CHAPITRE PREMIER
Pas plus que son père, François (qui abdiqua en 1 388 en faveui de son fils François II et qui mourut en i3g3, prisonnier des Visconti) n’avait le sentiment de la famille très développé : il condamna à une prison perpétuelle son oncle et co-régnant Jacopino.
Admirons, en passant, la liberté d’esprit de ces princes qui, au milieu de si graves affaires d’État et de tant d intrigues compromettantes, îeseï vaient dans leur for intérieur un recoin sacré aux plus nobles délassements intellectuels.
Avant d’étudier l’influence que Pétrarque put exercer, à Padoue, sur les artistes et sur l’art, essayons de faire connaître l’entourage même de son nouveau Mécène.
Plusieurs artistes de mérite travaillaient pour François de Carrare : c’étaient les peintres Altichieri et Avanzi, tous deux de Vérone, Guariento d’Arpo, Giusto, Ottaviano de Brescia, puis les sculpteurs Massegne. Ces différents maîtres suivaient, avec plus ou moins d’indépendance, la manière de Giotto : ils avaient tout à apprendre en matière d'archéologie classique. Altichieri, entre autres (quoi qu’on ait pu dire), n’était nullement un sectateur de l’antique : le réalisme règne en souverain dans ses fresques du « Santo » et de la chapelle de saint Georges. C’est donc à l’intervention de Pétrarque que nous attribuerons, sans hésitation aucune, les réminiscences dont il sera question tout à l’heure.
Deux amateurs archéologues, intimement liés avec Pétrarque, l’aidaient dans sa propagande en faveur de l’antiquité classique.
L’un d’eux, zélé disciple et collaborateur du maître, Giovanni Dondi ou Giovanni dell’ Orologio (né vers i33o, mort en 1389, à Gênes), était fils du fameux philosophe, médecin et astronome Giacomo Dondi1 (f i35g). Il cultivait, comme son père, les sciences exactes. Son nom a été immortalisé par la construction d’une horloge représentant les mouvements des corps célestes, horloge qui prit place dans la bibliothèque du château de Pavie. Il cumulait ces études avec la pratique de la médecine : d’où de nombreuses discussions avec son maître et ami2 Pétrarque, sous l’influence duquel il composa une quarantaine de sonnets, récemment publiés par M. Bellemo3. Il y joignait le culte des antiquités. Aussi, lorsqu’il visita Rome, vers i3y5, il y recueillit des inscriptions, y releva les mesures de la basilique de Saint-Pierre, du Panthéon, de la colonne Trajane, du Colisée,
3. Bellemo, Jacopo e Giovanni de’ Dondi dell’ Orologio. Chioggia, 1894.