‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 292 sur 353 · Sen. V, 3 (Op · texte numérisé non relu

Sen. V, 3 (Op

2. V. surtout Melodia, Studio su i Trionfi del P., Palernio, 1898 ;'N. Scarano, Alcune foiiti romanic dei Trionfi, Naples, 1898 ; le travail cité d'Enrico Proto et la la préface de l'édition critique de Cari Appel, Halle, 1901.

L'ANTiaUITÉ DANS LA BIBLIOTHÈQUE DE PÉTRARQUE

En terminant cette enquête sur l'érudition et les lectures de Pétrarque, il convient de dresser un tableau d'ensemble des auteurs de l'Antiquité qu'il avait lus. L'ami des livres, dans la familiarité duquel le lecteur vient de pénétrer, était trop zélé dans ses recherches et trop soucieux de compléter sa collection pour laisser hors de sa bibliothèque un seul des précieux ouvrages dont il lui était possible de se procurer une copie ; la liste qui suit peut donc être considérée comme un inventaire de la partie antique de la bibliothèque du premier humaniste.

Presque toutes les grandes œuvres de la poésie latine étaient entre ses mains. 11 lisait Virgile avec le commentaire de Servius, Horace avec celui du pseudo-Acron, Ovide, Catulle, Properce, Perse et Juvénal, Térence avec Donat, quatre comédies de Plante et le Qiierolus, les tragédies de Sénèque, Lucain, les deux épopées de Stace, Calpurnius, Claudien presque entier et quelques parties d'Ausone. Il avait YHomerus latinus et une rédaction des sentences de Publilius Syrus. Les compilations antiques et les FJorilegia du Moyen Age lui donnaient à lire, en outre, beaucoup de fragments, par exemple des extraits de Tibulle. Le poète dont l'absence chez lui est surtout notable est Lucrèce.

Bien que les graves lacunes soient plus nombreuses pour la prose, elle occupe chez Pétrarque une belle place. Il a d'abord une large collection d'historiens: Salluste, les Coni-

ineiitaires de César, qu'il croit l'œuvre de Julius Celsus, vingtneuf livres de Tite-Live et les Periochae, Valère-Maxime, Suétone, Florus, Justin, le recueil de VHistoire Auguste, sans parler d'ouvrages de l'époque chrétienne, le De viris attribué à Aurelius Victor et qu'il attribue lui-même à Pline l'ancien, les livres d'Eutrope et d'Orose. Il a encore Quinte-Curce, qu'il range parmi les historiens, et les récits mis sous le nom de Darés et de Dictys, auxquels il ne fait pas le même honneur. Il possède Y Histoire Naturelle de Pline, les Déclamations de Quintilien et une partie importante de son grand traité. Il a Sénéque tout entier, y compris les Controverses qu'il attribue au philosophe et plusieurs apocryphes qu'il lui refuse. Il a peut-être en mains le traité pratique de Caton, plus sûrement celui de Varron et des extraits au moins du De lingua latina. Il lit Vitruve, Pomponius Mêla, Solin, Aulu-Gelle, Macrobe, avec le Commentaire sur le Songe de Scipion, Nonius Marcellus, Martianus Capella, Marius Victorinus, Firmicus Maternus le païen, Censorinus, les œuvres de tactique de Frontin et de Végèce, Apulée, le Tertins mythographus Vaticanus, Palladius, Vibius Sequester, et bien entendu Donat et Priscien. Il a de Cassiodore les lettres et deux traités, de Boèce la Consolatio et des apocryphes.

Les œuvres de Cicéron qu'il a pu se procurer, par une recherche particulièrement active, sont les suivantes. Lettres: les lettres à Atticus et à duintus, la correspondance avec Brutus. Discours : les Catilinaires, les Philippiques, avec une lacune au milieu du recueil, la troisième au moins des Ferrînes, De imperio Cn. Pompeii, Pro Sulla, Pro Arcbia, Posf reditum in Senatu et Post reditum ad Qiiirites, Pro Plancio, Pro Milone, Pro Marcello, Pro Ligario, Pro Deiotaro (la liste est peut-être incomplète, mais nos recherches n'ont pu établir d'autres points). Rhétorique : De inuentione, De oratore, la

dernière partie de VOnilor, dont Pétrarque faisait le quatrième livre du traité précédent, Partitiones, et sans doute aussi Topica et De oplimo <reiiere oraloruni. Philosophie : De Jegibns, Paradoxa, Definilms, ce que nous avons des Academica et de la traduction du Tiwée, les Tiisculanes, De natiira deorum, De seneetiile, De diniucilkme. De fato. De amiciiia. De officiis. Il possède également, et sans en contester l'attribution, le traité Ad Herennium, la lettre à Octavianus, le discours Ad équités Romanos, et le double apocryphe des Invectives prêtées à Cicéron et à Salluste.

