CHAPITRE III
Ces allégories, qui reviennent périodiquement, forment comme les arêtes des compositions et servent à accentuer la moralité de chacune d’entre elles. Exceptionnellement, les héroïnes du second livre (de la Fortune adverse)
sont réunies à celles du premier (de la Fortune prospère) sur le folio i, où l’on voit Joye, Douleur, Crainte, Prospérité, Adversité (ces deux-ci plus grandes que leurs compagnes), tournant la roue de la Fortune.
A partir de la troisième miniature , Raison apparaît presque invariablement , assise sur un trône et tenant un tableau représentant la Foi et l’Espérance (parfois aussi ce tableau est posé sur le sol, à côté d’elle), tandis que, dans le haut, l’on voit Fortune tournant la roue. L’une et l’autre ont pour cortège des figures et des épisodes destinés à accentuer leur signification.
Celles qui accompagnent la Raison sont généralement plus grandes, celles qui accompagnent Fortune, généralement plus petites, comme si elles se trouvaient au second plan. Devant la Raison se tient d’ordinaire un personnage, F «homme», de la même taille qu’elle, et qui est comme Facteur principal de la scène.
Plus loin (fol. 39 v°), on voit Raison assise, tenant le tableau avec Foy et Espérance ; devant elle, Joye, Sensualité, Prospérité, Espérance, Abus, tous très intelligemment caractérisés. Dans le haut, la Fortune tournant
ILLUSTRATION DU « TRAITE DES REMEDES
Miniature française du xvi° siècle.
(Bibliothèque Nationale de Paris. Fonds français, n° 220, fol. 1 5 1 .)
L’ILLUSTRATION DU TRAITÉ DES REMÈDES
la roue; à côté d’elle, des femmes nues, des chercheurs de trésors, des combattants, etc., avec des légendes explicites.
Ailleurs (fol. 85), une mère est assise devant Raison et semble s’enorgueillir de sa progéniture, «de la Beaulté des enfens » ; autour d’elle, des singes, des paons, des faisans, un coq ; puis le cortège ordinaire : Joye,
Sensualité , Prospérité, Abus (un moine à figure de satyre) ; dans le haut, la Fortune tournant la roue; puis des éléphants, des chameaux, des bergers, etc.
Autant l’illustration du premier livre abonde en tableaux riants, autant celle du second livre, consacré à la Fortune adverse, est riche en peintures sombres, décourageantes, douloureuses. Peut-être même l’artiste y déploie-t-il plus de verve. Les scènes d’épreuves, de tortures,
de martyres, y sont véritablement traitées avec amour.
Voici, sur le frontispice, la Fortune adverse, reconnaissable à son visage noir et à ses mains de la même couleur ; autour d’elle, Rapine, Tristesse, Fraude, Maladie, Pauvreté, Avarice, Orgueil, etc. Plus loin, cinq cadavres décharnés, représentant les différents genres de mort : Mort volontaire, Mort soudaine, Mort violente, Mort honteuse (le dos tourné) et Mort naturelle.
ILLUSTRATION DU « TRAITE DES REMEDES
Miniature française du xvi* siècle.
(Bibliothèque Nationale de Paris. Fonds français, n° 2:5, fol. i65).