CHAPITRE VI
achever de faire pénétrer la leçon dans 1 esprit des spectateurs, 1 artiste y a
joint ce huitain :
Cupido et dame Vénus Nageans sur mer en volupté Suppédite grans et menus Par immunde lubricité
Du triumphe de agilité Transmettent leurs dars si soubdain Que foie amour et vanité Navrent au cueur tous les mondains.
Le char de la Chasteté a pour attelage un hibou et un éléphant aux ailes de feu. Elle même a un frein d'or dans la bouche (c'est là un attribut nouveau dans les annales des Triomphes) et porte un bouclier orné des instruments de la Passion. Dédaignant les attaques de l’Amour, elle prend une de ses flèches et en frappe un cerf, tandis que de l’autre main elle verse une eau limpide sur la fournaise ardente placée à sa gauche et où se consument trois cœurs. Autour de sa tête, se développe cette inscription tirée des Epîtres de saint Paul à Timothée (m, 4) : « Filios habentem subditos cum omni castitate. » Sous le char sont Cupidon et Vénus, avec l’inscription : « Gloria in confusione eorum qui terrena sapiunt » (Épître aux Philippins, ht, 19). Puis, dans le bas, se lit ce huitain :
Chasteté veinct et suppédite Vénus et tout faict de luxure Car en son cueur pense, médite A Jésus la voye nette et seure
Foie amour esteinct, et l’arsure [ardeur] De charnelle concupiscence Dont les chastes, je vous asseure, Verront Dieu en divine essence.
Dans le compartiment suivant, la Mort est remplacée par les Trois Parques. Il n’est pas sans intérêt de constater que cette allégorie, éminemment classique, apparaît pour la première fois en France, non en Italie. L’auteur du vitrail d’Ervy n’a point pour cela entendu renoncer au déploiement d'horreurs que comportait le sujet : les trois sœurs sont de véritables monstres, à faire frémir. Leur char est traîné par un oiseau violet (M. l’abbé Nioré incline à y voir un vautour) et un dragon vert. Sur le sol gisent la Chasteté et l’Amour. De nombreuses inscriptions commentent ce lugubre spectacle. Au-dessus de la tête d’Atropos se lit la citation : « Statutum est omnibus hominibus sernel mori » (Épître aux Hébreux, ix, 27); plus bas : « Omnes moriuntur in Adam » (i™ Épître aux Corinthiens, xv, 22) ; ailleurs : « Non tardabit » (Épître aux Hébreux, x, 37); puis : « Mihi vivere Christus est et mori lucrum » (Épître aux Philippins, 1, 21); « Mortuo homme impio, nulla erit ultra spes » ( Proverbes , xi, 7). Enfin, dans le bas, apparaît le huitain traditionnel :
La Mort commune et naturelle Met tout en sa subjection,
Mais c’est aux bons gloire éternelle Et aux mauvais confusion
LA FRANCE
L’on ne peult avoir vision Vivons doncq sans abusion
De gloire sans ce pas passer ; Tout fault morir et trespasser.
En abordant l’illustration de la Renommée, l’artiste d’Ervy épuise toutes ses ressources littéraires, car il s’entend mieux à raisonner qu’à dessiner. Il prodigue à la déesse et une couronne de nuages azurés et des ailes vertes et une cotte à écailles d’or et d’argent, chargée d’yeux, d’oreilles, de bouches, et un globe, et un navire dont les voiles portent au loin la gloire, et la règle avec le compas. Le char est traîné par un aigle et un lévrier ailé ; il broie les Trois Parques. Une série d’épigraphes célèbrent la puissance de la Renommée : « Sunt potentes seculo viri famosi » ( Genèse , vi, 4). — «Valor apud cunctos fama percrebuit » ( Ruth , 1, 195). — Puis c’est le huitain obligatoire :
Renommée surmonte la Mort Par ouye, par bouche et par yeux Car le juste, sans estre mort Resplendit en terre et ès cieux
(Renommée) pervole en tous lieux Par justice, droit et promesse ; (Elle establit) jeunes et vieux En béatitude et lyesse.
Le Temps, un vieillard humblement vêtu, tenant d’une main un enfant (l’Amour, d’après M. l’abbé Nioré), de l’autre un dragon (la Mort?), foule aux pieds le sac dans lequel la Renommée avait entassé ses trésors. Un ■oiseau blanc et un lion aux ailes de feu emportent avec rapidité son char, en écrasant la Renommée. Comme d’habitude, les inscriptions tirées des Saintes Écritures servent de commentaire : « Cum tempus fuerit, in altum alas erigit » (Job, xxxix, 18). — « Exiguum et cum tædio est tempus vitæ nostræ » ( Sagesse , n, 1). L’auteur du huitain ne se montre pas plus en verve que dans ses essais précédents :
Le Temps, par traict et longue espace Consume tous bons et maulvais Car tout de ce monde se passe Fors (péchés) faultes et bienfaicts
Bon renom ne se per jamais
. f en ce monde s’efface
Car les bons au règne de paix Verront tousjours Dieu face à face.
Le dernier compartiment est consacré, comme de juste, à la Divinité. Il nous montre Dieu le Père, le Christ et le Saint-Esprit, la Vierge, les ■quatre symboles des Évangélistes, saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste, Abraham, Isaac, Jacob, les représentants des douze tribus d’Israël, enfin l’âme humaine sous forme de figurine nue, couronne en tête. On trouvera dans le mémoire de M. l’abbé Nioré le texte des inscriptions qui accompagnent cette apothéose. Bornons-nous, pour notre part, à reproduire, afin de ne pas décompléter la série, le huitain final :