‹ PétrarqueChapitre 135 sur 252 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Voici, devant le char de l’Amour, un vieillard enchaîné, qui marche, la tête ceinte d’une tiare rappelant plus ou moins celle des Souverains-Pontifes : c’est Adam. Parfois aussi, le père du genre humain est assis sur le char; il arrive également qu’il a la tête frappée d un nimbe (miniatures de l’édition de 1478, à la Bibliothèque Nationale de Florence).

Ailleurs, dans le cortège de la Renommée, deux hommes nus, l’un jeune, l’autre vieux, marchent à la tête des chevaux, les bras liés derrière le dos (l’idée de lutte, qui forme le thème des premiers chants, appelait nécessairement des captifs et des chaînes)1 2 3. Ce sont évidemment les personnifications de deux des Vices vaincus par la -déesse. Mais lesquels? Nous avions d’abord pensé à l’Inertie et à la Lâcheté; mais les deux estampes de l’Albertine autorisent une autre interprétation : elles appellent les deux personnages Spendio et Mathio (Prodigue et Fou ?).

Chemin faisant, nous apprenons dans quelles conditions les artistes du « quattrocento » inventaient et composaient. Tantôt le client leur traçait le canevas qu’ils avaient à remplir (ainsi fit Pierre de Médicis pour Matteo de’ Pasti, en 1441); tantôt il leur laissait une pleine et entière latitude. C'est ainsi qu’en 1461, à Sienne, Stefano di Luisio de Milan, qui s’était engagé, vis-à-vis de Francesco di Facio Belliarmati, décrire de sa main le poème de Pétrarque, stipula qu’il pourrait l’enluminer comme bon lui semblerait ( « miniati corne parrà a me Stefano »)’.

En un temps où aucune loi ne protégeait la propriété artistique, peintres, miniaturistes, graveurs, ne se faisaient nul scrupule de se copier les uns les autres. Le plat de Caffagiuolo, conservé au Musée de Kensington et représentant le Triomphe de la Renommée , reproduit presque textuellement l’estampe de la collection Albertine 5,

Ce qui, à ce moment, fait la popularité de la fiction imaginée par Pétrarque, c’est qu’elle confine à une foule de données parallèles, qu’elle s’en pénètre, s’y mêle, et par là double sa puissance de propagande4. Si les

1. Bibliothèque Nationale de Florence, E. 5. 6, n° 65, fonds palatin. — Bibliothèque de Modène. — Bibliothèque Nationale de Paris, fonds italien, n° 545, etc. — Panneaux de la collection Gardner, etc.

2. Borghesi e Banchi, Nuovi Documenti per la Storia dell’ Arte Senese ; Sienne, 1898, p. 206.

3. Duc de Rivoli, Études sur les Triomphes de Pétrarque, p. 18-19.

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