‹ PétrarqueChapitre 180 sur 252 · I.A CHASTETÉ ET LA MORT Miniature italienne du xvi° siècle · texte numérisé non relu

I.A CHASTETÉ ET LA MORT Miniature italienne du xvi° siècle

(Bibliothèque de Cassel.)

A la Bibliothèque de Parme, un manuscrit, également du xvie siècle (n° 1648), contient le Triomphe de l’Amour'.

La Bibliothèque Nationale de Naples possédait jadis un Livre d’heures, enluminé par Giulio Clovio, en 1546, pour le cardinal Farnèse, et où l’on voyait la Mort triomphant des puissants comme des pauvres, puis la Mort combattant contre plusieurs cavaliers1 2. — Ce manuscrit a disparu depuis longtemps.

Au xvi' siècle, la Sculpture ne s’attaque que par exception aux évocations de Pétrarque.

On connaît quelques plaquettes en bronze , consacrées à l’Amour, à la Mort et à la Renommée (voyez le catalogue placé à la fin du présent volume).

Plus important est le Triomphe de l’Amour , ciselé' sur un bouclier de VArmeria de Madrid. Pétrarque toutefois n’y intervient plus qu’indirectement et l’artiste en prend à son aise. L’Amour, sous les traits d’un jeune garçon, trône sous un dais, son arc dressé devant lui, tandis qu’une femme ailée tient de .la gauche les rênes du char et lève la droite en l’air. Deux chevaux, celui de droite monté par un petit génie qui brandit une couronne, traînent le char. En avant, se déroule un cortège brillant : des joueurs de lyre, un roi, une femme tenant une couronne, Samson (ou Hercule), armé de la massue, et, à sa gauche, Dalila portant une sorte de couronne ou de tambourin. Plus loin, c’est une infinité d’adolescents, de jeunes filles très élégantes, mais très faiblement caractérisées, de joueurs de violon ou de guitare, Vénus arrêtant le bras de Mars, Thisbé éperdue à la vue du cadavre de Pyrame, etc., etc. Le fond représente une façade ornée de sculptures et de reliefs, et percée de trois arcades monumentales. Dans le ciel, Vénus vogue sur des nuages, entourée de génies brandissant l’arc, sonnant de la trompette, ou lui apportant une couronne ; à côté d’eux, Mercure se reconnaît à son caducée.

Nous attachons-nous à la Gravure, nous rencontrons des artistes sans nombre s’évertuant à rajeunir et à ranimer l’illustration des Triomphes.

1. I Codici petrarcheschi delle Biblioteche governative, p. i56-i5y.

2. Vasari. éd. Milanesi, t. VII, p. 563. — Cibrario, Délia Economia politica del Medio Evo , éd. de 1854, p. 238. — Bradley, The Life and Works of Giorgio Giulio Clovio, p. 270-272. — Nous avons

montré ci-dessus (p. 159-160) que le manuscrit de la Bibliothèque Trivulce, à Milan, n’a rien à voir avec Clovio, comme on l’a longtemps cru. — Brunet, dans le Manuel du Libraire (p. 546), et Græsse citent une édition de Pétrarque, de i5i4, sur vélin, avec 174 miniatures attribuées à Giulio Clovio !

L’ITALIE

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Mais c’en était fait : leurs efforts échouèrent, par manque d’inspiration personnelle, non moins que par suite de la décadence générale des arts graphiques. Qui ignore que, dès lors, les burinistes, au lieu d’inventer, s’ingéniaient à copier les chefs-d’œuvre des maîtres peintres ou sculpteurs !

LE TRIOMPHE DE L’AMOUR Ciselure italienne du xvi" siècle.

(Armeria royale de Madrid.)

Les xylographes, de leur côté, avaient perdu toute initiative et toute saveur; souvent ils se bornaient à de simples schémas.

Tels sont les bois des innombrables éditions publiées à Venise, au cours du xvie siècle. Nous nous bornerons à en signaler les principales, sans prétendre en donner la bibliographie complète, car un tel travail nous mènerait trop loin ici. Le lecteur trouvera prochainement la liste détaillée de tous ces volumes dans la nouvelle édition de la Bibliographie des Livres à Figures vénitiens , publiée par l'un de nous.

La période de transition est représentée, à Venise, par les éditions de Zopino et de Gregorio de Gregoriis.

L’édition de Niccolô Zopino et de Vincenzo (achevée d’imprimer le 21 mars i5oo) est illustrée de gravures portant le monogramme Z. A.' et d’une facture ferme et large, mais sans charme .

L’édition de Gregorio de Gregoriis et de Bernardino Stagnino (i5o8), au contraire, se distingue par une mise en scène variée et un véritable effort de rajeunissement d’un thème qui semblait épuisé1 2 3 ; on remarquera surtout le soin avec lequel sont traités les fonds.

En dehors de ces éditions vénitiennes, on ne peut citer, pour le premier quart du xvie siècle, que l’édition florentine de i5o84 ; les deux autres éditions florentines de Giunta, qui reproduisent, comme il a été dit, les gravures de l’édition de Gregorio de Gregoriis; enfin une édition publiée en i520 à Ancône, avec six mauvais bois, légèrement ombrés, dont deux sont signés C. S. 5

A partir du second tiers du siècle, les vignettes succèdent aux grands bois monumentaux; en même temps la Renaissance déborde de toutes

1. Monogramme de Zoanandrea Veneziano (Marsand, Biblioteca Pelrarchesca, p. 38-3g, 41-45, pl. IV). — Cf. Duc de Rivoli, Bibliographie des Livres à figures vénitiens , p. 5o-5i).

