Fam
rechercher des personnages les plus considérables par ses écrits en langue vulgaire qu'il composait dès sa première jeunesse1 ; il acquiert la sympathie et l'amitié des Colonna, Tune des plus grandes familles du temps. Pour distraire le savant vieillard Jean Colonna di San Yito de ses chagrins, il compose la comédie latine De la Philologie 2 ; il consacre une somme, considérable pour ses modestes ressources et pour la vie de dépenses dans laquelle il était engagé, à l'achat d'un beau manuscrit de la Cité de Dieu 3 ; il gagne l'amitié d'un vieux jurisconsulte célèbre, Raimondo Soranzo, qui lui donne ou lui prête des livres ; et ce jeune homme dissipé comme il veut nous le faire croire, aide ce savant, consommé dans l'étude, à comprendre Tite-Live 4, et cela avec une telle confiance naïve dans sa science précoce, avec une si franche conviction de son génie, avec un pressentiment si certain de sa propre gloire, que pleurant sur la tombe à peine fermée de sa mère il ne craint pas de lui promettre de la
i. Fam., I. i.
a. Fa m .. ii, s.
.;. l'. <ic Nolhac. Pétrarque et l'Humanisme, Paris, 1892, p. 33. Une autre édition en deux vol. de ce livre est sous presse.
\. Sentit, XXI, 1. Nolhac. Pétrarque cl l Humanisme, page ii».
Avignon, 1326-1337 31
rendre immortelle avec lui *. Cette confiance faisait parfois place, dans cet esprit ondoyant et impressionnable, à de profonds découragements qui étaient une preuve encore d'habitudes réfléchies et de vues élevées. Alors ce prétendu écervelé allait confier ses angoisses à la bienveillante amitié d'un vieil écrivain de la cour papale, Jean Florentino, qui admirait son intelligence et en présageait de grandes choses. Pétrarque lui disait : « Tu connais mes fatigues, tu sais mes préoccupations d'esprit, et par quelles études j'ai tenté de m'élever audessus du vulgaire... et voilà que sans avoir jamais cessé de travailler, au moment où j'espérais atteindre au sommet, je sens mon esprit aride retomber dans un abîme... Ce qui me paraissait facile me devient impossible ; où je courais d'un pas sûr, mon pied fatigué se meut avec peine, je me sens abattu, découragé, tout près du désespoir2. » En vérité un jeune homme de vingt à vingt-cinq ans, qui cultivait et méritait de telles amitiés, qui était capable de composer de si belles œuvres, qui tenait des propos
1. Yivemus pariler memorabimur amho dans le Pnneyyricum in funere ma tris.