‹ PétrarqueChapitre 111 sur 252 · LA SIGNIFICATION DES TRIOMPHES · texte numérisé non relu

LA SIGNIFICATION DES TRIOMPHES

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clxix); Hélène, Polyxène, Isiphile, Argia( sonnet cci); Lucrèce (canzonevn, 2° partie, et sonnets cci, cciii); Narcisse (sonnet xxx); Marius, César (canzone iv), etc.

Prise dans ses lignes générales, et abstraction faite de quelques lieux communs, tels que la toute-puissance de l’Amour, la conception des Triomphes ne manque ni de logique, ni de portée : l’Amour — qui l’ignore ? — triomphe du monde; la Chasteté, à son tour, triomphe de l’Amour (quand ce n'est pas l’inverse qui arrive) ; la Renommée triomphe de la Mort'; le Temps finit par effacer la Renommée; seule la Divinité survit à tout, y compris le Temps. Pétrarque proclame ainsi, sans pessimisme, la vanité des choses d’ici-bas. En un cas seulement, l’enchaînement paraît faible : la Mort ne succède pas forcément à la Chasteté. Autant l'opposition de la Renommée et de la Mort est frappante, autant celle de la Mort et de la Chasteté l’est peu. La Mort pourrait tout aussi bien mettre fin à l’Amour!

N’importe : toute resserrée qu’elle est par les idées régnantes, cette cosmogonie charme par un mélange de conviction et de noblesse.

Elle contient une idée philosophique et morale, et c’est pour cela qu’elle fit une si brillante fortune. Pétrarque n’y célèbre-t-il pas tour à tour le Triomphe de la Jeunesse comme celui de l'Age et du Temps; la Victoire de l’Esprit (la Renommée) sur la Mort ; enfin le Triomphe de la Divinité sur toutes les Vertus, toutes les Qualités ou toutes les Forces d’ici-bas !

Et voyez comme la conception de ce vrai et grand poète est généreuse ; comme il répugne à tout arrangement prosaïque ! La divinité pernicieuse qu’il s’était plu à célébrer , puis à condamner au début de son poème , l’Amour, « fléau du monde », il l’évoque au moment où, le Temps ayant fait place à l’Éternité, lui-même se trouve en face de l’Etre suprême. Alors, s’écrie-t-il, « tant de visages que le Temps et la Mort ont flétris reviendront à leur plus florissant état, et l’on verra, Amour, où tu m’as enchaîné : aussi on me montrera du doigt (en disant): voici celui qui a toujours pleuré, et en pleurant a été plus heureux que tout autre au milieu des sourires... »

Cette péroraison d’ailleurs est délirante, si inspirée, si généreuse, respirant la confiance dans la bonté et la puissance divine, et cependant si pénétrée encore de souvenirs terrestres !

En génie libre et primesautier qu’il était, Pétrarque se préoccupait

i. Dans le De Remediis , au contraire, le] poète raille l’espoir de la Renommée qui suit la Mort (livre I, dial, cxvm ; cf. liv. Il, dial. cxxx). — Ainsi,

à tout instant, son œuvre latine se trouve en contradiction avec son œuvre italienne. L’on croirait parfois avoir affaire à deux Pétrarque.

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