CHAPITRE II
entre le blanc et le brun ; mes yeux vifs et ma vue fort longtemps pénétrante; mais, contre mon attente, elle s’affaiblit tellement après ma soixantième année, qu’il me fallut, à mon grand regret, recourir aux lunettes. Mon corps qui, jusque-là, avait été très sain, fut envahi par la vieillesse et, avec elle, par le cortège ordinaire des infirmités1. » — Ailleurs, Pétrarque nous apprend que ses cheveux commencèrent à blanchir dès l’âge de vingt-cinq ans 2.
Boccace ajoute quelques touches à cette esquisse ; il insiste sur le mélange de gravité et d’affabilité qui caractérisait son ami; celui-ci avait horreur du bavardage, mais lorsqu’on le mettait sur un sujet qui l’intéressait, il montrait une verve intarissable ; sa démarche était posée ; ses manières bienveillantes s.
En avançant en âge, Pétrarque prit de l’embonpoint; tous les témoignages s’accordent là-dessus4.
De bonne heure, les admirateurs de Pétrarque s’efforcèrent de conquérir son portrait. L’un d’eux, Pandolfo Malatesta, seigneur de Pesaro (i 325- i373), chargea par deux fois des peintres habiles de pourtraire son correspondant, qu’il ne connaissait pas encore de vue. Pétrarque, — c’est du moins ce qui semble résulter de son propre témoignage — ne se prêtait pas volontiers à ce genre d’expériences ; aussi les deux portraits
laissèrent-ils beaucoup à désirer5.
x. Épître à la Postérité , p. 7. Le passage, souvent cité, de P. P. Vergerio (de Sade, Mémoires pour la vie de François Pétrarque , t. III, pièces justificatives, p. i3. — De Nolhac , Pétrarque et l’Humanisme, p. io3, 383), n’est qu’une paraphrase du texte de Pétrarque.
2. Ep. sen. — Cf. Hortis, Scritti inediti di Francesco Petrarca, p. 278-279. Trieste, 1874. — Cochin, La Chronologie du Canfoniere de Pétrarque , p. 69,
3. « Statura quidem procerus, forma, venustus, facie rotunda atque déco rus, quamvis colore et si non candidus non tamen fuit obscurus, sed quadam decenti viro fuscositate permixtus. Oculorum motus gravis ; intuitus lætus et acuta perspicacitate subtilis, aspectu mitis, gestibus verecundus; quam plurimum risu lætissimus, sed nunquam cachino inepto concuti visus; incessu moderatus; prolatione placidus et jocosus, sed rara locutione utitur nisi interrogatus, et tune verba débita gravitate pensata sic interrogantibus profert in patulo, ut ad audiendum attrahat etiam idiotas, et eosdem per longissima spatia durante sermone sine taedio, imo cum delectatione multiplici, ut ita loquar, teneat irretitos in tantum, ut sint qui hune audiendo concédant verum a can-
tibus Sirenarum sociorum ducis Naricii naves fuisse submersas, dum se a dulcedine prolationis istius quodammodo comperiant fore captos. » (Rosetti, Petrarca , Giul. Celso e Boccaccio ; illustraqione bibliologica ; Trieste, 1828, p. 321-822.)
Philippe Villani, de son côté, rapporte que Pétrarque fut « aspectu pulcher et venerabilis, statura procerus, hilari facie et lineamentis proportionata venustate, quæ tamen a gravitate philosophica non recederet; vocis sonoræ atque redundantis, suavitatis tantæ atque dulcedinis ut nescirent etiam doctissimi ab ejus collocutione discedere. Ingenii et memoriæ singularis, studii ardentissimi e perennis. » (Apud de Sade, Mémoires , t. III; pièces justificatives, p. 11.)