PETRARQUE DESSINATEUR 27 I
il faut se borner à penser aux vagbi augelli de Vaucluse et aux oiseaux aquatiques dont parlent, à diverses reprises, les épîtres métriques '. Très sensible, comme on le sait, aux menus faits de la vie champêtre, le poète se plaisait à écouter les cris de ces oiseaux, à regarder son chien les poursuivre le long^de la rive, à découvrir leur nid dans les rochers :
Littoreas uolucres scopulis intexere nidos...
On peut cependant deviner dans le choix de l'espèce une intention symbolique, très conforme aux habitudes de Pétrarque ; notre solitaire n'ignorait pas, en effet, les allures graves du héron et son goût singulier pour l'isolement-
Le dessin est-il bien de Pétrarque ? La façon étroite dont l'inscription autographe est unie à l'ensemble le fait penser, comme aussi le peu d'importance de la composition, qui est à attribuer à un simple amateur plutôt qu'à un artiste de profession. Toutefois, il serait aussi aisé d'admettre que notre bibliophile ait pu recevoir chez lui à Vaucluse un peintre ou un miniaturiste et le prier de fixer en quelques coups de plume le paysage qu'il mettait sous ses yeux. Mais nous avons, par bonheur, l'histoire très sûre de ce manuscrit, qui exclut l'hypothèse d'un croquis d'après nature. Le Pline, acheté en Italie en 1350, est resté à Vérone pendant le dernier séjour de Pétrarque en France ^ Comme il n'a jamais été apporté au bord de la Sorgue, le petit dessin qu'il renferme n'a pu être exécuté qu'en Italie et de souvenir; et ce souvenir, à qui pourrait-on l'attribuer, sinon à Pétrarque lui-même ?
Cette image de Vaucluse n'est donc pas intéressante seulement par sa date, comme la plus ancienne, sans aucun doute, que le site célèbre ait inspirée ; elle nous apprend encore par quels traits essentiels se représentait à Tesprit du poète un paysage cher entre tous à son souvenir.