2. Autres réimpressions ou copies de ces bois : 1 5 2 1 (4 décembre) chez Zopino et Vincenzo ; i52Ô, chez Zopino ; 1 526, chez Melchior Sessa ; 1 53o, chez Zopino; 1 535, chez Vittore Ravani ; 1 536, copies remaniées chez Zopino; i?42, chez Agostino Bindoni ; i543, chez Bernardino Bindoni ; tous établis à Venise.

3. On en trouvera la description dans la Bibliographie des Livres à figures vénitiens (p. 53-55). Les mêmes bois, plus ou moins modifiés, reparaissent dans l’édition publiée en 1 5 1 3 (mois de mai) par Bernardino Stagnino ( Li Sonetti, Can^one e Trionfi , bibliothèque du Prince d’Essling); dans l’édition publiée en 1 5 1 9 par le même éditeur et par Gregorio de Gregoriis; puis dans l’édition de i522.

Dans l’édition de 1 5 19, la gravure de la Renommée est remplacée par celle de la Chasteté, qui figure ainsi deux fois dans le volume, tandis que la gravure de la Renommée a pris la place du Temps, qui manque.

Filippo Giunta, de Florence, copia les gravures de l’édition de i5o8, dans ses éditions de 1 5 r 5 et de 1 522, dont voici la description (haut., omi25; larg., 0^075) : I. Un paysage. Le cortège marche à droite, comme tous ceux de la même édition. Au premier plan, à droite, Pétrarque assis ; à gauche,

une demi-douzaine de prisonniers. Au second plan, l’Amour, quoiqu’il ait les yeux bandés, vise avec soin ; à côté de lui, un autre groupe de prisonniers. Les deux chevaux se cabrent. — II. Fond de montagnes. Sur le char, traîné par deux toutes petites licornes, sont assis Cupidon, les bras liés derrière le dos, et la Chasteté, couronne en tête, tenant une bannière. Deux groupes de femmes marchent des deux côtés du char. — III. Le squelette est debout, tout raide, sur le char, que traînent deux bœufs. Le sol est jonché de morts ou de mourants. — IV. La Renommée, de profil, court en sonnant de la trompette, sur son char que traînent deux éléphants Au premier plan, des cavaliers, au fond des philosophes et une procession. — V. Le Triomphe du Temps est remplacé par le portrait de Pétrarque, à qui un adolescent pose une couronne de laurier sur la tête. Au fond, à gauche, une montagne ; à droite, des arbres et des bâtisses. — VI. Des apôtres et des saints portent une sorte d’arche sur laquelle trône le Père Éternel, de profil. — Tous ces bois ont été rétrécis ; le copiste a enlevé, sur les côtés, les figures qui ne rentraient pas dans son format. (Bibliothèque Nationale. Rés. Y. D., nos 1137, 1 1 38, in-8°).

4. Hortis, Catalogo delle Opéré di Francesco Petrarca, esistenti nella Pelrarchesca Rossettiana di Trieste, p. 28.

5. Duc de Rivoli, Bibliographie des Livres à figures vénitiens , p. 58.

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parts : les scènes deviennent libres et mouvementées siques succèdent aux modes contemporaines.

Jusqu’à la fin, les éditeurs vénitiens maintinrent la mise en scène traditionnelle, par lassitude plutôt que par conviction.

D’autre part, comme ils se bornaient rigoureusement à illustrer les six Triomphes , l'idée ne leur vint pas de peupler leurs éditions de clichés pris à droite ou à gauche, comme le firent sur une vaste échelle les éditeurs parisiens contemporains.

Si ces illustrations vénitiennes n’offrent plus qu’un faible intérêt pour l’iconographie, si leurs dessinateurs ont renoncé à renouveler le sujet par une interprétation nouvelle, en revanche on ne saurait nier que certaines compositions ont une valeur d’art sérieuse, tant par la beauté de l’ordonnance que par la véhémence de l’action.

les costumes clas-

LE TRIOMPHE DE LA RENOMMEE Nie. Zopino et Vincenzo.

(Venise, i5oo.)

Voici, d’abord, une suite de gravures que nous appellerons les Quatre Chevaux qui se cabrent (om07 sur omo65). Cette suite se distingue par son mouvement et sa vivacité, en même temps que par l’harmonie du groupement. Elle comprend les bois suivants : I. Le char de l’Amour, attelé de quatre chevaux fringants qui se cabrent, se dirige vers la droite. A gauche, sur le char, Cupidon décoche une flèche. A gauche également, au premier plan, se trouve un groupe de prisonniers. Au fond, on voit deux personnages qui conversent. — II. Le cortège se dirige vers la droite; les licornes bondissent ; la Chasteté tient de la droite une palme ; au premier plan, à gauche, sont placées, comme dans la série rivale, deux femmes debout. — III. Le char de la Mort, attelé de taureaux fougueux, marche adroite. La composition est pleine d’élan et de pathétique. — IV. Deux éléphants, se montrant de face, servent d’attelage à la Renommée, qui souffle dans une longue trompette. Au fond, des deux côtés, s’avance une troupe de cavaliers

Copie de l’édition vénitienne de i5o8.

(Florence, Giunta.)

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