CHAPITRE II
Parnasse, à la Chambre de la Signature. Le maître y représenta c est Vasari qui l’affirme — « il divinissimo Dante, il leggiadro Petrarca et lo amoroso Boccacio». - En réalité, l’effigie de la Chambre de la Signature n’a aucune prétention à l’authenticité : c’est une figure créée de toutes pièces (gravé p. 73).
Vasari, à son tour, peignit à Florence, en 1544, un tableau dans lequel on voyait Dante, Pétrarque, Guido Cavalcanti, Boccace, Cino da Pistoja et Guy d'Arezzo; ce tableau, qui devint la propriété de Luca Martini, avait pour point de départ des portraits anciens ( « cavato dalle teste
antiche loro accuratamente ' » ).
Un portrait de profil — cette fois sans ressemblance aucune — faisait partie de la collection de Paul Jove (copies au Musée des Offices et au Musée de Vienne ; gravures dans l’édition bâloise des Elogia virorum litteris illustrium, — ^77, — et dans l’édition bâloise — 1 58 1 — des œuvres de Pétrarque a.
PORTRAIT DE PETRARQUE Miniature de la Bibliothèque Nationale de Madrid.
La sculpture ne s’empara que tard des traits de Pétrarque.
Le bas-relief du palais Peruzzi étant écarté comme apocryphe, le buste le plus ancien semble être celui qui fut placé sur le tombeau d’ Arqua en 1547.
Les médailles qui représentent Pétrarque — elles sont au nombre de quatre — datent également d’une époque tardive (xvi“ siècle) et ne sont que des pièces de restitution h
Innombrables enfin sont les portraits gravés : il n’y aurait nul intérêt à les énumérer, car ils n’offrent aucune valeur iconographique*.
Parmi les portraits du xvnc siècle, il faut repousser, comme dénué de toute ressemblance, le portrait gravé en tête du Petrarcha Redivivus, de Tomasini (Padoue, i65o); la bouche surtout — d’une expression astu-
. Éd. Milanesi, t. VII, p. 673-674.
. Voy. E. Müntz, Le Musée de Portraits de Paul
3. Armand, Les Médailleurs italiens des xvc et xvie siècles, t. II, p. 12 ; t. III, p. 1 53.
4. Il Petrarcha con l’espositione d’Alessandro Vellutello (Venise, 1 538, et diverses autres éditions). — Il Petrarchista. Dialogo di M. Nicolo Franco ,
1547 et 1557. Éditions de Pétrarque, publiées à Venise, chez Giolito; à Lyon, par Jean de Tournes ou Guillaume Rouville, etc., etc. — Le médaillon publié dans le Prontuario de le Medaglie, de Rouville (Lyon, 1 553 et 1 577, fol. 188; de profil, tourné à gauche), est une pure figure de convention. — Sur d’autres portraits, voy. Tomasini, Petrarcha redivivus , p. 125, i65 et suiv.
L’ICONOGRAPHIE DE LAURE
cieuse et basse — est en contradition flagrante avec tous les portraits dignes de foi. Et c’est cette misérable, cette impudente caricature, qu’un sculpteur moderne a prise pour base du buste destiné au Musée CalvetM
Si déjà la fixation de la physionomie de Pétrarque a soulevé tant de difficultés , que dirons-nous des portraits qui passent pour représenter Laure1 2 !
Et, tout d’abord, Laure a-t-elle existé ? Bon nombre de critiques ont soutenu que non. Pour eux, Laure n’est qu'une fiction poétique, analogue à la Béatrix de Dante.
Cette théorie est insoutenable2, en présence de tant de détails formels donnés par Pétrarque lui-même, en présence de la note (autographe, le fait est aujourd’hui nettement établi) tracée sur le Virgile de la Bibliothèque Ambrosienne h
Un des principaux arguments produits contre l’existence de Laure, c’est la liaison de Pétrarque avec l'inconnue qui lui donna deux enfants. Il est inadmissible, déclaret-on, que le poète, en courtisant l’une, ait été lié avec une autre ! Comme c’est peu connaître le cœur humain que de soutenir une théorie pareille ! Il suffit de la signaler pour en démontrer toute l’inanité.
Cette croyance, ou plutôt cette légende, avait pris faveur, du vivant
PRÉTENDU PORTRAIT DE PÉTRARQUE PAR RAPHAËL (Chambre de la Signature.)
J. -J. Bouchard, dont il a été question tout à l’heure, possédait également (1641) des « effigies Petrarchæ et Lauræ, unica tabula depictæ, manu antiqua et bona ». (Tamizey de Laroque, Deux Testaments inédits, p. 7.)
Un buste en marbre de Pétrarque (xix° siècle) orne le palais Malaspina, à Pavie; il est gravé dans la brochure de M. delf Acqua : Il Palazzo ducale Visconti in Pavia e Francesco Petrarca , pl. 3.
2. Innombrables sont les dissertations consacrées aux portraits de Laure : outre le travail de Tomasini ( Petrarclia redivivus, p. 107-108), celui de l’abbé de Sade (Mémoires pour la vie de François Pétrarque , t. I, p. 3yg, 401-402 ; notes, p. 72-79), et celui de Cicognara ( Storia délia Scultura, éd. in-8°, t. III, p. 307 et suivantes, pl. xlii, xliii), il faut citer
la brochure de M. E. d’Auriac ( Laure et Pétrarque, Élude iconographique ; Amiens, 1882, extr. de V Investigateur), et un article de M, G. Bayle, bibliothécaire à la Bibliothèque d’Avignon, sur les deux prétendus portraits de Laure conservés au Musée Ca\vet(BuIletin historique, archéologique et artistique de Vaucluse\; Avignon, 1880, p. 227-231, avec photographies). — Voyez, en outre, Fracassetti, Lettcre familiari, t. II, p. 383 et suiv. — Henry Cochin, dans les Lettres et les Arts (juillet 1888). — Il Buonarroti, t. IX, p. 2oy et suiv. -- De Nolhac, La Bibliothèque de Fulvio Orsini, p. 33, et Pétrarque et l’ Humanisme , p. 375-376.
3. Voy. Fracassetti, Lettere familiari, t. I, p. 379 et suiv. — Mézières, Pétrarque, éd. de 1895, p. 49 et suiv. — Kœrting, Petrarca’s Leben und Werke, p. 687.