S8 PETRE IVANOVITCH
porte quoi , et ce qu'ils ne voulaient pas traîner, ils y mettaient le feu...
— Et ce sont là nos amis, nos libérateurs ! dit M. Morikonsky en souriant avec amertume.
— Us ont fait pis chez d'autres panes, ajouta un troisième paysan. Parmi les Français , il y a des soldats qui s'appellent Bespalis et d'autres Povaros... Oh! ceux-là sont cent fois plus méchans que les Français.
Quand le Français a mangé son saoul et qu'il a dormi là-dessus , il ne fait rien à personne, et même s'il voit un pauvre paysan affamé, il partage avec lui son dernier morceau. Mais ces Povaros et ces Bespalisj ils sont pires que ne sont les Ispravnikset les juges-commissaires de saisie après banqueroute chez nos panes ruinés. Tout ce qui leur tombe sous la main : pane , juif, paysan , c'est égal; ils crient, ils battent^ ils tourmentent. Pas possible de leur rien ca« cher ; ils rôdent par troupes dansJes bois, cherchant le bétail et les effets cachés ; et ils mangent. Pane, ils mangent que ça fait peur , ils mangent, un comnie dix ! .
,— De ^uels B^^palh ^X f^çffirçf mvi
PETRE ÏVATÎOVITCH. Sjf
parlent-ils donc là? demanda iriadame Morti' konsky à son mari. "
— Ce sont nos alliés, ma chère : les Bavarois et les Westphaliens '. Mes enfans, allez à la cuisine ; on vous y donnera à manger. Vous passerez quelques jours ici sans vous montrer , et je trouverai moyen de vous en* voyer dans une de mes terres qui est loin d'ici.
Les paysans s'inclinèrent de nouveau aux pieds de leur maître , et sortirent de l'appartement.
— Ces scènes ne sont qu'un échantilloii de ce qui se passe en Lithuanie, dit M. Mori* konsky. Voici une lettre de mon intendant que j'ai envoyé à Rovno.
«Jesuisarrivédemi-mortetàpiedàRovno.' » A quelques milles de Wilna , une foule com- » posée de gens de divers peuples m'a arrêté; » leur premier soin a été de m'ôter mon chep val; puis ils m'ont arraché mes bottes, m'ont »fouillé, m'ont enlevé jusqu'à mon dernier » sou et m'ont chassé en me frappant. Je leur »ai vainement montré le billet du comman« j»dant français ; ils ont déchiré ce sauf-con^ «duitetm'en ont jeté les morceaux au visage, 2. %
^ P8TAE iVAJVOVITGH.
•lI'û eu toutes les peines du monde à mt t faire jour à travers les chariots brisés, abaa« «donnés, et les chevaux abattus dcxit la » grande route est encombrée. L'air est in« «fect ; les villages , les cabarets „ les maisons B.de maître, sont ou incendiés , ou abandosh
> nés par les habitans , qui cherchent leur sa* » lut dans les bois et dans les forets, maudis* » sant la rapacité des soldats français et sur* >tout, surtout^ de leurs alliés. C'en est £ut de 3 tout ce qui a pu servira nourrir les hommes tet les chevaux. L'intervalle de Wilna à iKovno est un désert. J ai pris des chemins » de traverse, et j'y ai trouvé encore des sol- «dats. Ils vivent dans les villages et dans les 1 maisons de propriétaires, ils se dérobent «aux patrouilles des gendarmes et aux co« 3 lonnes mobiles, etpîHent les environs. Souj» vent il y a entre le5 pillards des combats à >mort pour le butin , et même quelques pro* • priétaires ont été victimes de leur indisci« ».pline. Kovno est aujourd'hui en ruines, et »parmi ces ruineserrent desFrançais malades
> et affamés. Aucun ordre , aucime règle dans lupette armée. De toutes parts arrivent en i Xithuanie de nouvelles troupes i sans que le
9 gouvernement ait auc^n squçL d*dl^ Qïk »le^r abandonne la soin depoarvoir à leuQ » subsistance , d'où il suit que les soldats ek
• Xious, tout est malheureux. Yps lerrossont » tellement ravagées qu'il ne reste plus rien » <k la surface , que la terre nue. Votre maison» 4 àKovno,est convertie en hôpital. J'ai trouvé » quelques uns de vos créanciers , mais aur^ 9 jourd'hui ils sont tousà la mendicité, et nulle
• espérance de recevoir la moindre somme.
