CHAPITRE
et trois cortèges ; arrangement qui reparaît dans le « cassone » du South Kensington Muséum, dont il sera question plus loin. Le lecteur a déjà vu (p. i) la reproduction de cette peinture; il trouvera ci-après, dans le catalogue, la description des scènes qui la composent. Qu’il suffise de dire que l’Amour y paraît avec des attributs peu communs : des serres d’oiseau de proie y remplacent les pieds, comme dans le Triomphe de Ici Chasteté, peint par Giotto, à Assise (gravé p. 107).
A Gênes, au palais Adorno, quatre petits panneaux, d’abord attribués à Mantegna, puis revendiqués en faveur de Botticelli, mais en réalité seulement de son école, mêlent aux Triomphes 1 Histoire de Judith et 1 Histoire de Jugurtha. Nous y voyons, dans le premier tableau, l’Amour étendu, les bras liés derrière le corps, et maintenu par deux femmes, tandis que d autres femmes, debout, saisissent ses ailes, son carquois, et brisent ses flèches. Dans un admirable paysage, peuplé de petites figures, on aperçoit un char qui porte un trône orné de pierreries, des colonnes de marbre avec des chapiteaux d’or, et deux licornes couchées.
Le second panneau représente l’Amour, nu, enchaîné, devant son char qui est conduit par des femmes et qui entre dans un temple à portique et à colonnes cannelées. Plus loin, se tient, attaché à une colonne de marbre surmontée d’une statue, un autre groupe de femmes. Au premier plan, sont assis deux jeunes gens. Près du char on aperçoit des licornes. — 11 n’est pas impossible que Y Histoire de Judith et celle de Jugurtha, qui font suite à ces deux scènes, soient là pour symboliser le Triomphe de la Renommée.
A la Pinacothèque de Turin, le catalogue attribue à Botticelli (n° 369), un petit T riomphe de la Chasteté, qui rappelle les peintures de l’oratoire de Sant Ansano. Ce sont les mêmes figures élancées et un peu mièvres (on admirera la rare distinction de la Chasteté, trônant sur son char, et de Cupidon enchaîné, qui est un ravissant éphèbe), ce sont les mêmes draperies savamment arrangées, les mêmes attitudes encore un peu timides. Et quel délicieux parfum de fraîcheur, de jeunesse, dans le paysage qui se développe au fond, avec ses eaux courantes, ses bocages et ses collines ! 11 n’y a qu’un vrai artiste pour évoquer ainsi tout un monde d'impressions poétiques. La scène se passe sur la rive de l’Arno, et l’on voit au delà de cette rivière la ville de Florence, dont on distingue plusieurs édifices, entre autres le palais de la Seigneurie, puis, au sommet de la colline, l’église de San Miniato. Entre les pieds de la Chasteté et le dos de l’Amour, on voit les armes du
LES PEINTURES
dieu vaincu ; devant le char, une femme porte le drapeau. Les jeunes filles qui défilent, au second plan, comme en procession, sont les vertus de Laure qui l’ont aidée dans sa victoire... « tutte le sue chiare virtuti ». Derrière le char enfin, s’avancent les «compagne elette », parmi lesquelles Lucrèce'. — On a rapproché cette peinture, qui est passablement endommagée, du panneau conservé à Gênes dans la galerie Adorno (voir p. 142).
Dans la même galerie, un plateau à douze faces (n° 95; diamètre
LE TRIOMPHE DE LA CHASTETÉ École de Botticelli.
(Pinacothèque de Turin.)
o“63) met en scène l’Amour, qui, nu, debout sur le couronnement d’un char, décoche une flèche à la foule réunie autour de lui. Aux angles du char, des Amours plus petits jouent de divers instruments. L’assistance comprend des jeunes seigneurs et des jeunes dames, les uns portant un chapeau aux bords relevés jusqu’au sommet, les autres coiffées de hennins. Au premier plan, Campaspe chevauche Aristote et Dalila coupe la chevelure de Samson. Dans le fond s’étend un paysage avec une ville. — Cette peinture, assez fine, quoique passablement archaïque, et sans expression dans les visages, sort du même atelier que celle du South Kensington Muséum, dont nous nous occuperons tout à l’heure. Le costume d’Aristote est identique : le philosophe