‹ PétrarqueChapitre 105 sur 178 · Fam., xv · texte numérisé non relu

Fam., xv

de vrai démon, dire qu'elle est « nuisible rien que par sa présence et même par son ombre », et la comparer « au basilic qui tue par son parfum », tandis qu'on le voit chanter dans ses vers les yeux de la femme, étoiles conductrices de l'existence qui lui font découvrir le chemin du ciel.

Gentil mia donna, i' veggio Xel mover de' vostri occhi un dolce lume Ghc mi mostra la via chc al ciel conduce l

Mais ces deux manières de penser correspondaient à deux moments différents de la conscience du poète, moments qui jusqu'à l'âge d'environ cinquante ans ne pouvaient être qu'une exception dans l'état normal de son esprit et de sa vie. A mesure que s'accumulaient les années, le moment poétique plus fréquent et plus intense d'abord, cédait au moment mystique, mais avant d'être entièrement étouffé et absorbé, il s'accommodait à lui, et se confondait quelquefois. C'est alors que dans l'ardente imagination du poète, à la transparente lumière de ses vers, souriait la femme angélique d'où lui venait « l'enchan-

]. Gentille dame, je vois dans l'éclair do vos yeux, une douce lumière qui m.: montre le chemin qui conduit au ciel.

terrien t qui le guidait clans le plus beau chemin du ciel. » C'était dans son esprit une transaction inconsciente entre l'amour et le mysticisme, mais en dehors de cette exaltation poétique et mystique, l'homme se sentait entraîné à payer son tribut aux faiblesses de l'humaine nature. Il ne repoussait pas alors, mais il recherchait « la compagnie de la femme » de laquelle « il ne lui paraissait pas possible de se passer » comme il le disait en 1352, quand il se félicitait d'en être enfin réduit « à la craindre plus que la mort 1 ».

Sa robuste constitution, son solide tempérament, certains traits particuliers de son visage ont été pour les anthropologistes des signes d'une prédisposition amoureuse % ce qu'il confirma d'ailleurs, en confessant à son frère, qu'âgé de près de cinquante ans, il était troublé encore par de fortes tentations dont il essayait de se délivrer, en vrai ascète, en contraignant son esprit à méditer « sur ce qu'était La femme' », mais cet expédient, (pic nous appellerons philosophique, ne devait pas lui être toujours de

*j. Cf. < lanestrini, op. cil .

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