LES PREMIÈRES ILLUSTRATIONS DES TRIOMPHES
C’est à tort, en effet, que l'on a fait remonter à cette date une suite autrefois conservée dans les environs de Sienne, et qui se rattachait, affirmait-on, à Simone Martini, l’ami de Pétrarque1 2. Un simple rapprochement de dates suffit pour renverser cette conjecture: Simone était mort dès 1344 et les Triomphes ne furent commencés que vers 1 356 !
Mais il y a plus : en comparant la description des quatre tableaux attribués à Simone à quatre tableaux aujourd’hui exposés à l’Académie des Beaux-Arts de Sienne, sous le nom d’Andrea Vanni (mort en 1414), l'on arrive à la conviction que nous avons affaire à un seul et même ouvrage. La composition, en effet, concorde de tout point : la seule différence — et c’est ce qui a pu empêcher nos prédécesseurs de découvrir l’identité — c’est que, dans le Triomphe de la Mort, celle-ci est mentionnée comme debout sur une pyramide, alors qu’elle est en réalité debout sur un chapiteau triangulaire. Tout le reste de la description s’applique, jusque dans les moindres détails, aux tableaux de l’Académie de Sienne.
L’existence d’une suite de Triomphes, composée par Simone Martini ou même par un de ses élèves directs, est donc à reléguer dans le domaine des fables. L’œuvre dont il s’agit date seulement du siècle suivant.
Et cependant tout nous autorise à affirmer que, dès lors, les artistes s’étaient emparés d’une donnée si suggestive. Nous savons, en effet, qu’en i399 le tapissier Pierre de Beaumetz livra au duc de Bourgogne V Histoire de Bonne Renommée, en trois pièces, au prix de 3. 000 écus d’ors . L'Histoire de Bonne Renommée : c’est évidemment le Triomphe de la Renommée.
En 1420, l’inventaire d’un autre duc de Bourgogne, Philippe le Bon, enregistre trois « tapiz de Fama »3 , peut-être identiques aux précédents.
Parmi les tapisseries achetées en 1402 par la reine Isabeau, se trouvait également une tenture de la Renommée. Elle faisait partie d’une suite des Hystoires des Preux, en trois pièces : « la première où est Atrempence et Prudence (n aulnes de long et 4 de lé), la seconde où sont Elardiement, Largesse et Esperans (10 aulnes 1/2) et la troisième d’une reine appelée la Renommée (3 aulnes 1/2 de long et 4 de lé)4 ».
Nous trouvons ensuite, sur l’inventaire des tapisseries du roi Charles VI de France : « Un ciel, dessin et couverture de tapisserie de Bonne Renommée, estoffez de soye et d’or, contenant xlviii aulnes et demie, doublés de toile blanche, estimés 582 livres parisis », et un « tapis de laine de Bonne Renommée, de la façon d’Arras, contenant 20 aunes 1/2, où sont les devises