‹ PétrarqueChapitre 113 sur 178 · SenJ{i,XVI,l · texte numérisé non relu

SenJ{i,XVI,l

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une somme importante pour l'époque. IL reçoit en échange les mêmes marques de sollicitude et d'atfection, du plus grand au plus petit. Jacques de Carrare, pour le favoriser à son insu, lui fait céder un canonicat de la cathédrale de Padoue par un de ses parents qui en était possesseur. Pandolfo Malatesta va le voir dans son Studio et l'accable d'invitations. Les princes de Correggio, pendant le temps que dure leur puissance, sont ses protecteurs bienveillants et efficaces. Lelio, les cardinaux Talleyrand, de Boulogne et P. de Cabassoles sont ses avocats actifs et constants à la cour d'Avignon. Boccace s'emploie avec la vénération d'un disciple à lui copier des manuscrits anciens et modernes ; Lombardo délia Seta néglige ses propres intérêts pour s'occuper de ceux du poète1.

Mais une note discordante vient troubler cette belle harmonie. Pétrarque aimé, protégé, poussé aux honneurs par les Golonna les abandonne presque et n'a pour eux aucune parole de regret dans leurs malheurs, alors qu'au contraire il n'a que louanges et encouragements pour Cola di Rienzi qui les accable et les flétrit pour leur origine barbare et leur conduite politique. Et

tout cela après qu'il leur avait prodigué, avec l'emphase et l'exagération qui lui étaient habituelles, des éloges qu'on adresserait à peine aux plus grands héros ; après des protestations de reconnaissance et d'affection renouvelées sans cesse que Ton n'aurait jamais pensé devoir, non pas s'éteindre, mais même s'affaiblir. Sur ce point les partisans les plus bienveillants de Pétrarque ne dissimulent ni leur étonnement ni leur blâme, mais nous ne savons sur cette rupture avec les Colonna ni ce qui se passa ni ce qu'ils se dirent. Ce qu'il y a de certain, c'est que de pareils dissentiments laissent dans l'âme de l'amertume, qu'ils troublent le jugement et changent le plus souvent l'affection en haine et en colère. C'est l'histoire du cœur humain et Pétrarque était un homme aux impressions vives, au caractère irritable que la colère entraînait à des paroles sinon irrespectueuses, du moins violentes l. Malgré cela nous ne pouvons affirmer que sa conduite envers les Colonna puisse être attribuée à ce côté le moins parlait de sa nature. Rappelons à notre souvenir les conditions d'espril dans Lesquelles il se

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trouvait dans les années 1343 et 1347, quand ses rêves ardents d'italien et de nouveau citoyen romain, trouvaient leur incarnation dans les discours, dans les actes et dans la personne de Rienzi ; or ces actes, cette personne, devaient être au contraire pour les Golonna un sujet tout particulier de haine et de guerre. La politique divise les esprits ; figurons-nous ce que devait être le patriotisme ardent de Pétrarque uni à la tradition classique. Ses bienfaiteurs? mais s'ils l'avaient nourri, il les avait servis ' ! Ses amis ? Quand il s'agit du salut de la patrie, de l'Italie et de Rome, il faut, si cela est nécessaire, sacrifier ses amis ! Pourquoi les Colonna, depuis longtemps citoyens romains, ne consacraient-ils pas leur puissance et leurs biens à la résurrection de Rome ? Pouvaient-ils l'empêcher de souhaiter de tout son cœur, d'encourager de sa parole, cette œuvre de résurrection, et prétendre l'obliger à préférer au culte de la patrie le culte de l'amitié ? Carior respublica, carior Borna, carior Italia \ Tels devaient être les sentiments que Pétrarque ressentait, non sans mélange d'angoisse.

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