CHAPITRE IV
Dans les interprétations plastiques, au contraire, presque dès le début, la Mort paraît tantôt sous la forme d’un squelette, tantôt sous les traits des Parques; le Temps est représenté par un vieillard, parfois Saturne; l’Éternité enfin a pour symbole la Trinité. D’où vient cet accord?
L’explication la plus naturelle consisterait à supposer que, comme il a été dit, entre Pétrarque et ses illustrateurs, se serait placé quelque exégète, dont le commentaire aurait fait loi d’un bout à l’autre de l’Europe. Or, toutes nos recherches dans ce sens ont été négatives'. Il existe bien un commentaire sur les Triomphes, mais il date de la seconde moitié du xve siècle seulement et n’a, par conséquent, rien à voir avec des illustrations antérieures de quelque quarante ou cinquante ans. Ce commentaire est celui de Bernardo Glicino ou Illicino ou Lapini de Sienne (publié pour la première fois en 147S).
L’hypothèse de l’intervention d’un commentateur semblant devoir être écartée, il nous faut admettre que quelque artiste, dont l’œuvre aura eu un grand retentissement, aura imposé aux âges à venir une formule désormais classique. Mais quel était cet artiste et où se trouvait cette œuvre ?
Ce qui est certain, c’est que rarement interprétation a été consacrée par un suffrage aussi unanime. L’artiste supérieur — dont le nom nous est inconnu — avait à peine trouvé pour le poème sa formule, si conventionnelle pourtant, que tous subirent docilement son joug et se dispensèrent de recourir directement au texte original. Pendant près de deux siècles, aucun ne songea à renouveler l’inspiration en ouvrant le volume de Pétrarque.
A quelle époque l'art commença-t-il d exploiter le domaine si brillant
que Pétrarque venait de lui ouvrir ?
Aucune illustration des Triomp , jusqu’à nous.
1. Nous étant adressés au savant professeur de l’Université de Pise, le commandeur Alessandro d’Ancona, nous avons reçu de lui cette réponse, que nous nous faisons un devoir de placer sous les yeux du lecteur : « Se debbo dirle intero l’animo mio, io non credo che sia bisogno di cercare l’intermedio d’un commentatore, per trovare la ragione degli altri carri, e dei diversi animali, che gli illustratori del Petrarca hanno aggiunto al carro d’Amore gui-
es datant du xive siècle n’est parvenue
dato da quattro cavalli bianchi... A me sembra che gli illustratori dovessero seguire il concetto del Petrarca, interpretandolo e supplendolo, e inoltre la tradizione costante. Il poeta aveva intitolato Trionfi i suoi capitoli in terza rima, e aveva dato un carro ad Amore : ne veniva di natural conseguenza che agli altri Enti, pur essi trionfanti, si dovesse dare un carro, corne la storia e la tradizione appropriavano ai vincitori, con animali già consacrati dal simbolo. »