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venait aussi d'un classique sentiment de la nature, et de ce sens esthétique du paysage qui devint l'un des principaux éléments de l'art aussi bien dans la peinture que dans la poésie, désir bien humain, et tout moderne qui se propagea dans les esprits quand l'homme débarrassé des terreurs mystiques de ce temps, comprit qu'il était sur cette terre des choses qui méritaient d'être connues, admirées, utilisées et goûtées.
Une preuve non moins remarquable de l'humanisme triomphant chez Pétrarque, c'est Famour de la gloire qui contrastait si ouvertement avec l'esprit d'humilité, d'abnégation, d'anéantissement qui dominait au moyen âge. Déjà l'âme fière de Dante s'était révélée comme l'expression du génie conscient de lui-même, tandis que ce sentiment était inspiré à Pétrarque par la lecture des classiques, et il en remplit ses écrits, en faisant ainsi une des manifestations les plus fortes de sa personnalité. L'amour de la gloire devint son idée fixe et plus d'une fois le fit paraître vaniteux, souvent affecté, toujours désireux de se montrer et de s'affirmer. Dans chacune de ses lettres on peut dire qu'il y a un signe plus ou moins
apparent de ce désir ardent, ne serait-ce que le soin qu'il en prit, pour les transmettre à la postérité. Dans sa prose du Secret, de même que dans ses vers du Canzoniere, il se vante à Laure non sans prétention, de l'immortalité qu'il lui procurera. Tout jeune, peu de temps après la mort de sa mère, il lui promet de la faire vivre éternellement avec lui, grâce à sa propre célébrité. Devenu vieux, avant de finir son poème de Africa, il recommande à cette œuvre « de conserver son nom à la postérité », en le rendant heureux de cette gloire « qui survit à la tombe ». Parfois, fier de son succès,il se réjouit avec Barbato de ce que « le peuple des villes lit et applaudit ses vers », ou bien, à ceux dont il espère la récompense longtemps attendue du laurier, il affirme sans détours que c'est en vue du laurier seul qu'il pensa et qu'il écrivit :
Qucsta in pensieri, in opre cd in parole (Perô ch'è délie cose al mondo rade), Questa per mille Btrade Sempre inaanzi mi Tu Leggiadra, altéra ' .
1. Parce qu'il est en ce momie une des choses les plus rares, toujours, dans mes pensées, dans mes actes, dans mes paroles, en tous lieux, il m'apparut noble et beau.
Cette activité morale et intellectuelle du poète, si complexe, si variée, se déployait à un moment de l'histoire bien préparé à en recevoir l'influence, elle entraîna les esprits par la force de l'exemple et de l'autorité indiscutable, par le charme de la nouveauté et de la curiosité, par le mirage de la renommée. Enorgueilli lui-même de l'ascendant qu'il exerçait, Pétrarque dit dans l'une de ses lettres d'un ton aimablement hyperbolique : « Autrefois, peu de personnes écrivaient, maintenant tout le monde écrit, et c'est à moi qu'on s'en prend. Légistes et médecins, négligeant Justinien et Esculape, et laissant leurs clients et leurs malades dans l'embarras, ne parlent que de Virgile et d'Homère, le paysan lui-même quitte sa charrue, l'artisan ses outils, pour raisonner des Muses et l'Apollon. » Et il raconte qu'un jour, un vieilard se présenta à lui tout désolé lui disant : ■< qu'en échange des sentiments d'estime qu'il ivait toujours eus pour lui, Pétrarque lui avait ?erdu son fils. — Mais je ne connais ni ton fils ni toi », répondit le poète. « Mais il te connaît ui, reprit le vieillard ; j'avais fait les plus grands sacrifices pour le diriger vers la jurisprudence 3t ton exemple l'a perdu ; et pour avoir voulu
suivre tes traces, il finira par n'être ni poète ni jurisconsulte. »
S'il y a quelque exagération dans ces anecdotes, il n'en est pas moins certain que la dictature intellectuelle de Pétrarque devint aussi à certains égards une dictature morale. On ne peut s'étonner qu'à ce double titre elle produisît des effets capables d'ouvrir au monde une ère nouvelle.