‹ PétrarqueChapitre 90 sur 252 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'enlumineur du beau manuscrit de la Bibliothèque Nationale ( fonds italien, n° 548), écrit à Florence en 1475-1476, par Antonio Sinibaldi, s’est mis plus en frais. Le frontispice représente un lac, sur lequel un esquif, au mât rouge, est en train de sombrer. Le passager Pétrarque, évidemment — s’échappe à la nage et saisit les branches du laurier qui pousse sur le rivage. Dans les bordures s’agite tout un monde d’enfants nus et d’oiseaux. On y voit également des branches de laurier desséchées (« bronconi »), un des emblèmes des Médicis.

Enfin, dans un médaillon formé par une bague au chaton en pointe, on aperçoit le poète assis, rêveur, sous l’éternel laurier1.

Parfois aussi l’on entrevoit, dans les bordures, deux amoureux qui s’embrassent, ou autres scènes d’un intérêt encore moindre. Ce ne sont pas là inventions dignes de fixer l’attention des iconographes.

Daphné — c’est-à-dire Laure — changée en laurier, appelait, comme pendant, Pétrarque assis sous son arbre favori et attendant l’inspiration : « Numine afflatur. »

Ce parallèle était trop indiqué pour ne pas séduire le pinceau des miniaturistes ou le crayon des dessinateurs. Nous citerons le bois, très ferme et très savoureux, qui orne le Cancanier e et Triumphi , édité à Venise, en i5i3, par Bernardino Stagnino. On y voit, assis sous un laurier, Pétrarque, vieux et morose, la tête appuyée sur la main gauche et tenant de la droite un livre fermé. A son insu, un jeune guerrier — Apollon — se penche sur lui et s’apprête à déposer sur

DAPHNE CHANGEE EN LAURIER Miniature florentine du xv° siècle.

(Collection de M. Yates Thompson, à Londres.)

1 . Dans le manuscrit n° 549 du fonds italien de la Bibliothèque Nationale de Paris (première moitié du xve siècle), on voit (fol. 9) Pétrarque assis et l’Amour

qui lance une flèche sur lui, puis (fol. q5 v°) la mort de Laure au milieu de femmes qui se lamentent; enfin, plus haut, Pétrarque assis, un livre à la main.

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