«Plus de tribunaux, plus de police.... c'est » un chaos général , tout va périr, et je crois
• que notre dernière heure a sonné ! »
Ayant achevé cette lecture, M. Morikonsky laissa tomber sa tête sur poitrine, et dit ^près quelques instans de silence :
— Et les Français nous reprochent de l'iadifïerence, de la froideur! Notre bien a été pillé , les habitans chassés dans les bois , la noblesse privée des moyens d'tixisler» et par qui? par ces mêmes hommes qui s'appellent nos amis, qui veulent que nous appelions )f)s Busses nos ennemis. Dès que Napoléon eut j^t son premier pas k la frontière , j'ai pref- 9enti des suites funestes en lisant sa p^o* ..ck^nation. y, où il déclare aux Sjoklats q^uillls
02 PETRE IVAHOVITCH.
sont en Russie. L'armée, en effet, s'est conduite ici comme en pays ennemi ; il eh résulte que c'est une armée perdue. Oui, mon fils; bien que tu aies versé ton sang pour Napoléon, je te le dis franchement : dans son aveuglement, ce conquérant perdra lui, nous, et son armée. Quiconque commence par la destruction finira par sa perte. En s'enfon»
çânt rapidement dans l'intérieur d'une contrée qu'il change en désert, il ne peut échapper aux malheurs dont il s'environne..'. — Personne ne songe à justifier les désordres qui ruinent notre pays ; mais ce mal a été fait sans intention , et n'est provenu que de circonstances fâcheuses, dit Adolphe ; Napoléon a ordonné que des magasins arrivassent de la Prusse, mais la rapidité des mouvemens de l'armée et la perte des cheiraux, qui meurent sous des fardeaux trop lourds , ont privé l'empereur des subsistances nécessaires pour nourrir ses troupes. On n'a pu rassembler assez promptement des vivres dans nos contrées presque inhabitées, et les soldats ont été contraints de se procurer leur subsistance journalière : à la vue de Tennemi, le soldat est un mauvais con-
vive en campagne. Impossible d'exiger quil des troupes affamées, qui ne savent point notre langue, et que le besoin tyrannise*, se conduisent dans les maisons comme des conviés. Mais Napoléon et ses généraux n'autorisent point cela ; ce qui le prouve , c'est qu'ils ont formé des colonnes mobiles composées de leurs Français et de nos Lithua* niens, et chargées de poursuivre les maraudeurs et les pillards. Je le répète, le mal est grave, mais il indigne autant les générauit français que nous-mêmes. C'est là d'ailleurs ce qui prive l'armée de secours. On ne peut d'après cela prédire la défaite et la perte de l'armée française. Les Français se battent comme des lions, et sont animés d'un esprit excellent pour la guerre*
M. Morikonsky se leva sans répondre et sortit. Les dames passèrent au jardin ; Adolphe sortit de son côté ; Lise resta pour ramasser ses morceaux de linge et sa charpie, et, en regagnant sa chambre, elle rencontra Adolphe dans une salle mitoyenne ; celui-ci en lui laissant le passage libre , lui dit :
— Je cherchais depuis long- temps, mademoiselle, l'occasion de vous parler en par-
^ PIETES tVAKOVITCH»
ticulier; ne me refusez pas cette grâ^^e, el ^Teuillez m'entendre.
Use baissa les yeux et rougit: -r^ £iilf# nous, lui dit-elle, il n'y a et il ne saurait; avoir rien qui ne puisse se dire devant tou^ le monde , et à plus forte raison devant vof parens..^
— Dieu veuille que je puisse dire en Êice 'du monde entier ce que je vais vous déclarer en ce moment ! J'ai été épris de vos charmes dès le premier coup d'œil; maintenant je ne puis dompter la passion que vous m'ia* spirez. Vos qualités morales ont achevé d'enflammer en moi un amour qu^avait allumé la seule vue de votre beauté. J'ai une fortïme indépendainte qui m'est échue à la mort de feu ma mère ; je vous offre mon cœur, ma main, mon bien et ma vie!
Mon bonheur est entre vos mains , exaucezmoi.... ou je.... je ne survivrai pas à mon <;hagrin«...
Adolphe se tut et des larmes brillaient dans ses yeux; il attendait en tremblant la réponse de Lise. Celle-ci s^arréta , balança, fA enfin recueillant ses forces, lui dit; ^ .' Adolphe » vQtre père m'a lait du bien.
