer, avec Novati, que P. a pu rapporter de France, après son ambassade de 1361, le Tite-Live in îingua francigena {Attraverso il Medio Evo, Bari, 1905, p. 269).
2. Tr. d'amore, II, 79-84. Dans Tr. délia fama, II, 134, il y a mention du « re Artù ».
3. On remarquera que l'allusion faite aux Douze Pairs est moins précise que les précédentes.
4. Epist. I, 4 {Op. II, p. 81). Il semble nécessaire de ponctuer avant Ga///rt.
Lancelot. Mais, d'autre part, elles ne prouvent point qu'il ait eu SOUS les yeux des versions françaises ; il est probable qu'il n'a lu que des compilations en latin ou en italien, comme la Tavola Ritonda, où sont réunis les épisodes du roman de Tristan dont il semble informé \
Dressant dans un traité la liste des reines et princesses adultères, il écrit : Keges cogita qiios iiidisti ac terrariim dominos; dehinc scriptis famaqiie cognitos record are ; respice et Arctiiri fahiilam et historias reJiqiiorum ^ Il mentionne également, dans une lettre de vieillesse, le roi Arthur et le roi Marc, toujours à propos d'infortunes conjugales : Et omitto Marcum et Arcturum reges fahulasque Britannicas, ac Philippum Macedonem Alexandri patrem falso creditiuu \ Ce dernier trait se rapporte à la légende relative à la naissance d'Alexandre, que l'auteur semble adopter d'après une des rédactions latines de son histoire fabuleuse ^
Un autre passage de Pétrarque mentionne avec une certaine précision les poèmes sur la légende d'Alexandre. Il s'indigne que des Grecs aient prétendu qu'Alexandre le Grand aurait facilement vaincu les Romains, s'il s'était tourné contre eux, et il ajoute : Neqiie solum leuissimi Graecorum^
1. V. l'éd. de La Tavola Ritonda 0 VhtorLi di Tristan, donnée par Polidori, Bologne, 1874, et l'analyse critique d'E. Lôseth, Le Roman en prose de Tristan^ Paris, 1891. Sur la diflfusion du Cycle Breton en Italie, on doit rappeler les articles spéciaux de Graf (G/on/. stor., t. V) et de Rajna (Romania, t. XVII); v. surtout Novati, Atlrav. il Medio Evo, p. 290 et 323, et P. Meyer, De l'expansion de la langue franc, pend, le Moyen Age (Afti del congresso intern. di science stor., Rome, 1904, IV, p. 61, sqq. Lovato de Padoue, dont P. faisait cas, avait composé un poème, sans doute en latin, sur les amours de Tristan et d'Iseut (Graf, /. c, p. i 15).