‹ PétrarqueChapitre 82 sur 178 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Réalité historique de Laure.' — Les confessions de Pétrarque dans ses lettres et dans le Secret. — Ses exagérations. — Ses contradictions. — La scène du jardin.— Le baiser de Charles de Luxembourg. — Caractère essentiellement artistique du Canzoniere. — Amour poétique de Pétrarque.— Imagination et amour. — Amours extravagants. — Le Canzoniere n'est pas exclusivement pour Laure.

Dans une note reconnue de la main de Pétrarque, sur un manuscrit de Virgile qui appartient à la bibliothèque Ambrosienne de Milan, on lit en latin ces mots que Ton peut traduire ainsi : « Laure célèbre par ses vertus, et que j'ai longtemps chantée dans mes vers, apparut pour la première fois à mes yeux aux premiers temps de ma jeunesse en l'année 1327, le matin du six avril, dans l'église de Sainte-Glaire à Avignon, et dans cette môme ville, dans ce même mois, dans ce même jour, mais en Tannée 1348, cet astre de lumière fut à la lumière

ravie, tandis que j'étais à Vérone ignorant de mon destin1... »

Ainsi à l'âge de vingt-trois ans, au moment où il se plaisait à fréquenter avec ses amis les lieux où s'assemblaient de nobles dames2, Pétrarque s'éprit de Laure. Les détails de cette note que l'auteur ne peut avoir écrite que pour lui seul ne permettent pas de douter qu'il s'agissait bien d'une femme vraie, d'un sentiment réel. Du reste dans plus d'un passage de ses Lettres et de son Secret, qui est en quelque sorte le livre des confessions du poète, on en trouve la confirmation entière et explicite.

Mais quelle était cette femme pour laquelle il éprouva un si constant amour, qu'il chanta avec tant de passion poétique ? Gomme il n'en voulut pas faire connaître le nom à la postérité, et qu'il évita adroitement de le dire menu1 à ses contemporains et à ses amis, la question peut paraître superflue à celui qui s'en tient à l'analyse esthétique de ses vers, mais elle s'impose évidemment au biographe.

Dans les mémoires du Florentin Peruzzi qui ne sont pas postérieurs à la fin du xive siècle,

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