Fol. 28 v°, 33, 35 v®, 41 v
72, 73, 83, 87, 92 v°, 96 v°, 101 vv etc. — Les mêmes bois reviennent indéfiniment (fol. 3 v°, 11 v°, 49, 65 : Didon et Lucrèce, etc.). Celui des folios i58et 169 représente, une fois Pyrrhus, fils d’Achille, l’autre, Y Enlèvement d’Hélène. Un signe des temps, c’est
l’apparition, dans cette édition de 1 5 3 9 , de gravures empruntées à Holbein ou copiées d’après lui : la vignette du folio 89 reproduit une des plus belles compositions des Simulachres de la Mort : la Mort et la Duchesse. Une autre vignette, celle du folio 140 v°, semble inspirée d’un autre ouvrage d’Holbein, les Images de la Bible. Enfin, l’illustration de Y Histoire de David et Bethsabée (fol. i58) a toutes les apparences d’un bois allemand. — La Bibliothèque de l’Arsenal possède (n° 4434) une réimpression in-18, dont le titre manque (« imprimez nouvellement à Paris en l’imprimerie de Jeane de Marnef, vefve de Jean-Denys Janot »).
3. Le privilège est du 3° (ou i3 février) 1 538). Ces éditions, fort rares, se trouvent à la Bibliothèque de l’Arsenal, n°s 4437, 4438.
LA FRANCE
Cette édition, sans date, dédiée au connétable de Montmorency, paraît postérieure; 1 inspiration en est presque exclusivement antique. La Renaissance y a triomphé et la mythologie y règne en souveraine ; à peine si l’on trouve, de loin en loin, quelque cliché emprunté à d’anciennes éditions'. Les contours sont aussi nets et souples que les attitudes sont libres. On s’aperçoit que Geoffroy Tory a passé par là.
Mais pénétrons dans le détail d’une illustration si attachante. Le
Et en cec y pour vray aifément pouuos voir, Qucnulncpeulcfuiràlamorccrrtriincllc, iij.
Qui toujours no9 callone,& moire fopouuoir. Alors q nous pcfons bien cftrccdoigncz d’elle.
Atropos, Lachclïs.Clôto pareillement,
I Trois feeurs q no’ difbns les Parques filadricrcs. Font mourir Chaftcté.cognoifïàn t clairement Quelle tend par vicillcflc à (es heures dernières;
LE TRIOMPHE DE LA MORT Edition des Figures de la Bible.
frontispice de chaque chant y est orné, comme dans les éditions en prose de Denys Janot, des emblèmes correspondants. Toute une série de scènes se fait remarquer par sa finesse et son esprit; on les croirait du xviih siècle, non du xvie ; ce sont : le chevalier luttant à grands coups d’épée avec Cupidon, qui lui décoche une flèche (fol. 36 v°), un seigneur abordant Cupidon assis, Cupidon s’attaquant à Pallas qui lui tourne le dos (fol. 42), Cupidon tirant sur la Mort (fol. 23 v°), ou encore le Poète, en bonnet de docteur, raisonnant avec une jeune femme pimpante (fol. 62 v°, 63). Puis on voit Vénus nue, tenant son écharpe, s’avancer vers Jupiter et Junon, qui trônent, tandis qu’Apollon joue de la lyre et que Cerbère gronde, couché à terre.
1. L’édition de 1 539 a fourni le cliché de la Lucrèce du folio 46. Il arrive également que le
même bois reparaît plusieurs fois (la Chasteté des folios 40 v°, 5o, 59, 60, etc.).
L’ordre chronologique nous ramène à Lyon, qui a si bien mérité de Pétrarque. L’éditeur Jean de Tournes y a publié, à partir de 1547, des éditions minuscules, ornées de charmantes gravures, dans lesquelles le Petit Bernard a révélé toute la finesse et tout l’esprit de son burin'. Cet artiste, dit M. Natalis Rondot, « chargeait ses bois de travaux, quelquefois d’ombres ; il en réglait la taille de façon à donner plus de relief aux dessins. »
L’édition de i55o (petit in-16) contient, sur le frontispice, le portrait géminé de Pétrarque et de Laure (d’après le manuscrit de la Laurentienne). Le titre des Triomphes (fol. 3 16) nous montre la Renommée, debout sur une colonne portée par un char que traînent deux chevaux fougueux, et tenant une palme et une couronne. A ses pieds se voient des personnages enchaînés. L’illustration des six chants se compose de six gravures circulaires, où l’artiste, par une innovation digne d’être notée, a supprimé les chars et toute la mise en scène conventionnelle, afin de se borner à deux figures : l’une qui triomphe dans les airs, l’autre qui gît sur le sol h
A Lyon également, Guillaume Rouille ou Rouville publia plusieurs éditions distinctes. Celle de i55o (in- 18 ; gravures de omo5 surom04) contient en tête de chaque chant un bois ovale, très fin, concis et élégant, de très petite dimension, gravé avec soin, et qui représente les chars avec les attelages et attributs traditionnels3. Signalons le superbe mouvement de Saturne, debout sur son char traîné au galop par des cerfs, et tenant par un pied l’enfant qu’il doit dévorer. Les figures, au canon allongé, rappellent les types de l’Ecole de Fontainebleau, mais avec plus de fermeté.
