‹ PétrarqueChapitre 25 sur 252 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Une autre fois, le poète gémit sur la dévastation de tant de temples, de tant de citadelles :

Quot sunt... templa, quot arces,

Yulnera sunt totidem'.

Ainsi, en consultant les monuments encore existants et en les rapprochant du témoignage des historiens, Pétrarque s’efforça de reconstituer — sur le papier — .la topographie et la physionomie de Rome antique. Longtemps avant le Pogge, il évoqua le splendide ensemble des merveilles qui faisaient la gloire de la Ville Éternelle, mêlant, de-ci de-là, à des remarques sur leur structure, le souvenir des grands hommes ou des grands événements qui se rattachaient à elles. Dans la lettre à Giovanni Colonna di San Vito, qui serait à citer en entier, il énumère, entre autres, l’arc et le portique de Pompée, le « Cimbrum » de Marius1 2, la colonne Trajane, le pont Saint-Pierre, le môle d’Hadrien, l’obélisque du Vatican3, les temples de la Terre, de la Fortune, de la Paix, le Panthéon, Sainte-Marie Majeure, l’Ara Coeli, le prétendu tombeau de Néron, la colonne Antonine et le palais Antonin, le Septizonium, les Dompteurs de chevaux du Quirinal4.

Ici, au reste, Pétrarque a été un assimilateur merveilleux, non un initiateur.

Longtemps avant lui, dès le xie siècle, Nicolas Crescentius, le fils du tribun, avait proclamé la nécessité de renouveler l’antique splendeur de Rome (« Romæ veterem renovare decorem »). Au siècle suivant, Arnaud de Brescia avait fait décider la reconstruction du Capitole et avait fait solliciter l’empereur Frédéric Barberousse de concourir à cette entreprise’. En même temps s’édictaient une série de mesures destinées à préserver les chefsd’œuvre classiques ou à consacrer le retour aux souvenirs de l’antiquité. En il 19, une inscription, gravée dans l’atrium de San Silvestro in Capite, prononça l’anathème contre ceux qui dégraderaient ou aliéneraient la colonne Antonine ou les autres possessions du couvent. A partir de 1144, la vieille formule S. P. Q. R. reparut dans les actes publics. En 1162, le Sénat menaça de mort ceux qui mutileraient la colonne Trajane6.

Chaque voyage à Rome ajoutait au délire de Pétrarque, vrai petit-fils des Quirites. En i3'5a, il songea sérieusement à se fixer sur les bords du Tibre,

1. Epitre à Clément VI ( Poemala , éd. Rossetti, t. III, p. 28).

2. Sur le « Cimbrum » de Marius, voyez les notes de M. Corradini : Padova a Francesco Petrarca , p. 41s.

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