La littérature chrétienne, qui a été pour Pétrarque une source importante d'informations sur l'Antiquité même, est loin d'être très abondante chez lui. Il n'y a que trois Pères dont il ait recherché les œuvres avec ardeur, S. Jérôme, S. Ambroise et surtout S. Augustin. Les autres écrivains chrétiens qui se trouvent représentés, d'une façon plus ou moins étendue, dans nos manuscrits sont Prudence, S. Paulin de Noie, Fulgence, S. Grégoire, Isidore ; mais plusieurs autres, et notamment Lactance, étaient aussi chez Pétrarque. Si l'on essaye une restitution de la partie chrétienne de sa bibliothèque, et surtout de la partie médiévale et scolastique, l'on ne fait que mettre en pleine lumière les goûts par lesquels il fut entraîné si vivement vers les œuvres profanes.

La lecture du grec lui étant interdite, il a recueilli toutes les traductions de livres en cette langue qu'il a pu trouver. Outre quelques ouvrages ecclésiastiques, il possède le Timée de Platon traduit et commenté par Chalcidius, la traduction du Phédon et probablement celle du Ménon par Aristippus, plusieurs ouvrages d'Aristote, au moins 1' Ethique à Nicomaque et la Politique, avec des commentaires d'Eustathe, d'Aspasius et de Michel d'Éphèse, et l'apocryphe De porno, les deux grandes œuvres historiques et le Contra Apionem

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de Josèphe, la chronique d'Eusèbe continuée par S. Jérôme ; il fait traduire enfin lui-même Ylliade et YOdyssée. Cette insuffisance d'initiation aux lettres grecques est le plus grand défaut de son éducation d'humaniste ; elle l'empêche même, en le privant de tout moyen de comparaison, d'avoir une vue suffisamment juste de la littérature latine, dont il a réuni tant de monuments.

Telle qu'elle se présente, en somme, à la suite de nos investigations, la bibliothèque de Pétrarque apparaît, malgré ses lacunes, comme un puissant instrument d'étude. Ces manuscrits, rassemblés par une vie laborieuse, ont permis à leur maître de pénétrer dans l'Antiquité et d'en transporter dans ses livres l'image et l'esprit ; ces volumes contiennent les œuvres qu'il a pu mettre à la disposition de l'Humanisme naissant, à Avignon, à Florence, à Milan, à Venise, à Padoue, dans tous les centres où se sont rencontrés ses correspondants et ses disciples. Nous avons tenté d'établir quelle fut sa part personnelle en ce mouvement intellectuel destiné à un succès si rapide, et dans quelles directions il contribua à le pousser.

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l'iconographie de PÉTRARaUE

Aurons-nous jamais le portrait de Laure ? Les documents ne manquent point ; ils abondent même, en France comme en Italie; mais cette richesse apparente n'est qu'un vain trésor. De bonne heure, l'enthousiasme des lecteurs de Pétrarque leur fit souhaiter de connaître l'image de la femme aimée du poète. Les archéologues la découvrirent à l'envi dans les monuments du temps ; les amateurs la cherchèrent et la trouvèrent, assez naturellement, dans leur propre collection ; les artistes, enfin, interprétèrent le Cani^onniere à leur guise et multiplièrent les effigies de la belle Provençale, à Taide de ces deux renseignements : occhi neri et treccie d'oro. On vit à l'œuvre, sous toutes les formes, ce besoin de satisfaire l'imagination par les yeux, qui a causé tant de déconvenues à la recherche iconographique.

L'amour-propre aidant, tout le monde voulut posséder le portrait de Laure. Des légendes se torment vite dans une famille, dans une ville, où l'on croit avoir un objet d'art important, et telle hypothèse, jetée au passage par un visiteur mal informé ou complaisant, devient, dix ans après, une tradition enracinée. Les érudits ne tardèrent pas à entrer en lice et à changer en arguments, dans les articles ou dans les brochures, les affirmations les plus incertaines ; d'autres se chargèrent de résumer le débat, discutèrent consciencieusement des racontars sans autorité et ne purent aboutir, bien entendu, à des conclusions positives'. Parmi les portraits dont il fut beaucoup parlé,

I. Je n'ai rien à changera mon sentiment sur le sujet, même après l'appaiition du livre du prince d'Essling et d'E. Mimtz, intitulé Pétrarque, ses études d'art..., ses portraits et ceux de Laure, V illustration de ses écrits, Paris, 1902. (Cf. compte rendu d'A. Farinelli dans la Galette des Beaux-Arts, 1902, I, p. 429-440). Le cha-

