‹ PétrarqueChapitre 197 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Temps est réduit à l'état de squelette, que traînent deux éléphants ailés

On trouvera, dans le catalogue placé à la fin de notre volume, des notes

sur une tenture des Triomphes récemment acquise par l’empereur d’Allemagne.

Non moins brillants que les tapissiers sont les miniaturistes français ou flamands. Plus attachés à l'idée qu'à la forme , ils s’attaquent directement au texte de Pétrarque, sans toutefois renoncer à la mise en scène traditionnelle, et en tirent une foule de motifs inattendus, véritablement pittoresques. Un trait commun à la presque totalité de ces artistes, c’est leur prédilection pour le commentaire de Bernardo Illicino : sans relâche ils lui donnent la préférence sur l’œuvre originale.

Sauf de rares exceptions, c’est à Paris qu’ont pris naissance les manuscrits français de Pétrarque.

Leurs décorateurs étaient visiblement en contact avec les graveurs de la même capitale ; peut-être aussi avec les peintres de cartons de tapisseries . De là un chassé-croisé d’influences, d’emprunts et, disons le mot, de plagiats, dans lequel il n’est pas facile à l'historien de s’orienter. L’on se passait ou l’on se prenait une idée, un modèle, sans se soucier des droits de la propriété artistique.

LE TRIOMPHE DE LA RENOMMEE Miniature française du xvi* siècle.

(Bibliothèque Impériale de Vienne, nos 258 1-2582.

Nous commencerons notre revue par la belle série de miniatures faisant partie de la Bibliothèque Nationale de Paris.

i. Barbier de Montault, Inventaire des Tapisseries de haute lisse conservées à Rome ; Arras, 1879, p. 64.

des guerriers et des philosophes; dans celle du Temps, les quatre Saisons et les signes du Zodiaque (que l’on retrouve également dans plusieurs suites de tapisseries).

Les Saisons nous arrêteront un instant : la caractéristique en est particulièrement pittoresque ; nous y voyons un homme nu, barbu, courant, une faucille dans une main, une poignée d’épis dans l'autre1; un adolescent couronné de pampres ; une femme du peuple portant un panier au bras et sur l’épaule un faisceau de branches chargées de fruits rouges; enfin une femme de haute condition, vêtue d’une large robe bleue et coiffée d’une étoffe rouge. Le Temps lui même — un homme entre deux âges, — coiffé d’une sorte de bonnet de docteur, tient en laisse quatre mules blanches (au lieu de cerfs). La Divinité, enfin, dans son cortège triomphal, mène son char, attelé des symboles des Évangélistes, tandis que les Pères de l’Église poussent aux roues, par-dessus une masse de cadavres : la Chasteté, la Mort, etc.

De la même officine parisienne sortent trois manuscrits ornés de minia-

CATON OBLIGEANT LES AGENTS DE SYLLA A RESTITUER l’aRGENT Miniature française du xvi” siècle.

(Bibliothèque Impériale de Saint-Pétersbourg.)

1. Paulin Pâris, Les Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. II, n° 2833.

2. Ce motif se retrouve presque textuellement ans l’édition de Barthélemy Vérard ( 1614) et

dans le manuscrit 12424 du même fonds, dont il est question ci-après. Le Triomphe de la Renommée également offre une incontestable parenté dans les deux manuscrits.

Page 1