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CHAPITRE PREMIER

Partout, en un mot, le fondateur de l’humanisme se révèle comme l’esprit libre qui discute les traditions de l’antiquité, et non comme le « magister » qui les enregistre, les yeux fermés.

Il n’est pas facile de saisir Pétrarque pendant l’intervalle compris entre son retour à Avignon (i3a6) et son départ définitif pour l’Italie (i353). La nouvelle capitale de la Papauté, le Languedoc, la Gascogne, les Pyrénées, la France et l’Allemagne, peut-être aussi l’Angleterre, puis Rome, Naples, et différentes autres cités italiennes, reçurent des visites plus ou moins longues du chantre de Laure.

Voici, avant d’aller plus loin, un tableau chronologique de cette carrière si remplie ' :

i3o4, 20 juillet. — Naissance de Pétrarque, à Arezzo.

x3 1 2. — Le père de Pétrarque s’établit à Pise.

1 3 1 3 . — Séjour à Avignon.

i3i5-i3ig. — Séjour à Carpentras.

1 3 1 6. — Première excursion à Vaucluse.

i3i9-i3a3. — Séjour à Montpellier.

i323-i32Ô. — Séjour à Bologne.

1326. — Mort du père de Pétrarque. Retour à Avignon.

1327. — Première rencontre avec Laure.

i33o. — Voyage à Lombez et à Toulouse.

1 333 . — Voyage à Paris et en Allemagne.

1335. — Obtention d’un canonicat à Lombez.

1336. — Ascension du mont Ventoux.

1337. — Voyage à Rome. Naissance de son fils Giovanni.

i337-i353. — ■ Séjour à Vaucluse (avec de nombreuses interruptions).

1 33g. — Pétrarque commence V Africa.

1 3q 1 . — Voyage à Naples. Pétrarque reçoit, à Rome, la couronne de poète. Séjour à Parme, où il passe une année.

in manus hostium perveniret suus valuit præstare carbunculus, quern die ilia in digito ejus inventum ereptumque sibi et post annos ab amico quodam orbe alio redemptum remissumque cerne re fuit, ac tangere rem precii infiniti, sed nullius efficacité nulliusque operæ. » (De Remediis, livre I, dial, xxxvii.) « On s’est trompé, ajoute le baron Pichon, à qui nous devons la connaissance de ce passage, en traduisant « carbunculus » par diamant ; c’est escarboucle ou

rubis qu’il eût fallu dire. Les mots « orbe in alio » m’intriguent fort. Cela ne peut guère s’appliquer à la Lombardie. Je me demande si cela ne serait pas Constantinople. Cependant, il serait plus naturel de supposer que l’Anglais ou Gascon qui arracha la bague au roi la vendit à un Lombard. »

2. Nous nous sommes principalement servis, pour cette table, des index dressés par Fracassetti ( Lettere familiari, t. 1, p. 164-189; t. V, p. 538-540).

1342. — Retour à Avignon et à Vaucluse. Premières relations avec Rienzi.

1343. — Naissance de sa fille Francesca.

i343-i345. — Nouveau voyage à Rome. Long séjour à Naples, Parme, Modène, Bologne, Vérone.

1345-1346. — Séjour à Avignon et à Vaucluse.

1347. — Voyage à Gênes et à Parme. Chute de Rienzi.

1347-1349. — Séjour à Parme, Vérone, Ferrure, Capri, Padoue, Mantoue.

1348. • — Mort de Laure et du cardinal Jean Colonna.

i35o-i35i. — Passage par Florence. Première rencontre avec Boccace. Voyages à Rome, Arezzo, Padoue, Vérone.

1 35 1 . — Retour à Vaucluse.

1 353 . — Pétrarque quitte définitivement Vaucluse.

1 353- 1 36 1 . — Séjour à Milan.

i35q. — Rencontre avec l’empereur Charles IV, à Mantoue.

1 356. — Voyage à Prague.

i358. — Pétrarque commence le De Remediis. Voyages à Bergame, à Padoue et à Venise.

1360. — Voyage à Paris, comme ambassadeur de Galéas Visconti auprès du roi Jean.

1361. — Pétrarque se fixe à Padoue. Mariage de sa fille avec Franceschino de Brossano.

