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CHAPITRE PREMIER

donner une haute idée du talent de dessinateur de Pétrarque. Ils ne nous autorisent surtout pas à soutenir que le poète a connu et fréquenté Giotto . Souvent, il est vrai, il nous parle du grand rénovateur de la peinture ; mais ou l’aurait-il rencontré ? Rien ne prouve, en effet, que Giotto, comme on 1 a longtemps cru, ait travaillé pour la cour d Avignon. D autre part, dans quelle cité d’Italie le poète se serait-il lié avec le peintre? Ce n’est pas, à coup sûr, à Bologne, où il résida de i3a3 à i3s6, car il ne comptait que vingt-deux ans quand il quitta cette ville, où Giotto ne semble d’ailleurs jamais avoir fait de séjour. Reste l'hypothèse d’une rencontre lors du premier voyage à Rome. Mais Pétrarque n’arriva dans la Ville éternelle que postérieurement au 6 janvier i337, et Giotto mourut le 8 du même mois !

Tout au plus, si Pétrarque eut l’occasion de faire connaissance, à ce moment, avec les ouvrages que Giotto avait laissés dans la Ville éternelle : la « Navicella » de la basilique de Saint-Pierre et le retable destiné au même sanctuaire. Selon toute vraisemblance, son séjour à Naples, en i3qi, acheva de le familiariser avec le grand peintre florentin. En effet, dans un passage de l’ ltinerarium Syriacum, qui n’a pas été suffisamment mis en lumière, le poète laisse un cours à son enthousiasme pour les fresques de la chapelle du palais royal de cette ville et proclame l’habileté de main ainsi que le génie de son illustre compatriote”.

Plus vivement que' l’art contemporain, les vestiges de l’art antique, si imposants encore à ce moment, préoccupaient le futur fondateur de l’humanisme. Ne faisaient-ils point partie de son éducation intellectuelle ? Mais laissons-le parler lui-même : « Je me suis adonné, entre autres, particulièrement à la connaissance de l’antiquité, et, n’était l’amitié que m’inspirent les personnes qui me sont chères, j’aurais préféré être né dans un tout autre âge, et, pour oublier celui-ci, je me suis toujours efforcé de vivre en imagination dans les temps les plus anciens”. »

Aussi la grande préoccupation du débutant fut-elle de s’assurer les armes nécessaires pour combattre le bon combat; il mit tous ses soins à former une bibliothèque — on serait tenté de dire un arsenal — aussi

1. C’est la thèse soutenue par M. de Nolhac (Pétrarque et V Humanisme , p. 25). — Constatons que la Madone de Giotto, qui appartenait au poète et qu’il légua au seigneur de Padoue, lui venait d’un de ses amis de Florence, Michèle Vanni, ainsi qu’il le déclare dans son testament.

2. « Supra portum regia, ubi si in terra exeas, capellam regis intrare non obmiseris, in qua conterraneus olim meus pictor, nostri ævi princeps, magna reliquit manus et ingenii monumenta. » (ltinerarium

Syriacum, éd. de 1 58 x , p. 56o. — Lumbroso, Memorie italiane del buon Tempo antico. Turin, 1880.) — Giotto avait été appelé à Naples en i33o par le roi Robert; il s’y trouvait encore en i333. — Cf. Vasari, éd. Milanesi, t. I, p. 3go ; — Filangieri, Documenti per la sloria, le arti e le industrie delle Provincie napoletane, t. V, p. 3eo; — Crove et Cavalcaselle, Histoire de la Peinture en Italie, éd. ail., t. I, p. 261-265; cf. p. 270.

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