‹ PétrarqueChapitre 97 sur 178 · Senili, V · texte numérisé non relu

Senili, V

PÉTRARQUE DANS i/lNTIMITE 179

ressant. Il s'attarde volontiers en descriptions et en anecdotes, il argumente en philosophe, il aime à taire des citations et à faire étalage de sentiment et de pathétique, il se consume en mysticisme mais ne veut mentionner aucun petit fait précis. Machiavel disait que les historiens qui rayaient précédé n'avait eu d'autre préoccupation que de faire le récit des guerres et des traités des différentes cités et négligeaient la vie intérieure.De même Pétrarque toutoccupé à peindre avec un art recherché les faits extérieurs et les plus nobles apparences de sapersonne,négligeait les petites circonstances intimes qui faisaient le fond de son existence. Pourtant cette correspondance est Tunique source où le biographe devra puiser, et au milieu du fatras de rhétorique qui l'encombre, il lui faudra découvrir de petites indications fugitives, qui confrontées, coordonnées avec soin peuvent encore en quelque façon le renseigner sur les vraies habitudes et les vraies conditions de la vie du poète. Nous avons parlé, au commencement de ce livre, du soin minutieux que dans sa jeunesse Pétrarque apportait à son habillement. Plus tard, sous l'influence de l'ascétisme, il condamna cette recherche qu'il trouvait blâmable et ridicule. En

1363, dans une longue lettre à Urbain V où, avec une grande liberté, il exhortait ce pontife à rétablir le saint siège à Rome, il critique les modes du temps qui déforment et défigurent sous prétexte d'embellir l. Mais en fait, il fut très longtemps à s'affranchir de ce défaut, si nous en jugeons par une de ses lettres familières écrite de Milan, qui n'est antérieure à la précédente que de trois ou quatre ans, dans laquelle il dit à Francesco dei Santi Apostoli: qu'ayant dompté tous ses mauvais instincts, luxure, gourmandise, paresse, il n'avait pas encore réussi à vaincre la vanité dans sa toilette et il ajoute : « il y a bien peu de temps que j'adopte des vêtements qui, s'ils ne sont pas ceux d'un philosophe, sont pourtant moins singuliers et moins recherchés ; l'habitude est si enracinée, et a pris tant d'empire sur moi que je ne parviens pas à m'en affranchir, pourtant lu dirais en me voyant ainsi changé que j'ai beaucoup gagné \ »

Son ancien entourage n'était pas très persuadé de sa conversion et L'engageait à reprendre ses vêtements habituels, et tailleurs et

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