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CONCLUSION

Quelque avance qu’il eût prise sur ses contemporains, on ne pouvait raisonnablement pas lui demander de jeter par-dessus bord toutes les conventions de son temps. Quelle vraisemblance qu’un homme du xivc siècle jugeât les œuvres d’art comme devaient les juger, nous ne dirons pas ^ses successeurs du xve, encore si réfractaires aux notions du goût (sauf peut-être le Pogge et Æneas Sylvius), mais les humanistes du xvie! Agir différemment eût été un prodige, un miracle; or, l’ambition de notre héros ne consistait qu’à se montrer en tout profondément humain.

Grâce à une ouverture d’esprit rare, l'initiateur qui ramena l’attention sur l’art antique fut aussi celui qui révéla aux artistes contemporains les beautés du paysage.

Tout un siècle avant Æneas Sylvius Piccolomini, à qui l’on a parfois -attribué le mérite d’avoir su, le premier parmi les modernes, décrire un paysage avec poésie et avec précision ’, Pétrarque s’entend à dérouler sous nos yeux de vastes panoramas ou à fouiller, jusque dans leurs moindres replis, les bocages ombreux, les grottes tapissées de mousse et égayées par une source. Outre ses incomparables tableaux de Vaucluse, il suffit de relire le joli croquis de sa villa de Carigliano h

Est-ce à dire que, sur-le-champ, sous la secousse instantanée des sonnets du Can\oniere, des Epistolae familiares ou des Epistolae seniles, les artistes aient fait volte-face ? Est-ce à dire que, dans les vingt-quatre heures, ils -aient substitué aux sites rocailleux — les seuls en honneur jusque-là — des plaines aux molles ondulations, sillonnées de riants cours d’eau, des bosquets touffus, au milieu desquels brillaient des oranges ou chantaient des oiseaux? Le progrès ne procède point par soubresauts pareils. L’essentiel, c’est que Pétrarque ait ouvert les yeux de ses contemporains sur l’infinie variété des panoramas de la Provence ou de l’Italie, qu’il en ait analysé la structure, qu’il ait enseigné à en formuler les traits caractéristiques. Les germes ainsi déposés devaient forcément fructifier tôt ou tard. Déjà, dans les fresques de la chapelle Saint-Jean, au palais des Papes d’Avignon, l’artiste — un Italien, -sans conteste — a représenté une pelouse émaillée de fleurs3 et placé, sous un bosquet délicieux, le Christ au Jardin des Oliviers4. (Vers la même époque, un bois d’orangers apparaît dans le Triomphe de la Mort du Campo-

1. Burckhardt, Cultur der Renaissance , ivc section. — Cf. de Nolhac, Pétrarque et l'Humanisme , p. 27-28. — Sur le sentiment du paysage chez Nelli • (Simonide), voy. Cochin, Un Ami de Pétrarque. Lettres de Francesco Nelli à Pétrarque , p. 28. Paris, .1892. — Kraus, Geschichte der christlichen Kunst,

t. II, 2e partie, p. 22-23. Fribourg-en-Brisgau, 1900.

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