‹ PétrarqueChapitre 184 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

d’aucun illustrateur italien, fit au contraire fureur en France. Désormais, au lieu de s’attacher aux scènes de triomphe, les miniaturistes ou graveurs s appesantiront sur la biographie des personnages célèbres cités par Pétrarque. Ils en feront un véritable cours d’histoire grecque et romaine.

Par quelle voie les Triomphes, avec le cadre qui en était désormais inséparable, pénétrèrent-ils en France? Nul doute que ce furent, soit les estampes isolées, soit les éditions illustrées, qui répandirent, de ce côté des monts, des formules si propres à inspirer les artistes. L’estampe de la collection Albertine, gravée par l’auteur des Planètes , date de 1470 environ : il y a donc une belle marge pour établir l’antériorité des modèles italiens. Les plus anciennes illustrations françaises ne remontent pas, en effet, plus haut que le début du xvh siècle. La première d’entre elles, à date certaine, est probablement le vitrail de l’église d’Ervy, près de Troyes (i5o2)‘.

Il serait chimérique de chercher à déterminer les documents italiens qui ont guidé les illustrations françaises. Ce qui est certain, c’est que ces documents n’appartenaient pas tous à la même époque : il y en avait d’anciens et il y en avait de récents. C’est ainsi que les gravures de l’édition publiée à Paris, en 1 5 14, chez Barthélemy Vérard, ne donnent pour cortège à la Renommée qu’une troupe de cavaliers, absolument comme le font les miniatures italiennes du xivE siècle.

Si nous considérons, en premier lieu, les oeuvres de la Peinture, nous arrivons à la conviction que cet art était principalement représenté en France par ses branches accessoires : la Peinture sur verre, la Peinture en tapisserie, la Peinture en miniature. C’est là, et non dans les fresques ou les tableaux de chevalet, qu’il faut chercher l’écho de la pensée de Pétrarque.

Dès i5o2, ainsi que nous l’avons dit, un peintre-verrier s’attaque aux Triomphes, dans la verrière de l’église d’Ervy, près de Troyes ; sa tentative, tout informe qu’elle est, nous a paru assez curieuse pour être reproduite ici dans son intégralité’. Le dessinateur ou le verrier (peut-être ne faisaient-ils

1. Nous n’oublions pas, en émettant cette assertion, que, dès le xivc siècle, les tapissiers du duc de Bourgogne avaient interprété le Triomphe de la Renommée ; mais, selon toute vraisemblance, ils avaient travaillé directement d’après le texte de Pétrarque.

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