‹ PétrarqueChapitre 165 sur 178 · Fnm., V, 12, XVI, 3. Senili, II · texte numérisé non relu

Fnm., V, 12, XVI, 3. Senili, II

ner ce petit dépit il n'eut pas la fierté d'attendre le jugement de la postérité.

Il en fut de même quand Boccace aussi courtoisement qu'il put, l'amena à parler de Dante. Pétrarque qui, dans Les Triomphes, cherche à l'imiter, et qui dans le Canzoniere prit plus d'une forme de sa pensée et de son style, se \ donna l'air d'ignorer ses œuvres en langue vul- \ gaire affectant d'en faire peu de cas et de ne pas s'en être occupé afin de ne pas déformer j son style. Avec le talent de celui qui retire ; d'une main ce qu'il donne de l'autre, il s'en j tira sans avoir reconnu en aucune façon, non seulement la valeur de l'homme et de son œuvre, mais même le mérite et l'importance que ses plus tièdes admirateurs eux-mêmes reconnaissent à Dante. Il se montra plein d'estime pour son caractère si ferme dans l'adversité, dit qu'il regrettait vivement de n'avoir pas été son contemporain pour lui témoigner toute sa sympathie, mais il né parla pas de ses œuvres, tenant seulement à faire comprendre qu'il n'en était point envieux. Mais son intention n'était pas tant d'écarter de lui le soupçon de ce sentiment peu noble et peu délicat que d'éloigner de l'esprit des autres la pensée qu'il pût élever

l'Alighieri à sa hauteur et en concevoir de l'envie. Avec un pareil dédain, il affecta de ne pas lui envier les suffrages des tisseurs de laine et des cabaretiers, lui tant adulé et tant admirépar les princes et par les femmes ! Là se montre bien toute la vanité, tout le petit orgueil de son esprit trop faible, trop malade pour pouvoir concevoir une véritable haine. N'y a-t-il pas encore là une anomalie psychique ?

Page 1