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LES IMITATIONS DES TRIOMPHES

Telle fut, pendant le xvc siècle, la vogue du poème de Pétrarque ■que, non seulement il inspira d'innombrables œuvres d’art, mais encore imprima sa marque sur une longue série de compositions allégoriques ou historiques.

Voici d’abord, au palais de Schifanoja, à Ferrare, les fresques représentant les Dou^e Mois. Chacune des divinités correspondantes trône sur un ■char, traîné, par des licornes pour Minerve, des cygnes pour Vénus, des aigles pour Mercure, des lions pour Jupiter, des dragons pour Cérès, des singes pour Vulcain. Nul doute : nous avons affaire à une imitation du cycle pétrarquesque.

Aux Trionfi se rattachent également deux peintures allégoriques qui -ornent le revers des portraits de Frédéric d’Urbin et de Baptiste Sforza, sa femme (Musée des Offices). Dans le premier, nous voyons le prince, le sceptre ■en main, assis sur un char traîné par deux chevaux; une Victoire pose la couronne sur son front; en avant siègent la Justice, tenant la balance; la Prudence (à double tête) se regardant dans un miroir; la « Fortitudo », avec une colonne brisée. Un Cupidon nu dirige l’attelage. — Le second char, attelé de deux licornes, porte la princesse, accompagnée de deux femmes ; sur le ■devant, se tiennent la Foi, reconnaissable à la croix et au calice, et la Charité, un pélican sur ses genoux.

Dans la série des Planètes, parfois attribuées à Baccio Baldini, le Triomphe de l’Amour est remplacé par le Triomphe de Vénus, qui s’avance .sur un char traîné par deux colombes, tandis que son fils, debout devant ■elle, tire de l’arc au hasard. L’inscription : « Onnia (sic) vincit Amor», tracée sur une sorte de château d’amour, ne laisse subsister aucun doute sur l’analogie des deux compositions, qui semblent d’ailleurs avoir été gravées par la même main. L’unique différence, c’est qu’ici toutes sortes d’épisodes •érotiques, parfois assez risqués, sont substitués au cortège triomphal.

Puis c’est le Triomphe de Joseph , peint sur un « cassone » : le patriarche y trône sur un char attelé de deux chevaux montés par deux Amours1.

Les livres d’édification eux-mêmes puisent dans ce cycle en apparence

i. Citons, au hasard, un autre Triomphe de Joseph, dessin attribué à Finiguerra ; ensuite, la Procession de la Reine de Saba, « cassone » de la collection du comte de Crawford (Sidney Colvin, A Florentine Picture Chronicle , p. 1 3, pl. xvi-xvit).

Pour ce qui est d’un certain nombre d’autres scènes triomphales : le Triomphe de Paul-Emile, par un graveur anonyme, le Triomphe de Scipion (voy. p. Si) et le Triomphe de Jules César, d’Andrea Mantegna, les Triomphes qui abondent dans l’il¬

lustration du Songe de Poliphile (Venise, 1499), puis les Bacchanales, etc., etc., il nous paraît démontré que, si le succès du poème de Pétrarque a mis à la mode les cortèges composés de personnages historiques ou allégoriques, s’il a poussé le « quattrocento » à ces sortes de représentations, en échange, les diverses compositions que nous venons d’énumérer se rattachent directement aux modèles antiques, notamment aux bas-reliefs des arcs de triomphe ou des sarcophages.

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