Fan,. XXI
4. Vat. 3199. Une brève description du ms. et la bibliographie ancienne sont dans La hiblioth. de F. Orsini, p. 303-303. On doit y joindre les travaux cités d'Henri Hauvette et d'Oskar Hecker.
5. Cf. dans les Stiidi letterari\ Livourne, 1880, tout le discours III Délia varia
236 LES PÈRES DE l'ÉGLISE ET LES AUTEURS MODERNES
en contradiction avec lui-même, affirmant ne pas avoir lu la Commedia, en relevant dans le Canioniere des réminiscences plus ou moins certaines \ Je n'ai point à reprendre une discussion qui ne semble pas avoir tourné contre la sincérité de notre poète; mais une observation peut être faite qui rentre dans le sujet de ce livre.
Nous sommes encore surpris aujourd'hui, comme l'était Boccace, que Pétrarque eût dépassé cinquante ans sans faire une lecture sérieuse de la Comniedia. Parmi les explications qu'il en donne lui-même ou qu'on en donne pour lui, ne faut-il pas insister surtout sur sa psychologie d'humaniste? A partir d'un certain moment de sa vie, il avait cessé de lire pour son seul plaisir et ne le faisait plus que pour s'instruire et se former sur les grands modèles antiques. Un moderne, quel qu'il fût, l'intéressait moins qu'un ancien. La science théologique de Dante, comme l'âpreté de ses passions florentines, lui demeuraient indifférentes : poursuivant la seule étude qui lui semblât digne d'un lettré et surtout d'un
jortuna di Dante, p. 307-365. Hortis a repris la question dans le même sens et rétabli le bon texte du passage de Rer. mem. II, 4 {Op. 427) relatif à Dante, où il faut lire un éloge au lieu d'un blâme {Dante e il P., dans Riv. Europea, fasc. 2, et Studj, p. 305 sqq.); toutefois, les vers latins en l'honneur de Dante, attribués à P., sont de Benvenuto da Imola (Novati, dans Giorn. stor., XIV, p. 363). V. aussi Cipolla, Ouaîe opinione avesse P. suJ valore letterario di Dante, dans Arch. Veneto, t. VII, p. 407 sqq.
I. Toute une série de travaux neufs et intéressants est sortie de ces recherches. Je rappelle les articles de Scarano dans le GioniaJe storico (notamment Linvidia de] P., t. XXIX, p. i) et ceux de Melodia dans le Giornale dantesco (réunis dans son volume, Difesa di F. P., Florence, 1902). L'un signale dans le Cancanière de nombreuses « imitations » de la Comniedia; l'autre établit que ces passages sont de simples « rencontres » qu'on trouve chez d'autres poètes du temps, ou qu'ils figurent en des pièces retouchées et transcrites après 1359, c'est-à-dire à partir du moment où P. a étudié le poème de Dante dans l'exemplaire offert par Boccace. Tous ces rapprochements ont servi à mieux montrer, sous la ressemblance des paroles, la différence profonde qui sépare la lyrique de P. de celle de Dante.
LES PÈRES DE LÉGLISi: ET LES AUTEURS MODERNES 237
poète, il n'avait, chez lui, rien à apprendre. Enfin, l'ignorance trop visible de Dante sur les choses de l'Antiquité tempérait peut-être de quelque dédain l'estime d'un tel lecteur.
Pétrarque avait cependant une admiration sincère pour le génie de son grand compatriote florentin : il lui accorde franchement le titre de dux noslri cloquii iiulgaris '; il proclame, dans sa lettre cà Boccace, ses sentiments pour le divin poème, qu'il loue sans aucune réticence; il exprime même le chagrin personnel qu'il éprouve à assister à la corruption de ce noble texte dans la bouche du vulgaire; il va rendre enfin, à Dante, en l'imitant ouvertement dans les Trionfi % l'hommage le plus évident dont un écrivain puisse honorer un de ceux qui l'ont précédé.
En reconnaissant hautement, comme il le fait, la primauté de Dante en italien, il réserve seulement, et non sans modestie, l'originalité de son propre Can:{oniere; mais la vraie supériorité qu'il revendique indirectement pour luimême est celle qu'on ne peut lui contester comme poète latin. Où trouver trace de la jalousie envers son prédécesseur qu'on a si amèrement reprochée à Pétrarque? Il faut sourire plutôt de l'innocente vanité, appuyée sur de fausses idées littéraires, qui lui fit attacher à la production d'une épopée dans la langue de Virgile une valeur d'art tout à fait supérieure, et qui dut parfois lui laisser penser que YAfrica terminée aurait, aux yeux de la postérité, plus de prix que l'œuvre de Dante.