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on doit accorder une mention, pour l'ancienneté de l'attribution, à cette fresque du porche de Notre-Dame-des-Doms, à Avignon, qu'on disait de Simone Martini et où l'on montrait déjà Laure, en 1472, au père du cardinal Bembo'. On peut citer aussi, pour la grâce de l'inspiration, la jolie miniature de la Bibliothèque Laureniienne, qui n'est pas, quoiqu'on le dise souvent, du xiv^ siècle, mais seulement du xv% et qui nous montre une Laure exquise, les yeux baissés, en face d'un Pétrarque lauré assez ridicule ^ Quant à celle de ces œuvres qui mérite le plus de créance, personne jusqu'à présent n'a pu sérieusement la désigner.

Il y a eu cependant un portrait de Laure fait de son temps et dont l'auteur est connu. C'est Simone Martini qui l'a exécuté à Avignon pour son ami Pétrarque, et vraisembiement en miniature. Le poète l'atteste lui-même en deux sonnets célèbres.

. . . Ma certo il mio Simon tu in Paradiso Onde questa gentil Donna si parte ; Ivi la vide e la ritrasse in carte, Per far fede qua giù del suo bel viso.

Il y fait allusion dans le Secretiim, quand il se laisse reprocher par saint Augustin de porter avec lui l'image d'une femme trop aimée. Mais je ne crois pas que l'œuvre du maître siennois ait été reproduite, au moins du vivant de son possesseur, par d'autres artistes. Qui connaît un peu l'âme de Pétrarque peut être sûr qu'il a gardé avec un soin jaloux et pour lui seul ce souvenir des émotions de sa jeunesse, dont le grand public n'avait connu que le reflet. Après

pitre sur Laure, dans l'article de Mùntz, P. et Simone Martini, à propos du Virgile de V Ambrosienne {Galette archéolog . de 1887), résume plusieurs travaux antérieurs, mais sans tenir compte des recherches de Cesareo, de Sicardi et de Flamini, ni des études de D'Ovidio sur Madonna Laura. V. aussi la dissertation de Zefirino Re, / Ritratti di Madonna Laura, Fermo, 1857 : le Catalogo délia Petrarchesca Rosettiana di Trieste, par Hortis, Trieste, 1874 ; et Giambatt. Pellizzaro, F. Petrarca e Simone Martini, Adernô, 1905.

1. V. le texte de Bernardo Bembo dans La hihlioth. de F. Orsiiii, p. 293.

2. Une belle reproduction de ces portraits accompagne un travail de Henri Cochin sur P. ennemi des femmes, dans Les lettres et les arts, fasc. de juillet 1886.

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sa mort, il n'est fliit nulle part mention de l'objet. Le détruisit-il sur ses vieux jours avec tant d'autres papiers du même temps ? Etait-ce un portrait' distinct ou une figure dans une composition plus importante, analogue à celle du frontispice de Virgile peint par le même Martini ? Voilà des questions auxquelles il semble qu'on ne puisse échapper. En tous cas, si le portrait de Laure n'a pas été détruit, c'est dans un des manuscrits égarés de la bibliothèque de Pétrarque qu'on aurait quelque chance de le trouver. Il faut renoncer aux fresques, aux bas-reliefs, aux tableaux, à tous les documents soi-disant traditionnels où on l'a cherché jusqu'ici.

La question des portraits de Pétrarque est aussi fort embarassante. Les mêmes causes ont contribué à l'embrouiller de siècle en siècle et, quand on veut essayer de la reprendre, on est découragé par l'abondance des matériaux. Cependant quelques observations préliminaires autorisent à la recherche. La raison morale, qui a arrêté, à mon avis", la reproduction du portrait de Laure, n'existe pas pour celui de Pétrarque. Ce grand homme, si fier de sa gloire, si soucieux des moindres détails de sa personnalité, cet écrivain qui nous a laissé la première autobiographie des temps modernes et qui se livre à la postérité en tant d'œuvres diverses, n'a pu être indifférent au souvenir matériel qui devait rester de lui. A côté de l'homme moral, il a décrit en lui, et avec une grande précision, l'homme physique, qu'il savait beau. Il a dû faciliter aux peintres de son temps les travaux que la curiosité publique leur demandait.

Vasari dit que Pandolfo Malatesta envoya Martini à Avignon « per ritrarre messer Francisco Petrarca » ; le fait est inexact en ce qui concerne Martini', mais le témoignage se rattache au récit que fait Pétrarque de l'exécution de son portrait à deux reprises pour Malatesta ^ On le trouvait, d'ailleurs, chez de simples particu-

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