Uio'a recueillie rhez lui , moi ^ malheureuse orpheline, et il me traite avec autant cfai bonté que si j^'étais sa propre fille; vo« $oeurs^ surtout la bonne Thérèse, sont Im premières personnes qui m'aient fait goûter lea délices de l'amitié... je n'oublierai jamais votre famille, je serai éternellement recoiG^ naissante.... mais je ne dois jamais entendre, Adolphe, ce que j'entends en ce moment C'est avec beaucoup de chagrin que je me vois obligée de vous dire que vous m'offen* 3ez en me tenant des propos d'amour. Sou-** venez'^vous , monsieur , que je suis Russe!... . . ^-~ Je comprends ; vous haïssez en moi un soldat ennemi !
— Je n'entre dans aucune opinion politique, je n'ai pas le droit d'exiger de vous assez de respect et de confiance pour que vous cessiez de croire qu'une Russe puisse penser à autre chose qu'à sa patrie quand ^lle est en danger et en proie au fléau de la guerre; mais je serais digne du mépris de tous les gens honnêtes, si....
. JtÂse à ces mots s'arrêta.
. «--Parlez, achevez, au nom de Dieu!
t'iteria Adolphe*
• — Si , dans un temps où le sang et • les larmes coulent par ruisseaux dans ma patciè/ je pouvais penser à un mariage hors de mon pays j avec un... étranger.;. Adolphe !m; il vous faudrait me connaître davantage; avant de vous résoudre à épouser une femme qui serait capable de tant de légèreté... * ' . Lise ne voulut point continuer, ayant remarqué l'impression que faisaient ses pa* rôles sur le jeune homme. Celui»ci garda le silence; il était pâle comme la mort... Lise ajouta seulement :
— Je vous prie d'oublier ce qui vient de se pasàer entre nous ; et, si à vos yeux l'hospitalité est sainte, souvenez- vous d'une seule chose, c'est qu'au premier mot de votre passion je sors de votre maison.
— Elisabeth , convenez-en , votre cœur est occupé ! dit Adolphe d'une voix étouffée.
— C'est vrai : mon cœur brûle d'amour pour mon infortunée patrie , et cet amour absorbe en moi tout autre sentiment. Laisr sez-moî; je vous respecte, je vous aîmç comme frère de Thérèse , comme mon propre frère; mais je ne puis souffrir que vous nourrissiez une espérance vainc. Je ne puis
PSTRS IVAXOVITCH. QJ,
TOUS avoir pour époux. Jamais, jamais nos mains ne seront unies.
Lise y en achevant ces mots , s*éloigna9 çt laissa Adolphe étourdi , consterné de ce langage ferme de l'orpheline russe.
Dans le moment où Adolphe éprouvait cette mortification, dans une salle voisine de la chambre de Lise, un détachement de gendarmes était venu occuper toutes les issues 4é la maison. L'officier et un fonctionnaire civil étaient entrés et avaient ordonné à un domestique d'appeler M. Morikonsky. L'effroi se répandit dans toute la maison. Lise étant descendue au rez-de-chaussée , trouva toute la famille dans la désolation. L'officier de gendarmerie emmena M. Morikonsky dans son cabinet, où ils s'enfermèrent , et l'officier civil aposta des sentinelles dans la cour et sous les fenêtres. Lise pensa quei c^était sa présence dans la maison de M. Morikonsky qui lui attirait ce désagrément^ aussi s'affligea-t-elle plus que tous les au^. très. Les femmes se taisaient y attendant ave^ ifiip^çnce la fin de cet événement. Adolphe entra^.alor$;daps la cbaipb^ où sa fa*i wHte.Çtâitçgsj^iBUIée, ..
— Qt/est-ce qae crfa signifie? Que votii veut-on? demanda-t-il. Mah$' personne né rêponclaît. — Oà est mon père ?
' Sa belle-mère lui montra la porte du ca* binet; Adolphe alla frapper fortement, en <)emandant qu'on lui ouvrît. La porte sW- ▼ïit en eftet ; Toffitîier de gendarmerie ébr-' fît avec M. Morikonsky.