1362. — Projet de retour à Vaucluse. Voyage à Venise. Pétrarque se propose de faire don de sa bibliothèque à la République vénitienne.

1 363 . — Séjour à Pavie.

1 36q- 1 368. — Séjours à Padoue, à Pavie, à Venise, à Bologne, à Milan.

1369. — Séjour à Arqua, où Pétrarque se fixe définitivement l’année suivante.

1371. — Voyage à Bologne.

1372. — Retour à Padoue.

1373. — Voyage à Venise.

1374. 20 juillet. — Mort de Pétrarque à Arqua.

Afin de ne pas égarer le lecteur dans le dédale de ces pérégrinations, nous nous attacherons à quatre groupes d’impressions, personnifiées par Avignon, Vaucluse, Rome et la haute Italie.

Lorsque Pétrarque vint se fixer, en i3a6, à Avignon, la nouvelle capitale du monde chrétien était comme un poste avancé de l’Italie. Plus d’une fois, l’adolescent put se figurer qu’il n’avait pas quitté la Péninsule. Italiens étaient bon nombre de prélats et d’autres « curiales » ' ; Italiens, les banquieis et changeurs, ces fameux Lombards qui précédèrent les Juifs dans le maniement des grands capitaux; Italiens, plusieurs peintres et presque tous les orfèvres.

Pétrarque avait quitté l’Italie trop jeune pour prétendre révéler à la cour d’Avignon les conquêtes réalisées par ses compatriotes dans le domaine de la peinture ou des arts mineurs. Assez de prélats de l’entourage des papes connaissaient de visu les splendides créations dont Giotto avait dote Florence, Assise, Naples, Ravenne, Padoue, pour que la renommée du grand rénovateur de la peinture fût parvenue aux oreilles d’un Jean XXII, d’un Benoît XII, d’un Clément VI.

D’autre part, la présence à Avignon de tant d’artistes italiens prouve que, de bonne heure, un courant international s’était établi entre le Comtat- Venaissin et la Péninsule.

Parmi les ultramontains, les Colonna eurent le mérite de s’assurer les premiers l’amitié de Pétrarque, et d’en faire comme un client de leur maison. Lié, depuis son séjour à Bologne, avec Jacques Colonna, évêque de Lombez (f 1341), le poète connut par lui son frère, le cardinal Jean (f 1348), son père Etienne et son oncle Jean de San Vito.

Les peintres italiens furent rares au début (parmi ceux qui travaillèrent, en i3ei et i322, au palais pontifical de Sorgues, on ne relève que le nom de Jacobus Lumbardus 2) ; mais dès lors les orfèvres affluaient : citons le Siennois Tauro, déjà établi à Avignon au temps de Clément V, puis son gendre Jacobino di Jacopo, Domenico di Jacopo, Marco di Lando et Bernardo di Pietro, tous également de Sienne; Jacopo di Pietro de Plaisance (pontificats de Jean XXII et de Benoit XII), Veruccio Bartolini et Meyreri, Siennois eux aussi (i35i-i352)

Sous Benoît XII, la peinture italienne compte pour représentants, outre Simone di Martino, le Siennois Dotho et Robino ou Robineto « de Romas ».

1. Les cardinaux italiens qui assistèrent au conclave dont sortit Benoît XII ( 1 334) étaient : Annibaldo de Cecano, Matteo Orsini, Napoleone Orsini, Giovanni Caietano Orsini, Giovanni Colonna.

Au conclave qui élut Clément VI (1342), prirent part : Annibaldo de Cecano, Matteo Orsini, Giovanni Caietano Orsini et Giovanni Colonna.

Enfin, au conclave qui élut Innocent VI (i352), l’Italie était représentée par Niccolô Cappochi, Giovanni Colonna, Rinaldo Orsini, Giovanni Stefa-

neschi. (Panvinio, Epitoine Pontificum romanorum. Venise, 1 55 7.)

Sur une série d’autres Italiens de distinction fixés à Avignon, vov. de Sade, Mémoires pour la vie de François Pétrarque, t. I, p. 89 et suiv.

2. E. Müntz, Le Palais pontifical de Sorgues. Paris, i885 ; — Les Peintres d’Avignon pendant le règne de Clément VI. Tours, i885.

3. Faucon, Les Arts à la cour d’Avignon, p. 3p, 99-100, 1 10-1 1 1.

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