‹ PétrarqueChapitre 32 sur 178 · Fam., IV · texte numérisé non relu

Fam., IV

dont il était alors tourmenté, et qu'il avoua peu après à son ami et protecteur, avec l'ingénuité qu'on a vue. L'ardeur qu'il déploya auprès du roi dans cette vue, et le zèle avec lequel le servit le père Dionigi auprès de ce roi, nous font soupçonner qu'il sollicita également d'autres amis de divers côtés. Rien ne l'indique il est vrai, seulement Pétrarque, dans sa lettre ai poster i, dit que « dans la même journée, coïncidence admirable, lui parvinrent deux lettres : Tune du Sénat romain, l'autre du Chancelier de l'Université de Paris » qui « l'invitaient à recevoir la couronne poétique ». Ce chancelier était alors le Florentin Robert dei Bardi son ami. Le sénateur romain, qu'on pouvait assimiler au gonfalonier de Florence, et qui serait aujourd'hui une sorte de maire, était à ce moment Orso d'Anguillera, parent des Colonna. Grand admirateur de Pétrarque qui avait été son hôte en 1337, c'est à son amitié, à celle des Colonna et à leur influence que le poète dut son invitation à Rome. Aussi lorsqu'il écrivit au cardinal Colonna pour lui demander conseil sur la ville à laquelle il devait donner la préférence, Rome ou Paris, ce n'était en réalité qu'une feinte, il se donnait l'air de

vaucluse, 1337-1353 63

roire que c'était une chose tout à fait imprévue « Dis-moi si dans mes montagnes je pou-

ais m'attendre à cela ! l » Excellent messire François ! qui ne sait, au contraire, avec quelle anxiété dans votre désir si longuement mûri -, vous attendiez, de jour en jour, cette invitation depuis deux années dont il vous a plu de laisser si peu de souvenirs dans votre correspondance ! Et certainement vous n'attendiez de votre cardinal d'autre conseil que celui qui disait à votre cœur : A Rome, à Rome.

Ce fut donc en vain que la sollicitude affectueuse de Robert dei Rardi chercha à déterminer son choix pour Paris : « A Rome avaient été couronnés les plus grands poètes, Rome était considérée par lui comme une seconde patrie 3. Rome était sur le chemin de Naples où régnait un philosophe qui, seul, avait autorité pour lui décerner la couronne, cette couronne qui, selon les paroles si vraies d'Hortis, « représentait pour le poète un sentiment généreux et une idée puissante : Rome, à demi en

Page 1