‹ PétrarqueChapitre 175 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

graveur. Irritant problème de psychologie! A nulle époque, semble-t-il, l’état d’âme de l’Italie ne se prêtait mieux aux pittoresques évocations de l’antiquité, aux hautes leçons de philosophie : Raphaël n’illustrait-il pas, à ce moment, le Triomphe de la Religion, dans la Dispute du Saint-Sacrement, et le Triomphe de la Philosophie, dans l'École d'Athènes! Et avec quelle richesse d’invention, avec quel sens de la décoration, un Paul Véronèse n'aurait-il pas célébré toutes les pompes inhérentes aux six actes des Trionfi ? Eh bien : c’est précisément en de telles occurrences, en apparence propices, qu’éclate, avec une éloquence souveraine, la vanité des pronostics chers à l’historien! Tout paraissait promettre un nouveau printemps au cycle des Triomphes et tout conspira contre lui. Affaire de mode, en tout cas ; peut-être aussi affaire de pur hasard. Les annales de l’humanité abondent en pareilles contradictions.

Avant de passer en revue les trop rares peintures ou miniatures italiennes consacrées à notre poème pendant l’Age d’or de la Renaissance, constatons que plus d’une des formules mises en circulation par Pétrarque et ses premiers interprètes se répercutèrent dans la vie publique de l’Italie, principalement dans les fêtes et les cérémonies. En 1 53 1 (non au xve siècle, comme on l’a cru), Piero di Cosimo, assisté d’Andrea del Sarto et d’Andrea di Cosimo, organisa un Cortège de la Mort, dont on parla longtemps à Florence’ : il s’y était réglé sur l’iconographie des Triomphes , donnant pour attelage des buffles au char de la cruelle déesse et plaçant une faux dans sa main. — A un demi-siècle de là, lors du mariage du grand-duc François de Médicis avec Bianca Capello , ce furent des éléphants qui traînèrent le char des deux souverains2.

Au début du siècle, vers i5o5, lorsque la belle et spirituelle marquise Isabelle d’Este commanda au Pérugin le Combat de l’Amour et de la Chasteté (aujourd’hui au Louvre), aucun souvenir ne subsistait plus dans son esprit du poème de Pétrarque. Et, cependant, n’était-ce pas cette même princesse qui avait fait peindre, peu d’années auparavant, pour la scène de son théâtre de Mantoue, par le fils d’Andrea Mantegna, les cartons dont les copies de Colloredo nous ont gardé le souvenir (voir p. 1 5a ) ? Revenons au tableau du Pérugin : la mythologie y domine ; Pallas et Diane luttent avec Vénus t les chastes suivantes de Laure ont cédé la place à des nymphes. Seul, l’épisode de Daphné changée en laurier fait penser au Can^oniere.

i. Voyez le récit de Vasari ; édition Milanesi, 2. Feste nelle No^e del serenissimo don Francesco

Page 1