CHAPITRE II Avignon
Pétrarque galant. — Revers de la médaille. — Voyage en Gascogne. — Voyage en France, en Belgique et en Allemagne. — L'encre de Liège et les belles clames de Cologne. — Premier canonicat. — Pétrarque avocat. — Pétrarque alpiniste. — Un accès de mysticisme. — Voyage à Rome. — Naissance d'un fils. — Retraite à Vaucluse.
Bien qu'il se plaignît du maigre héritage paternel, Pétrarque ayant à peine dépassé vingt-cinq ans, restait maître de lui-même ;il s'abandonna, ainsi que son frère Gérard, à cette joyeuse vie dont il avait rapporté si doux souvenir de Bologne, et vers laquelle le portait son caractère ardent, autant que l'exemple delà société variée, accueillante et gaie qui avait son centre à la cour d'Avignon.
Recherché de ses camarades, il aimait à passer les journées de fête en agréables réunions où se trouvaient « d'élégantes dames, sans les-
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quelles il ne lui paraissait déjà plus possible de vivre 1. » Ce penchant à la galanterie joint au sentiment artistique délicat qu'il possédait à un si haut degré, lui faisait prendre un soin singulier de sa personne. Ainsi qu'il l'avoue lui-même, c'était « une passion outrée d'élégance, un souci de changer sans cesse ses ajustements, un soin laborieux pour Farrangement de sa chevelure, une étude des plis de son vêtement, avec la préoccupation perpétuelle de ne voir aucun mouvement maladroit, aucun choc d'objets, aucun attouchement d'animal en amoindrir l'harmonie, aucune éclaboussure en ternir la netteté3. » Les soins de sa toilette lui faisaient « prolonger ses veilles ou anticiper sur son lever. » Il se soumettait volontairement à une torture extraordinaire par « l'étroitesse de ses chaussures qui lui martyrisaient les pieds, et par les brûlures qu'il se faisait aux tempes avec les fers qui servaient à friser ses cheveux 3. » Il avait une envie enfantine de se distinguer, « d'être montré au doigt entre ses pareils 4 » dans une société qui brillait surtout par le luxe,