CHAPITRE V
dans la cour de l’hôpital actuel de Palerme. C’est une peinture de grandes dimensions, jadis attribuée à un artiste indigène, Antonio Crescenzio. Cette composition n’a, de son côté, rien de commun avec Pétrarque, et la preuve, c’est l’absence de char. La Mort, un squelette monté sur un cheval au galop, lève en hurlant sa droite décharnée, tandis que sa gauche -tient l’arc qui vient de lancer une flèche. Autour d’elle, sur le sol, se pressent les victimes : papes, cardinaux, évêques, moines, ermites, adolescents et jeunes enfants, chasseurs, musiciens
Au Triomphe de la Mort , de Pise, se rattache également la grande fresque de l’église des « Disciplini » , à Clusone (province de Bergame)2. Cette peinture, de la fin du xve siècle, représente la Mort, sous forme de squelette couronné, debout sur un sarcophage et tenant des philactères ; deux autres squelettes l’accompagnent ; au-dessous d’elle, une foule nombreuse l’implore ou la fuit; les victimes jonchent le sol. Plus bas, se déroule une danse macabre. Rien ici ne procède de Pétrarque. Par contre, les serpents qui sortent du sarcophage renfermant le Pape et l’Empereur, dérivent indiscutablement du Dit des trois Morts et des trois Vifs, représenté à Pise ; il en est de même des deux chiens qui accompagnent les cavaliers et qui flairent les morts : eux aussi sont inspirés de la fresque pisane.
Vers la fin du siècle, en 1475, se produit un événement qui, par la suite, aura son importance dans les annales des Triomphes ■ Bernardo Glicino ou Illicino ou Lapino de Sienne publie son commentaire, dédié à Borso d’Este et souvent réimprimé. Ce n’est rien moins que la biographie de chacun des innombrables personnages célébrés ou tout simplement cités par Pétrarque.
Si cette élucubration, des plus prolixes et des plus nauséabondes (elle tient dix fois plus de place que le texte original), resta sans action sur les illustrateurs italiens, en échange, traduite en français, elle pesa littéralement - sur nos miniaturistes ou nos graveurs. Désormais, au lieu de s’attacher à mettre en lumière le bel ensemble des Triomphes, ils se perdront dans le dédale des aventures de tel ou tel figurant du cortège et en viendront à représenter une foule de scènes privées de sel et de saveur, par exemple le combat de tel chevalier contre tel autre, motif qui reparaît à satiété.
1. Rosini, Storia délia Pittura; atlas, pl. ccxxx ; texte, t. III, p. 3 r-33. — Hubert Janitschek ( Reperto riumfïir Kunstwissenschaft, 1. 1, 1876) et MM. Burckhard et Bode [Le Cicerone ) considèrent à tort cette page si éloquente comme l’ouvrage d’un Flamand ; elle est archi-italienne et se rattache à l’Ecole de
Pisanello. V07. la Galette des Beaux-Arts (septembre 1901), où cette peinture est revendiquée en faveur d’un Italien, en place d’un Flamand.
2 Vallardi, Trionfo e Dan^a délia Morte e Dan^a macabre a Clusone. Dogma délia Morte a Pisogne. Milan, 1859. — Vigo, Le Dan^e macabre in Italia.