CHAPITRE VI
empruntés à la Renaissance. Le style en est clair et limpide, mais sans ressort aucun, en tant que pensée; sans chaleur aucune, en tant que coloris : ici, c’est un cavalier qui en pourfend un autre, dont le cheval s’est abattu; là, c’est un combat très vague, ou bien des guerriers qui naviguent, ou des bourgeois qui chevauchent (tout cela à propos de la Renommée !), ou de grands personnages qui se rencontrent. Bref, — et telle est la loi de toutes les illustrations surérogatoires inspirées par le commentaire de Bernardo Illicino, — toutes ces représentations manquent de sel et de saveur. Notre gravure hors texte reproduit le Triomphe du Temps. (Le Triomphe de la Divinité manque dans le manuscrit.) — Un trait distinctif de l’enlumineur, c’est son admiration pour les héros de Rome et en particulier pour Caton d’Utique '.
Le manuscrit devienne1, le plus richement illustré des trois, contient quatre-vingt-six miniatures, à pleine page, pour le tome I, et soixante-cinq pour le tome II.
Quant au manuscrit de Saint-Pétersbourg3, il n’est orné que de douze miniatures.
Dans le manuscrit n° 22541 4 du même fonds (commencement du xvie siècle), l’enlumineur a prodigué l’or, en l’associant à des couleurs d’une tonalité assez vive : rouge, vert et autres, ce qui ne l’a pas empêché de laisser une certaine douceur aux carnations. Les costumes appartiennent à la première partie du règne de François Ier. Six miniatures illustrent les
i . Voici la liste des sujets qu’il a représentés dans ce second volume. — Le Triomphe de la Renommée.
— Paul-Émile battant les Macédoniens. — Combat devant une ville. — Un Chevalier sur un cheval blanc.
— Combat naval. — Caton et Munatius. — Personnages conversant. — Personnages discutant. — Caton rejoignant Pompée. — La Mort de Caton. — Paul-Émile et Persée. — Un Camp. — Cicéron donnant la main à un chevalier qui fléchit le genou. — Magus Cillon tuant Marcus Marcellus. — Attilius et Manlius. — Attilius refusant de rester parmi les Romains. — La Mort de Crassus. — Cincinnatus (?).
— Camille combattant contre un Gaulois. — Titus Manlius Torquatus poursuivant les ennemis. — Manlius Capitolinus défendant le Capitole contre les Gaulois — Duilius battant les Carthaginois. — Lucius Cornélius Sylla combattant Jugurtha. — Exploits du centurion Scena. — Flaccus s’emparant de Capoue. — Metellus et un chevalier couronné. — Vespasien, à cheval, rencontrant une femme qui s’arrête (ne serait-ce pas la légende si connue sous le titre de la Justice de Trajan?). — Hostilius faisant mettre à mort Metius. — Le Triomphe du Temps , avec les quatre Saisons.
2. Tabula ? Codicum manuscriptorum, t. 1, p. io3. Ce manuscrit passe, à tort, pour avoir appartenu au roi René; il date incontestablement du commencement du xvie siècle, non du xvc.
3. Revue des Sociétés savantes, 5e série, 1873, t. III, p. 262. Voici la liste des miniatures. — Fol. 2, le Triomphe de la Renommée. — Fol. 29, Caton obligeant les agents de Sylla à restituer l’argent (reproduit cidessus). — Fol. 1 13, un Guerrier dans un char traîné par quatrelions. — Fol. 134, Scène de combat. — Fol. 145, Combat naval. — Fol. 160, Scène de combat. — Fol. r 71 , le Sacrifice d’Abraham. — Fol. 212, Combat de cavaliers. — Fol. 225, sept Personnages debout, discutant. — Fol. 242, sept Personnages debout discutant. — Fol. 249, neuf Personnages, dont un roi, discutant. — Fol. 3o6, le Triomphe du Temps. — Fol. 3 1 3, le Triomphe de la Divinité (le char a pour attelage les symboles des Évangélistes).
4. Catalogue La Vallière , 1783, t. II, p. 5o2. — Labarte, Histoire des Arts industriels, t. III, p. 260. — Ce manuscrit a été exécuté pour Anne Malet, fille de l’amiral de Graville et femme de Pierre de Balzac d’Entraigues. — Notre gravure (p. iot) reproduit la partie inférieure de la miniature du folio 1S8.
LA FRANCE
six Triomphes. Comme nos gravures reproduisent les deux premières, nous nous bornerons à quelques notes succinctes sur les autres. Des deux buffles qui traînent le char de la Mort, l’un est roux, l’autre brun. La
LE TRIOMPHE DE LA DIVINITÉ Miniature française du xvi° siècle.
(Bibliothèque Nationale. Fonds français, n° 22541, fol. 201.)
Mort — un squelette armé d’une flèche — piétine le cadavre de la Chasteté; sur le sol gît un amas d’autres cadavres. Au fond, la Mort, montée sur un buffle, lance du haut d’un rocher une pluie de flèches blanches contre le cortège de la Renommée. Dans la scène suivante, c’est Pégase (substitué ici aux éléphants traditionnels) qui traîne le char. Trait digne de remarque (et signe des temps) : ce sont les savants qui se prélassent au premier rang; les