En regagnant Paris, nous y trouvons, en 1 554, chez Estienne Groulleau,
1. M. Bernard, dans son Geoffroy Tory (p. 332, 335), attribue ces gravures à son artiste favori ; mais M. Natalis Rondot, dans son Bernard Salomon, peintre et graveur d’histoires, à Lyon, au XVIe siècle (Paris, 1897, P- 41 2> 70-72), les revendique formellement pour le Petit Bernard.
2. I. L’Amour tire, en volant, sur un amas d’armes et d’instruments gisant à terre. — II. La Chasteté trône sur des nuages. Sur le sol est étendu Cupidon.
— III. La Mort trône sur des nuages, la faux sur une épaule, le trident (!) dans une main. — IV. La Renommée sonne de la trompette. — V. Dans les airs se montre Saturne, avec un sablier et une béquille.
— VI. Dans une gloire d’anges, apparaît la Trinité, représentée par un masque à trois visages ; sur le sol, est étendu Saturne.
3. Bibliothèque Nationale, Yd, n°s 5/65, 8521. (Au folio 16, on voit les portraits affrontés de Laure et de Pétrarque, d’après les miniatures de la Lauren¬
tienne). Éditions de 1 L 5 1 , 1564, etc. — Bibliothèque de l’Arsenal, n°s 4400, 4401, 4406.
Dans l’édition de 1564, tous les cortèges sont tournés à droite, sauf ceux de la Mort et du Temps. Voici la description des bois qui ornent cette édition : I. Des prisonniers marchent devant le char. Au fond, s’élève une ville. — IL Très jolie petite composition : la Chasteté est assise sur un char couvert. — III. Le squelette semble danser sur son char ; à droite et à gauche, des cadavres. — IV. La Renommée sonne d’une longue trompette. Derrière elle, une forêt de lances. — V. Saturne, assez robuste, tout en s’appuyant sur une béquille, tient de la gauche un enfant nu. Derrière lui, un cortège assez pittoresque. — VI. Le Christ est assis à gauche, le Père Éternel à droite ; tous deux posent la main sur le globe ; entre eux voltige le Saint-Esprit. Les Évangélistes se sont attelés au char qui s’avance sur le spectateur. (Yd, n° 8521, in-18.)
LA FRANCE
les Triumphes Pétrarque (in-18; gravures de omo55 sur omo3), richement illustrés, mais surtout à l’aide de clichés empruntés aux éditions de Denys Janot 1 : c’est à celui-ci que sont pris les frontispices à emblèmes qui précèdent chaque chant. Quant aux illustrations nouvelles, elles ne manquent pas d’intérêt et marquent une étape de plus dans la voie de la Renaissance. On n’y compte d’ailleurs pas moins de trois ou quatre mains différentes : l’une, très libre, avec des figures élancées à l’excès (fol. 106 v°, Joseph et la Femme
Elle meine auecfoy pluficurs homes fauans. Dont lcloz citimç ne fc voie pendable: iiij.
Audi certainement fi fommes bien viuans, Nous ferons couroncz cl’ vn renom perdurable.
De la terre s’en vient la Renommécaprcs, Pour de la Chaftetc trompeter les louanges, Etd vn bruitimmortcl mener la guerre exprès, AJafiercAtropos,&a Tes fœurs effranges.
LE TRIOMPHE DÉ LA RENOMMÉE Édition des Figures de la Bible.
de Putiphar); une autre, reconnaissable à la prédilection de l'auteur pour des scènes faisant tableau (Assuérus et Hester, fol. 43 ; le Bon Pasteur, fol. 286 v°). Plusieurs compositions font penser à Holbein : tel le roi couché sur le côté gauche, le bras droit nu sortant du lit (fol. 109 v°).
Une interprétation attardée, mais nullement indépendante, nous est fournie par les gravures des Figures de la Bible , imprimées à Paris par
1. La gravure du folio i3 v° est empruntée textuellement à l’édition de 1 53g (fol. 3 v°), celle du folio 28 au folio 35 v°, la Lucrèce du folio 87 au folio 49 ; la Mort et la duchesse, du folio 116 v°, reproduit la gravure du folio 87 ; le cliché du folio 120 correspond à celui du folio 2 de l’édition de 1 53g ; de même, le roi trônant (fol. 1 35 = fol. 33),
le sarcophage avec l’ange, le berger et le Christ (fol. 148 v° = fol. 207 v°), Hercule et l’Hydre (fol. 207 = fol. 1 53 v°), etc. Quant à Apollon, Vénus, Jupiter, Junon et Cerbère, ils procèdent de lavignette publiée dans la traduction du baron d’Opède (voy. ci-dessus, p. 249), tout comme Cupidon sur l’autel, entre Brutus et Portia (fol. 16 v° = 1).