‹ PétrarqueChapitre 215 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Une nouvelle ère s’ouvre avec l’apparition des in-8°, in- 18 et in-32, sf populaires en France à partir du second quart du xvte siècle. Désormais desvignettes minuscules succèdent aux grands bois monumentaux, encore à moitié gothiques, des Barthélémy Vérard et des Jehan de La Garde. Or, comme le goût avait progressé dans l’intervalle, les gravures nouvellesfurent forcément moins mauvaises que leurs aînées : elles allièrent à une certaine vraisemblance dans l’action une facture plus libre et plus correcte^ Une double influence acheva de modifier la xylographie française : ce furent, d’un côté, les modèles antiques; de l’autre, les gravures d’Holbein,. dont les principales, comme on sait, virent le jour à Lyon.

Dans l’intervalle se place une gravure de Geoffroy Tory, insérée dans

ses Heures (Paris, 1524, j525, 1542)2 le Triomphe de la Vierge Marie.

Cette composition tient du Roman de la Rose autant que du poème de' Pétrarque. On y voit, dans une auréole, un petit ange arrivant en messager près de la Vierge, et portant une croix. A gauche, la Vierge, assisesur un char traîné par trois licornes, est suivie par les « Dames captives », en tête desquelles marchent Tempérance, versant le contenu d’un vase dans un autre, et Prudence, tenant un miroir et un serpent. Le mot : « Ecce » est écrit au-dessus de sa tête ; un ange, avec la légende : « Ave » est à genoux devant elle. A gauche du char, à la hauteur des licornes, Justice tient son épée et Force sa colonne. Espérance, Foy et Charité précèdent les deux premières licornes. Devant l’attelage, on voit les Neuf Muses qui dansent, les Sept Arts libéraux, les « Ancilles delà Vierge ». Dans le fond, tout à fait à gauche, sont représentés : le « Palais Virginal », le « Triumphe de la Vierge », le Palais de Jessé, où des rois assis regardent passer le cortège, tandis que Jessé se tient devant son palais, les. mains jointes, confondu d admiration. Plus loin se dresse le Temple d’Honneur. Au bas, on lit une légende en vers... 1

Il était réservé aux éditeurs de la ville de Lyon, qui fut de si bonne heure acquise à la Renaissance, de renouveler l’illustration de Pétrarque, de lui donner un caractère plus moderne et plus d’élégance.

Cf. Bernard, Geoffroy Tory, p. 128, 166.

LA FRANCE

Les Triumphes , publiés en 1 53 1 par Romain Morin (petit in- 12), contiennent cent cinquante vignettes (om07Xo'"o4), formant deux groupes bien distincts : l'un, grossier, dépourvu de sel ou de charme, aux figures trop trapues, et, pour comble, horriblement mal tiré; l’autre, plus libre, plus fin et plus spirituel (attribué à Geoffroy Tory).

L’éditeur ne s’y est pas fait faute de répéter les mêmes clichés (fol. iv v°, xii, xix v°, xlv v°,

;lvi v°, etc.). Virgile, accompagné de « Mesenas » ou de quelque autre ami, est un de ses motifs favoris, ainsi que Pétrarque assis, recevant un jeune homme. Il serait peut-être intéressant d'étudier l'iconographie de cette édition , mais on est découragé à la vue de productions si informes. Bornons-nous à citer, dans le Triomphe du Temps (les autres Triomphes ne brillent que par leur -absence), un motif nouveau (voyez p. u3i) : Saturne y est remplacé par le disque enflammé du Soleil, porté dans un char, au-dessus duquel se montrent la lune et les étoiles’.

On voit reparaître, dans les Parolles joyeuses et Dict 7 mémorables des nobles et saiges Hommes anciens, rédige 7 par le gracieux et honeste poète Messire Françoys Pétrarcque ( 1 532 ) , également publiés chez Romain Morin1 2, quelques-uns des bois de l’édition de 1 53 1 : « Eneas, Museus, Zibilla; Eneas, Zibilla, Anchisez; Eneas, Pallas, Evander», etc. (avec beaucoup de lettres retournées). Ces diverses vignettes sont de la dernière médiocrité ; quant au texte , il se compose d'historiettes et d’anecdotes quelconques de l'ancienne Rome : il fait suite , comme pagination , au Parangon des Nouvelles. A quelles sauces ne l’a-t-on pas mis, le pauvre Pétrarque!

A Paris,, l’éditeur qui a le mieux mérité de Pétrarque, c’est le brave

(Édition du Baron d’Opède.)

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