' — Monsieur l*officier est vehtl ici, dit M. Morikopsky, par ordre de Tairtorité sir-* périeure. Nôlis avon? été dénoncés comttïé donnant asile à un espicyn russe. J'ai dit à rtion* âeut f officier que houè ti'avion^ dé Rusisié ehess nous qu'une jeune'orphelînè, pleîiî«id8 candeiir,d^nnôceiïce et de noblfefe sentirteiiiî Il m'a répondu que ceci est depuis lonij-tern^ Connu du gouvernement; mais que ch^ Aïoiise tient très eertàîni^meBt caché uhftuii^ fh âctîyîlé de èetvîté..'. Je né sats i^ùi * pu ftiVetitet tttie telle fàMéi Rien tte^i^opjH** I 'éè'qïiè ftiônstéuf' IV)tt^cie^ pt»tè<!e«b» pWqàiiittotft. ' '
Hfadatiié ÎVÏbfikôndc^' 'tte put 1^i*«- fttià lottg-téthp* bbiifnè' cbtalèiikéce' « ' *1te Se frouVâ -ttiaX À ')^itMtit^\SèMcé^W»^^ transportée dans la cbaiulvtf ' V^ilfft ^^^''P''*
psTBk ivAifovîTCH; g)^
sfe sur un sofa , et secourue par ses tro»
filles et par Elisabeth. Adolphe sortit avec rofficier pour être témoin des perquisi* tiens.
— On vous a trompés , dit le premier, et je tiens pour grave insulte que l'autorité aît pa croire à une dénonciation , lorsque le sang que j*ai versé dans les rangs français devrait vous servir de témoignage en notre ftiveur. C*est à lempereur lui-même que je m'adresserai pour obtenir la satisfaction qai nous est due.
— Le gouvememeirt ne douté en aucune façon des sentimens qui vous animent; «TOUS, monsieur, ainsi que TOtre frère; mais il sait aussi que votre père ne nous veut pas trop de bien, et, dans la circonstance actuelle , on n'a pas dû en user autrement t|ii'on ne fait. Tenez, voici l'homme qui Jure wir sa tête que son rapport lest exact. VoU fider, en parlant ainsi, fit découvrir un juTlF f|iri se tenait caché derrière les gendamies.
«~ Ainsi, vofis vous fiez Si un juif at^isctl s'écria Adolphe d'un Ion de dépit. L'offidêlt Itatasa lès épaules , et se fit précéder par le jnil^ 4|iii te TBena en faaut',traTerka uft coitt^
IM) PXTRE VÂNOYITCH.
dor^et s'arrétadevant une petite porte qui menaitaux greniers. L'intendant de la maison, ^i avait aussi suivi l'officier avec un trousseau de clefs , déclara que la clef des ^eniers se trouvait entre les mains de la dame du logis. L officier envoya un gendarme demander cette clef, et en attendant il dit à Adolphe :
— Je puis sans inconvénient vous dire ce qu'affirme le dénonciateur; il assure que llespion russe a ici sa retraite depuis plus de quinze jours , et qu'il devait partir de Wilna pour le camp russe cette nuit même; vous pouvez le questionner.
Adolphe demanda au juif comment il osait inventer de pareils mensonges. Le juif s'inclina à hauteur de ceinture, et ré^ pondit:
. — Oui, Pane, il y a ici un Russe, ne vous déplaise; je lui ai fourni des vétemens de rechange, et lui ai loué des chevaux pour guigner Yitebsk. C'est votre domestique Antoine qui m'a commandé cela et m'a .tiqnné l'argent qu'il fellait. - ,,î .. — Inipossible 1 s'écria Adolphe, il bxlX aufi l^sois veadu, vendu à nos ennemi!^. ^
PETRE IVANOVITCH. lÔ^
— Vous verrez , Pane , que j'ai dit la vé^ rite, dit le juif en s'incUnant de nouveau.' L'intendant arriva avec la clef; TofficierJ Adolphe, les gendarmes et le juif montèrent. Ce dernier s'achemina droit vers un angle où se trouvait une cloison de planches, et il montra du doigt la porte, purs se cacha derrière les gendarmes.
^ Y a-t-il quelqu'un là-dedans ? dit l'oîficier de gendarmerie. Qui que vous soyez, je vous somme, au nom du gouvernement, de vous rendre sur l'heure 1 II n'y eut point d'abord de réponse, mais bientôt derrière la cloison , on entendit un bruit d'éperons; quatre gendarmes tirèrent leurs sabres, et le juif dénonciateur se disposa furtivement à gagner le large ; un gendarme, en l'attrapant au bras^ lui fit pousser un cri aigu.
La porte du réduit s'ouvrit subitement, et il en sortit un jeune homme de haute taille, vêtu d'un surtout bleu et d'un pantalon militaire.
