‹ PétrarqueChapitre 177 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

arrachent ses plumes et brisent son arc, tandis que trois guerriers regardent, impassibles. — Voilà bien les défauts comme les qualités de Signorelli ! L’artiste se montre plus soucieux de prodiguer les tours de force effets de torse, raccourcis, — que de donner une interprétation vivante et éloquente. Il se complaît, en outre, à des types impersonnels, ou plutôt sauvages et hébétés, peu faits pour conquérir notre sympathie. Sachons admirer néanmoins, dans la scène du premier plan, l’exquise perfection du dessin. Les acteurs, bien qu’un peu serrés les uns contre les autres-, se meuvent à leur aise, chacun d’eux concourant à l’action commune avec conviction et vivacité.

D’après un guide autorisé, le célèbre peintre vénitien Lorenzo Lotto aurait peint un Triomphe de la Chasteté, conservé à Rome, au palais Ruspigliosi '. C’est, ajoute-t-on, un ouvrage plein de fantaisie et d’une exécution particulièrement gracieuse. Mais, s’il paraît bien établi que cette -peinture — composée de trois figures — sort du pinceau de Lotto, il n’est, en aucune façon, prouvé qu’elle soit consacrée à la Chasteté. En effet, c’est Vénus, plus encore que Cupidon, qui y est poursuivie par une femme en fureur !.

Vers le milieu du siècle, deux peintres, l’un de l’École de Crémone, l’autre de l’École de Venise, Bernardino Campi et Pordenone, peignirent un Triomphe de l'Amour, qui a depuis longtemps disparu3.

La Renaissance tirait à sa fin lorsque Bonifazio Veneziano reprit un thème qui s’accordait si bien avec les tendances de l’École vénitienne. Ses six peintures, attribuées pendant un temps au Titien, ont été définitivement restituées à leur vrai auteur, il y a peu d’années1 2. Deux d’entre elles se trouvent au Musée de Vienne, les quatre autres à la Galerie de "Weimar. Quatre de ces compositions, les quatre derniers Triomphes, dessinées par Gio. Ant. Buti, ont été gravées à Rome de 1748 à 1770, par Silvestro Pomarede, d’après les originaux alors conservés dans la collection de Giovanni Michilli, concessionnaire général des tabacs et eaux-de-vie de l’État pontifical.

Ce sont des pages véritablement brillantes et dramatiques, dignes de

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