Senili, XXI, G
si sages, ne pouvait être le fainéant vain, que, dans son âge mur, en possession de sa science et de sa renommée, il prétendait avoir été alors. Peut-être agissait-il ainsi par scrupule moral et religieux ou par effet de contraste ou jeu de rhétorique, ou par une sorte de pose et de préciosité, qui le faisait volontiers se présenter luimême, au moins dans ses écrits, sous des aspects qu'il jugeait intéressants.
Pétrarque avait eu à l'université de Bologne, comme camarade d'études, Jacques Colonna, qui devint plus tard évèque de Lombez, fds de Stefano le vieux et frère du cardinal Jean. Mais s'ils s'étaient vus, ils ne s'étaient pas connus. Quand tous deux furent de retour à Avignon, Jacques Colonna déjà parvenu à une haute dignité ecclésiastique grâce au nom de sa famille, entendit nommer le jeune clerc qui était sur le point d'entrer dans les ordres sacrés. Voulant le connaître de près, il l'appela auprès de lui, le protégea, le prit en affection, et l'aida à se faire connaître. Lorsqu'il dut se pendre dans son diocèse de Lombez en 1330, il emmena Pétrarque qui déclara « divin et inoubliable » cet été passé en compagnie de l'évêque et de ses familiers el se lia d'amitié avec deux per-
ayignon, 1326-1337 33
sonnagcs qui devinrent dès lors ses plus intimes amis, le Romain Lelio ou Lello di Pietro Stefano, très attaché aux Colonna, et Sanctus de Beeringen, que par flatterie affectueuse, il rebaptisa du nom classique de Socrate.
Revenu de Gascogne, Jacques présenta Pétrarque à son frère le cardinal, dans la maison duquel il voulait le faire entrer, bien que Pétrarque eût préféré rester avec lui et qu'il le lui eût même demandé l. On ne sait pas au juste quelles furent les attributions de Pétrarque chez le cardinal. Des biographes disent qu'il fut chapelain, d'autres précepteur ; il fut sans doute chargé des fonctions multiples et indéterminées de « familier » selon l'usage des cours et selon la signification du mot à cette époque. Il paraît certain qu'il fut quelque peu professeur d'Agapito Pietro Colonna, dit Sciaretta, arrièreneveu de Stefano le vieux 2. Peut-être le fut-il aussi d'un autre jeune homme de la famille, si l'on se reporte à l'églogue VII, où dans une allégorie bucolique, il laisse entendre qu'il instruisit la famille du cardinal chez lequel il resta