‹ PétrarqueChapitre 196 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

IV. Sur un char léger, sans roues, et que quatre éléphants ailés emportent à travers l’espace vers un temple, vole la Renommée, une palme dans la droite, dans la gauche une trompette à large pennon, dans laquelle elle souffle avec frénésie. Tout est mouvement en elle; ses draperies flottent au vent. A ses pieds, sur un prolongement du char, est étendu le squelette, aux ailes déplumées comme celles d’une chauve-souris ; sur ses genoux légèrement ployés est perché le hibou, oiseau des ténèbres et des funérailles; en travers est posée la faux. Dans le bas, un brillant cortège marche posément, des palmes à la main, du feuillage dans les cheveux. Le peintre, mieux inspiré que Pétrarque, n’a pas oublié ses confrères les artistes : ici, c'est Pygmalion portant la statue qu’il vient de modeler; là, on voit un vielleur et un violoniste, David jouant de la harpe, ou encore un peintre, le pouce de la main droite passé dans sa palette. Une femme, les yeux baissés, richement habillée d’une robe à longue queue, tient de ses deux mains une grande pique, sorte d’étendard, au sommet duquel est attachée par son embouchure une mince trompette. Viennent ensuite, marchant d’un pas décidé, des guerriers portant casque ou diadème, et couverts d’armures ou de vêtements ouvragés. Au second plan, sur le bord du talus, s’agitent les personnages du groupe de la Mort, qui viennent de s’effondrer sur le sol. Le fond représente un petit bois traversé par un chemin étroit, dans lequel s’engage un voyageur; plus loin, une ville s’échafaude au bord de l’eau. — On voit dans quelles proportions le peintre des cartons a élargi le cadre dressé par Pétrarque. Quel dommage que ce demi-Romaniste ne sache plus ni donner du rythme à son ordonnance, trop heurtée , ni mettre dans ses figures, décidément trop vulgaires, avec des mouvements ultra-dramatiques, du charme ou de la majesté.

V. Ici encore la composition est trop hachée : ce ne sont que groupes incohérents, figures déclamatoires. Saturne, ailé, debout au milieu d’un disque orné des signes du Zodiaque, le ventre ceint de feuillage, le bas des jambes muni de talonnières, étreint de la droite un petit enfant nu, tandis que, de la gauche étendue en avant, il tient une faucille ; son pied gauche repose sur une sorte d’horloge. A l’avant du char, qui est entouré de frondaison, se dresse un coq noir, le bec ouvert. L’attelage se compose de deux couples de cerfs noirs ailés. Un génie barbu les précède en volant. A terre, au premier plan, est étendue la Renommée, les yeux clos, tenant encore de la gauche sa trompette. A gauche, s’avancent les quatre Saisons : le Printemps, un adolescent, des fleurs à la main ; l’Eté, une matrone, des épis dans les cheveux ; l’Automne, un homme d’un certain âge, à la barbe noire, au regard vif, au front couronné de pampres ; l’Hiver, une vieille toute ridée,

LA FRANCE

tenant une chaufferette. A droite, un groupe de femmes, assises à terre, s’occupe de divers travaux.

Une variante du Triomphe de la Renommée nous est offerte par une tapisserie conservée au Musée d’Art industriel de Berlin (la tenture n’est pas complète et la bordure a été entièrement refaite). Ici nous avons affaire à une composition flamande ou française, datée du second quart du xvie siècle et contenant d’excellents portraits.

Notre gravure (en sens inverse de l’original) nous dispense de décrire cette pièce, qui n’a déjà plus le charme de celles du Kensington et qui n’a pas encore le brio de celles de Madrid. Bornons-nous à y signaler la présence de Sara, de Débora, du roi Artus, etc.

C’est également au Triomphe de la Renommée qu'est consacrée une tapisserie du Vatican. Le char qui portait la Mort est renversé : une chouette se perche sur sa faux devenue inutile. Une Renommée ailée ouvre la marche, en sonnant de la trompette, et en tenant en main un rameau en signe de triomphe. A sa suite se presse une foule nombreuse d’hommes et de femmes qui, dans leur course rapide, renversent les trois Parques et s’avancent joyeux, à pied où à cheval, vers le temple de Mémoire, circulaire et entouré de portiques. Tous ont des couronnes sur la tête et des palmes à la main. Un de ces hommes emporte sur son dos une femme nue, par allusion, peut-être, à l’enlèvement mémorable des Sabines.

LE TRIOMPHE DU TEMPS Miniature française du xvi6 siècle.

(Bibliothèque Nationale. Fonds français, n° 12424, fol. i37V.)

Une autre tapisserie, jadis exposée à Rome, reproduit le même sujet, avec cette différence que la Renommée tient un étendard et une trompette.

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