— Si c'est un officier russe prisonnier de' guerre que vous cherchez, il est devant vous, dit le jeune homme. Monsieur l'officier, ajouta-t^il je me mets sous votre
|09 P£T&£ VfAXOYlTCa.
gard^ ; il est dommage que je ne puisse remplir la formalité de mettre bas les armes devant vous; malheureusement, j'ai été desarmé sur le champ de bataille , et je voulais retourner aux combats pour pci'armer aux frais de l'ennemi... Allons, c'est une satisfaction à laquelle il faut renoncer, je le vois bien... Marchons donc»
monsieur y où il vous est ordonné de me conduire.
Adolphe regarda avec un vif intérêt ce jeune homme , qui l'étonnait par la hardiesse de son langage et même par sa gaieté dans ime position si critique. Peut-être un ^rt pareil lui était réservé. Les gendarmes exa»
minèrent le réduit, et n'y trouvèrent qu'un manteau de hussard , un dolman; et des coussins. Tous ces effets furent chargés sur le dos du juif. En descendant l'escalier, le prisonnier apercevant le juif ^ dit en sou* riant :
— Ah ! voici Judas Iscariote en propre personne !
Peuc!ant que ceci se passait, madame Moxjkonsky avait repris ses sens. — Malheureuse que je suis! je vous ai perdus , dit-elle ea
ioudant en larmes, Entraipéis par la jpilié^ }e Â'ai pas vu le précipice qae J9 creu^i^ à toute ma famille! I^es sanglots lui 6tèren( la voix. Son mari n'osait la questionner^ mais il deviiiait ce qui était arrivé. Jenesui^ coupable que de légèreté et d'imprudence^ j'en suis trop punie... écoutez...
£u ce moment Toffîcier de gent'armerieV Adolphe et le prisonnier entrèrent dans la chambre. Tous les yeux se tournèrent vei^ le jeune inconnu, qui cherchait des yeux soadame Morikonsky, pour la remercierai!
moins d'un regard; maî§ tor.t-^à-COùp il $8 précipita, corn me hors de lut, vers le groupe des dames, et s'écria : — Lise ! ma Lise !
•—Ciel ! mon mari ! ^jighine! s'écria £Iisa-i beth éperdue, et elle s'élança dans sed bras*' '. Tous les assistans restèrent stupéfaits de cette scène inattendue, et le uï* curiosité était à ion comble.
■ -^Monsieur ToflBcier, madame , mon^ein^ dit Yyjigbine en s'adressant au gendarme, à M. M orikonsky et à son épouse, cette derocrt-i selle est ma future épouse, ma fiancée ymûid JB déclare, je jure sur Ihonnear^ etfoid'offi'^ eier russe, qn'ellè îgnorctit queje fu^sie Mia^ kft!
io4 PETBE ivjlîîovitch;
même toit qu'elle. J'ignore moi-même par quelle suite d'évènemens elle a été amenée dans cette respectable famille, maïs je proteste que nous ne nous sommes pas viîs, elle et moi, depuis Pétersbburg; permetteznous de nous entretenir...
— Cela ne se peut pas pour le moment, dit foidement le gendarme. Puis, s'adressant à M. Morikonsky^ il ajouta : Pardon , mais je dois laisser des sentinelles dans votre maison jusqu'à nouvel ordre. Il y a ici tant de mystère et tant de surprises de tout genre que rhomme le plus confiant y concevrait des doutes. Aucune personne de la &« mille et nul des gens ne doit sortir que l'affaire ne soit éclaircie; cette défense regarde plus particulièrement cette demoiselle russe. Au revoir! Allons, monsieur l'officier russe!...
— Lise pleurait. Ma chère Elisabeth, 1 ui dit Vyj^ghine, ne te laisse point aller au désespoir , et compte sur la Providence; mainte^ nant plus que jamais, tout cœur russe a besoin de fermeté. C'est la compassion d'une femme qui m'a amené dans cette maison; la perfidie m'en fait sortir et me livre. Je bé^
PETRE iVÀirOVITCH. lo5
nis le bon cœur qui s'est attendri sur mon sort, et je ne veux pas souiller mon regard de la vue du traître. Adieu , Lise : fais que nous ayons une entrevue.
L'olficier de gendarmerie salua la famille, baisa la main de Lise, et sortit. Toutes les dames étaient émues.
— Où est Adolphe? il était tout à Theure ici ! dit M. Morikonsky. Quoi! il nous quitte dans une pareille conjoncture, au moment où nous avons le plus besoin de sa présence! Dieu! que dois-je penser de tout ce que je vois et de tout ce que j'entends ?
Les sœurs remarquèrent qu'Adolphe était sorti au moment même où Lise s'était jçtée dans les bras de l'officier russe. Lise devina ce qui avait porté Adolphe à s'éloigner.