‹ Pétre Ivanovitch, suite du Gilblas russe (volume 2)Chapitre 29 sur 43 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Lise et Pélre à Wilno.

Les deux fils de M. Morikonsky , élevés en pays étranger et pleins d'exaltation , prirent du service dans l'armée française, malgré leur père, dès que Napoléon fut entré à Wilna. Ils furent admis au grade de sous-lieutenant. Edouard se trouvait à l'armée, et le cadet, Adolphe , était revenu, blessé, à Wilna. M. Domovsky n'était plus dans cette ville ; il exerçait les fonctions de sous-préfet dans son arrondissement, et devait y résider: sa femme était restée, avec ses enfans en bas-âge, chez M. Morikonsky.

Lise était traitée dans la maison comme une parente. Elle était particulièrement liée avec Thérèse, la plus jeune des filles de M. Mo-

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rikonsky^ demoiselle bonne et sensible; toutes deux, inséparables, gémissaient, pleuraient ensemble sur les maux dont la guerre la plus désastreuse accablait cette déplorable contrée. Thérèse, quoique Polonaise par sentiment, n'avait aucune haine pour les Russes, et, comme toutes les âmes honnêtes, elle idolâtrait le bon souverain de la Russie. «C'est ce qui cimentait l'amitié de Lise et de •Thérèse. Un jour la famille entière était assemblée au salon : pei*sonne ne voulait rompre le silence de peur d'un débat politique; caries membres de cette famille étaient fort divisés d'opinions sur les évènemens à cette époque. Adolphe, pâle , faible , était assis sur le sofa près de son père, et tenait ses regards fixés sur Lise occupée à mettre du linge usé ,^ Qharpie pour les prisonniers russes qui se trouvaient dans les hôpitaux. Tout à-coup les portes s'ouvrirent avec bruit, quelques paysans lithuaniens entrèrent, et se jetèrent aux pieds de M. Morikonsky.

• 'T— Qu'avez-vous ? Comment se fait-il qae •vous vous trouviez dans la ville? leur demanda ;M. Morikonsky.

— Lc^ Français nous ont chassés , Paii«|

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dit tin des paysans; its nous ont lotit prisi; ils ont brisé nos chaumières pour faire leurs bivouacs, ils ont fauché nos seigles pour leurs chevaux, ils ont tué ou poussé (levant eux tout notre bétail , et ont attelé nos chevaux k leurs chariots. Nous voulions au moins rester et laisser faire, mais il a fallu nousmêmes suivre leur butin , et ils nous ont Êiit |K)rter leurs sacs sur nos épaules, fendre da bois pour leurs feux , leur aller puiser de l'eau , et rester presque morts de faim en les servant. Avant-hier, nous sommes arrivés avec eux à Wilna , et ils nous ont renfermés avec les chevaux dans des hangars. Ils ne donnent ni de quoi manger ni de quoi boire , et veulent nous mener plus loin« Un juif nous a dit que tu étais ici , Pane ; nous avons brisé le toit d'ime remise , et noQS venons te prier de nous délivrer d'esclavage, et d'empêcher que n;ous ne mourions de laim!

M. Morikonsky regarda significativismcnt •MOI fils. Lise quitta sa charpie , courut ^ns aa chambre y et bientôt en rapporta une p«* tite bourse garnie de. pièces d'argent qu'elle lilUssa daat la mais des pauvres paysans»

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Ceux-ci se jetèrent à ses pieds; M. Morikonsky, devinant ce qu'elle venait de faire,' se leva et lui donna un baiser sur le front* Adolphe ne put retenir ses larmes... les dames suivirent l'exemple de Lise.

— Et la maison seigneuriale ? dit M. Morîkonsky.

— Les Français l'ont bouleversée, Pane!

répondit un autre paysan. Ils cherchent de Targent partout dans les maisons de seigneurs ; vois-tu , ils ont rompu lès planchers. Brisé les poêles , percé des pans de mur. Ils n'ont pas laissé une seule vitre entière, et ont emporté toutes les portes. Oh ! Pane , ils ont fait ce qu'ils font partout, dit-on. Ils ont tiré de la cave tous les tonneaux de vin et de bière, ils ont rempli tous les vases qu'ils ont pu trouver, et ils ont bu; et puis, ne pouvant plus boire, ils jetaient à terre, d^au* très faisaient un trou avec leur* Laîon»

nette, buvaient au tonneau , et ensuite laîf^ safent couler le vîni Ab f fane, quelle aï)CKi mination à voir! Hs ramaâsaieiit tes chevat^ et le bétail, abattaietit les* grandes , nA^ naient le blé ëtla £ariiité;itsr tm perdâi^ntlii moitié ein route ; ils emportaient tout ,' iHm*

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