CHAPITRE V
plus ou moins profane. Un peu plus, et Pétrarque aurait pris rang parmi les Pères de l’Eglise !
Dans les Sermons de saint Bernard (Milan, 1494), nous trouvons une gravure sur bois, représentant le Triomphe de la Divinité , exactement comme dans les Trionfi, avec les Évangélistes accompagnés de leurs symboles'.
Une autre imitation, non moins flagrante, se trouve dans un Sermon sur l’Art de bien mourir ", de Savonarole : sur un piédestal que décorent des têtes de mort, la sinistre moissonneuse est debout, tenant sa faux et animant les quatre buffles fantastiques qui traînent le char. Dans le haut de la planche, on remarque, d’un côté, des démons emportant les damnés, de l’autre, des anges menant au paradis les âmes des élus.
Répétons-le : c’est parce que toutes sortes d’éléments, plus ou moins congénères, étaient venus se greffer sur le germe premier, que la donnée des Trionfi pénétra une grande partie de l’art de la Renaissance, et c’est parce que ce thème se rattachait aux modèles de l’antiquité, tout en les formulant dans le sens moderne et en leur donnant une vie nouvelle, qu’il obtint un succès si éclatant et de si bon aloi. Il y eut réaction réciproque : peu à peu, sous l’influence classique, les cortèges prirent toute la netteté d’un cortège triomphal romain. Par contre, l’idée de ces sortes de défilés une fois mis à la mode par les interprètes de Pétrarque, une foule d’autres artistes s’en emparèrent dans des vues toutes différentes.
1. La Bibliojilia, de M. Olschki, 1900, pl. 294- 2. Gustave Gruyer, Les Illustrations des Ecrits de