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Les rayons du soleil pâlirent

Par pitié pour son Créateur.

pre à Pétrarque, mais une habitude des poètes d amour du xiv° siècle ; il suffit de rappeler La m ta nuova. On ne peut néanmoins se dispenser de faire remarquer que cette coïncidence était purement imaginée.

On pourrait supposer aussi, avec quelque raison, qu'il y eut sur l'esprit du poète une influence météorologique particulière. Rappelons-nous combien de fois dans ses lettres il s'attarde à décrire des ouragans et des inondations. Pour qu'd raconte en passant quelque particularité de ses voyages, il faut qu'il se casse une jambe ou qu'il tombe au milieu de malfaiteurs, mais il prend soin de rappeler les déluges de pluie avec l'air effrayé et important de celui qui a échappé à un danger grave. Il en est de même pour la saison de printemps, particulièrement du mois d'avril, pour toutes les circonstances les plus intéressantes de sa vie. Je ne dirai rien de ce qui se rattache au Canzoniere, je me bornerai à rappeler ce vendredi saint, où errant à travers les collines de Vaucluse, il conçut l'idée ie VAfrica et cet autre jour d'avril, où, également errant à travers les collines de Selvapiana, me nouvelle inspiration lui fit reprendre lé >oème interrrompu. Laure est vue et perdue

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à la même date, YAfrica commencée et reprise dans les mêmes conditions de nature et de temps. Était-ce une simple coïncidence de faits réels ou plutôt une sympathie particulière de dates et de saisons ? Il semble difficile de croire qu'il n'y ait pas eu en cela un peu de suggestion Ce qui est certain c'est que le poète, depuis qu'il quitta Bologne en 1326 ou qu'il reçut la visite de Boccace en 1351, (et il dit que ce fut le 6 avril) jusqu'au moment où il fit son testament en 1373, le mois d'avril est celui qui revient le plus fréquemment dans l'ensemble de ses mémoires.

Le goût extrême qu'il affecte pour la solitude paraît avoir été aussi une bizarrerie ; c'était plutôt pour lui une idée conventionnelle inspirée par les classiques qu'un sentiment vrai et profond. Nous en trouverions une preuve dans son important traité latin De la vie solitaire où l'esprit ascétique ne déborde pas! autant qu'on s'y attendrait par le titre. Il aime la solitude en théorie, parce qu'il l'a vue louée par Cicéron, par Sénèque, par les Pères de l'Église, il l'aime aussi parce qu'il est homme d'études, habitué à la méditation, et qu'il ne veut pas être distrait dans ses lectures et dans

ses compositions et comme poète, parce qu'il veut que rien ne trouble ou n'interrompe ses rêves dorés ; il l'aime encore par scrupule ascétique, parce qu'il réprouve un jour la vie de plaisirs qu'il aimait la veille, comme moraliste qui blâme la vie de la cour et de la ville que pourtant il ne peut quitter ; il l'aime peut-être encore à cause d'une sorte iïhyperes- \ thé sie acoustique de l'ouïe, qui lui rendait insupportable le bruit des villes. Mais en réalité, | on ne peut dire qu'il ait aimé beaucoup la vie I solitaire, lui qui se refusa toujours à remplir les charges paisibles de ses canonicats pour vivre en courtisan dans l'intimité des grands. On dira : Et Vaucluse, et Selvapiana, et Lin- [terno, et Arqua? Il ne faut pas confondre ll'amour de la solitude avec l'amour de la cam- [jpagne, ni le plaisir de vivre quelques heures [ou quelques jours en compagnie de soi-même, I avec le penchant à vivre toujours seul. Pétrarique aima la vie libre des champs au milieu et en I face de la grande et vivante nature, mais son caractère était fort sociable et n'avait rien de celui d'un solitaire. Nous savons que même à la campagne, à Vaucluse, il recevait fréquemment des hôtes, et s'il se plaignait qu'à Arqua sa

maison fût toujours pleine, il est facile de comprendre que ce sont là des doléances étalées complaisamment par un homme qui y trouve du plaisir et de la satisfaction.

Cet amour de la solitude était encore pour le poète, toujours artiste,un moyen qu'il croyait capable de produire un certain effet, en guise de clair obscur, comme attitude à prendre en face du public. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est luimême quand il avoue à saint Augustin qu'il a l'habitude « de se mettre à l'écart du monde afin que cette originalité et l'éloignement le fassent paraître plus extraordinaire et plus digne de respect 1. » Était-ce vanité ? Sans doute, la faiblesse, franchement avouée, de se laisser croire plus jeune qu'il n'était, de s'abîmer le front par les fers employés aux soins de sa chevelure, de s'estropier les pieds par des chaussures étroites, montrait un esprit très porté à la vanité et même aux petites vanités ; quand ensuite on lit dans sa correspondance les allusions qu'il fait, sur un ton modeste et prétentieux à la fois, aux éloges et aux honneurs qu'on lui accorde, quand avec ingénuité, pai-

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