‹ PétrarqueChapitre 114 sur 178 · Fam., XI · texte numérisé non relu

Fam., XI

Nous ne savons rien de plus, sinon, qu'entre lui et le cardinal, il y eut à cette occasion des explications qui amenèrent la rupture ; elle ne fut ni brusque ni éclatante, mais une froideur peu dissimulée ralentit les enthousiasmes d'antan. Réduits sur ce point à peu de détails il nous semble que le soupçon d'ingratitude qui pèse sur Pétrarque ne repose sur rien de réel et de raisonné.

Ainsi qu'il aima ses livres et ses amis, Pétrarque aima les plantes. Quand on a lu le Canzoniere, on se rappelle la part considérable donnée au paysage ; non seulement il fait de la nature extérieure, et des plantes principalement, le témoin de ses allée lions, mais elles y participent, elles sont l'élément vivant de scènes, où avec un art infini, il place son poétique amour et chante la dame de ses pensées. Esprit délicat en toutes choses, même en dehors de la poésie, il a le culte des beaux feuillages, des petits arbrisseaux qui savent inspirer à son espril une foule de pensées et d'images. Dans un véritable traité d'horticulture, il engage ses Lecteurs à s'adonner à la culture de La terre « comme repos el diversion à Leurs occupations ». Il adresse à ses arbres une épître en

vers et laisse dans ses manuscrits un cours complet de jardinage. Sans cesse on voit paraître dans ses lettres, son désir de jouir des frais ombrages de ses arbres et du spectacle de la végétation ; dans quelques passages il aime à nous faire connaître la satisfaction qu'il éprouve à planter, tailler, redresser, diriger de sa main les arbres de toutes espèces, principalement les arbres fruitiers et les lauriers ; s'il en est quelque temps éloigné, il est aussi impatient de les revoir et y met autant de hâte que s'ils étaient vraiment ses créatures. Il écrit à l'un de ses amis : « Permets-moi de rester ici pour revoir tout à mon aise les arbres que j'ai plantés. » Quand il habite la ville, il ne peut se passer d'un jardin pour se livrer librement à sa distraction favorite et pour s'y entretenir avec ses amis en affectueuses causeries *, Si ces amis avaient quelque reconnaissance à lui témoigner, ils lui offraient des rejets à planter. Les grands personnages le flattaient en daignant lui en demander, comme à Milan Luchino Visconti. Ses familiers ne prenaient garde ni à la dépense ni à l'ennui pour satisfaire sa petite

1. Cf. P. de Nolhac, Pétrarque et l'Humanisme, éd. de 1892, page 388.

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passion, à tel point que pour aller d'Arquà à Padoue, ville toute voisine, y planter cinq arbustes, Lombardo délia Seta affronta une véritable tempête qui le retint dehors trois jours. L'ombre de ses arbres était pour le poète une sorte de temple consacré aux plus douces et aux plus profondes pensées, il y laissait errer son imagination, et en méditant, ranimait l'ardeur de ses affections ; il s'y livrait à ses chants poétiques, y recevait ses amis intimes, causait avec eux comme il fît avec Boccace dans le jardin de Sainte-Valérie à Milan, le samedi 16 mars 1359, jour qu'il marqua comme l'un de ses plus chers souvenirs. Ses plantes étaient pour lui des amies spirituelles d'où se dégageait une influence bienfaisante capable de fortifier et de consacrer Pamitié dans les cœurs ; et de cette amitié, devaient aussi se dégager le souffle propice et l'élément salutaire qui féconderaient et vivifieraient ces plantes. Gela est si vrai qu'assistant un jour avec Boccace à la plantation d'un laurier, il exprime la confiance que cette expérience réussira mieux que les précédentes parce que la présence de son ami doit porter bonheur à cet arbuste sacré l.

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